Forêts vivantes n°3 : la lettre du WWF France sur les forêts | WWF France

Forêts vivantes n°3 : la lettre du WWF France sur les forêts



Article posté le 17 January 2017
Lettre forêt vivante n°3
© B.Stirton/Getty Images

Extrait : Entretien avec Claude Martin

 
Pourquoi avoir appelé votre livre « Au bord du précipice » (On the Edge) en parlant des forêts tropicales humides ?
 
Alors que dans les années 1980-1990 on parlait beaucoup du sort de ces forêts, le discours international s’est peu à peu focalisé sur leur fonction de puits de carbone, ce qui est bien évidemment important, mais réducteur.
 
Le principal but du livre est de fournir une analyse approfondie de l’état actuel de ces forêts et de comprendre la dynamique du changement. Cette analyse m’a amené à la conclusion que les prochaines décennies seront décisives pour la survie des forêts tropicales humides, ainsi que pour la moitié de toutes les espèces de notre planète.
 
Quelles sont les causes de cette évolution? Contrairement aux statistiques nationales utilisées par la FAO, parfois influencées par des motifs politiques, nous utilisons de nos jours la télédétection par satellite, qui permet de suivre la dynamique du changement de la forêt quasiment en temps réel. On y apprend que, depuis 20 ans, le plus important moteur de la déforestation n’est plus la culture sur brûlis ou encore l’agriculture de subsistance des populations locales, mais bien l’agriculture commerciale, destinée à produire de la viande, du soja et surtout de l’huile de palme. D’un autre côté, la dégradation de forêts tropicales intactes est elle toujours causée majoritairement par l’exploitation non-durable des bois tropicaux.
 
Pouvez vous expliciter le lien étroit avec le changement climatique ?
 
Les forêts tropicales peuvent contribuer massivement à la séquestration de carbone, c’est pourquoi les accords sur le climat prennent cette fonction en considération. Attention toutefois de ne pas croire que ces forêts vont nous sauver, étant elles-mêmes les victimes du changement climatique ! L’augmentation de la fréquence des sécheresses ou des feux de brousses peuvent transformer les forêts, au moins temporairement, en source de carbone ! Il existe donc un vrai risque de basculement.
 
Peut-on encore agir ?
 
Les efforts de la communauté internationale pour réduire la déforestation n’ont pour l’instant pas eu les résultats escomptés. Ce sont dans les pays où un gouvernement a œuvré avec l’ensemble de la société civile, les communautés indigènes, les ONGs et les entreprises, comme c’était le cas au Brésil pour l’établissement du système des aires protégées (ARPA), que des vraies avancées ont vu le jour.
 
Il est primordial de renforcer la coopération entre les acteurs et d’aborder la conservation et l’utilisation durable des forêts du point de vue du climat, mais aussi de la biodiversité et des populations.

 

Lettre forêt vivante n°3
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