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Grenelle de la mer

NEWS

Fin de l’acte 1, l'heure des premiers bilans...

Ca y est, les 4 groupes de travail ayant participé au Grenelle de la Mer ont rendu leur copie. C’est près de 500 propositions qui ont été remises à Jean-Louis Borloo ce mardi 8 juin. Parmi ce florilège de suggestions, reste à savoir maintenant lesquelles vont être sauvées suite à la consultation nationale…

Le suspense demeurera entier jusqu’au début du mois de juillet car il faudra attendre la fin de la table ronde pour l’annonce des accords retenus, une série d’engagements précis, quantifiés et partagés.

En attendant, voici quelques réactions, à chaud, de nos envoyés spéciaux. En avant-première, ils nous font un débriefing sur les avancées et les fiascos accumulés pendant les sessions de travail auxquelles ils ont participé…

Groupe 2 « activités maritimes »

Charles BRAINE, Chargé de Programme Pêche au sein du WWF

Points positifs :

- Ce Grenelle de la mer a permis de renforcer le dialogue entre ONG et industriels en distanciant le vieil antagonisme qui sévit depuis tant d’années entre le monde de l’écologie et celui de l’économie. Ces sessions de travail ont permis de dépasser le débat stérile qui consiste à opposer de façon systématique le développement économique et la protection de l’environnement et de prendre conscience que ces deux univers ont des intérêts communs : gérer la crise des océans.

- Le groupe de travail a su adopter une approche écosystémique. Jusqu’à présent, la filière pêche avait tendance à ne raisonner qu’en termes de quantités, de quotas. Désormais, elle voit plus large et englobe des thématiques plus complètes, prenant peu à peu conscience que les aspects économiques, sociaux et environnementaux sont intrinsèquement liés. Au delà du nombre d’espèces pêchées, on s’interroge à présent sur les questions de sélectivité, l’impact des différentes techniques de prélèvement pour la santé des écosystèmes mais aussi pour celle de l’économie locale…

- Les sessions de travail ont permis de déboucher sur l’élaboration d’un protocole satisfaisant pour la mise en œuvre des Aires Marines Protégées. Ainsi, les différents acteurs se sont accordés sur une méthodologie précise qui, si elle est retenue, devrait permettre un aménagement plus rigoureux de ces espaces protégés en impliquant tous les acteurs concernés et en dessinant de façon plus pertinente les contours de ces zones spécifiques.

Points négatifs :

- Le groupe de travail n’est pas parvenu à s’entendre sur la définition d’un objectif chiffré quant au pourcentage de superficie des océans à convertir en Aires Marines Protégées. Les ONG réclamaient 20% pour 2020 mais le reste des participants a considéré que cette revendication était trop contraignante.

- La nécessité de développer l’activité économique pour tenter d’enrayer la crise a été soulignée à maintes reprises, volant la vedette aux préoccupations environnementales. On peut déplorer le fait que le volet économique ait été mis en avant alors même que l’impact du développement de ces activités sur les écosystèmes demeure méconnu. Ce grenelle de l’environnement s’est un peu transformé, dans le contexte de crise financière, en grenelle économique…

- Le moratoire « temporaire » réclamé par les ONG sur la pêche du thon rouge, du requin taupe et des espèces de grand fond est resté lettre morte. Si les différentes associations se sont entendues sur la nécessité de suspendre les prélèvements le temps que l’état des stocks retrouve un niveau satisfaisant et que, comme le préconise l’ONU, les pêcheurs soient en mesure d’apporter la preuve que le chalutage de grand fond n’impacte pas le milieu marin, les autres acteurs de la filière ont rejeté la requête d’un moratoire.

La priorité :

L’excellente nouvelle c’est qu’un consensus fort a été trouvé, à l’issue des sessions de travail, sur la mise en place de six sites pilotes d’UEGC (Unités d’Exploitation et de Gestion Concertées), dont 4 en métropole et 2 dans les territoires outre-mer.

Il s’agit maintenant de veiller à ce que cette brillante proposition soit approuvée et rester vigilants sur les conditions de sa mise en œuvre et en particulier sur les moyens financiers alloués au projet. Sans un engagement politique ferme et un soutien financier conséquents de la part de l’Etat, l’expérimentation risque d’avorter…

Groupe 3 « partager la passion de la mer »

Bernard CRESSENS, Directeur des Programmes au sein du WWF

Points positifs

- Cette « méthode » Grenelle a le mérite de réunir des acteurs aux intérêts divergents autour d’une même table pour parvenir à leur faire prendre conscience de leurs intérêts communs. Car finalement, même si les cœurs de métiers des uns et des autres sont parfois très éloignés, la protection des océans c’est dans l’intérêt de tous, pêcheurs, comme navigateurs, ONG environnementales comme politiques…

- La véritable victoire c’est d’avoir réussi à mettre les problématique d’érosion de la biodiversité et celles liées au vivant de façon générale, au cœur du débat. Au départ, l’objectif du Grenelle semblait centré uniquement sur la nécessité de développer l’activité économique maritime, oubliant que la mer, bien que les hommes se l’approprient pour satisfaire leurs propres intérêts, est avant tout celle du vivant, au sens large !

- Ce processus de concertation a permis de sortir le milieu marin de son isolement et de faire prendre conscience aux acteurs maritimes que pour surmonter la crise qui les touche de plein fouet, ils doivent décloisonner leur profession.

Points négatifs

- Si le principe est excellent, dans la pratique, c’était un peu de la concertation TGV. Tous ces gens qui ne se connaissaient pas, qu’on a installé autour d’une table, sans préambule, en leur demandant de travailler ensemble à l’élaboration de solutions communes… Nous avions le sentiment permanent que tout allait trop vite. Nous avons manqué de temps pour la préparation de l’événement mais aussi au cours des sessions de travail…

- Une seule femme siégeait à la présidence et aucun représentant de l’Outre-mer, ni à la présidence ni à la vice-présidence. Pour un processus démocratique et participatif censé donner la parole à tous les acteurs, c’est un peu surprenant…

- Le rapporteur de notre groupe a commis une grosse erreur pédagogique en offrant la vision d’une mappemonde déformée où la métropole et ses territoires ultra-marins étaient devenus le centre du monde, sans que n’apparaissent les continents auxquels ils se rattachent… Une vision trop franco-française de la gestion des océans qui demeurent pourtant un patrimoine mondial…

La priorité :

L’urgence maintenant c’est de faire prendre conscience aux habitants de la "planète" Terre que dans la crise abyssale que traverse la "planète mer", ils ont une grande part de responsabilité. Le but n’est pas de les culpabiliser mais de les éduquer afin de les amener à changer leurs comportements et à respecter davantage cette ressource marine dont l’équilibre conditionne leur propre santé.. .

HISTORIQUE

Le lundi 6 avril dernier, s’est tenue la première réunion du Grenelle de la mer. Le WWF-France salue l’initiative de cette large opération de concertation pour la mise en oeuvre d’un mode de développement durable des activités maritimes dans la mesure où, à la tête du second espace mondial maritime, notre pays se doit d’assumer ses responsabilités et de montrer l’exemple pour gérer la crise abyssale de nos océans.

Rappel des enjeux : nos océans sont en danger !
Pendant des siècles, l'humanité a considéré que l'océan était une ressource inépuisable, à même de nous nourrir et d'absorber nos déchets sans discontinuer. Mais depuis 50 ans, nous mettons la vie des océans en péril par la pêche abusive, les pollutions, la transformation des côtes sauvages en agglomération urbaine et industrielle, la destruction des récifs coralliens, l’arrivée d’espèces envahissantes… Ce péril ne concerne pas uniquement les habitats et les espèces mais aussi notre santé, nos modes de vie et notre sécurité!

Objectifs : évoluer vers une gestion durable et soutenable des ressources marines, inventer une nouvelle éthique de l’exploitation de nos mers, de ses formidables richesses et beautés et faire de la France un pays exemplaire pour la gouvernance mondiale des océans.

La «méthodologie Grenelle»
Il s’agit d’un travail partenarial dans un contexte d’urgence face à une menace écologique, une démarche démocratique et participative amorcée depuis 2007 par le gouvernement pour aboutir à l’adoption d’actions structurantes et concrètes.
Cette méthodologie est basée sur 4 principes directeurs incontournables:
• Approche écosystémique impliquant l’application du principe de précaution et une réelle
prise en compte des recommandations scientifiques dans les décisions politiques.
• Approche intégrée des différentes politiques et programmes intéressant l’environnement afin de
développer une vision cohérente des enjeux et une concordance des actions.
• Gestion durable des activités humaines en intégrant les impacts cumulés et les
menaces générées sur la biodiversité.
• Gouvernance élargie au niveau national en impliquant toutes les forces vives et au niveau global par une réelle politique internationale de la France sur l’environnement.

KEZAKO

C’est quoi?
Un processus de concertation pour trouver des solutions concrètes et durables à la crise qui touche nos océans.
Le principe: réunir autour d’une même table les différents acteurs concernés pour définir ensemble une politique de la mer et du littoral susceptibles de réconcilier les intérêts économiques, sociaux et environnementaux.
But de l’opération: définir la position de l’Etat français au regard de ses responsabilités internationales et régionales, mais surtout, établir l’ambition politique française sur les écosystèmes côtiers et marins et leurs ressources naturelles.

C’est qui?
Les représentants des 5 collèges concernés par le devenir des océans:
Etat, élus, partenaires sociaux (employeurs et salariés) et associations de protection de l’environnement – ainsi que des personnes morales associées et des personnalités qualifiées, choisies selon les thématiques abordées.

C’est quand?
Février 2009 : annonce du lancement du Grenelle de la mer
Mars 2009 : préparation méthodologique et organisationnelle, constitution des groupes de travail transversaux.
Avril et mai 2009 : concertation entre les acteurs au sein des groupes de travail.
Juin 2009: phase de consultation des Français, mobilisation nationale autour de la mer
Fin juin / début juillet: table ronde finale, annonce d’une série d’engagements précis, quantifiés et partagés

C’est où?
Les lieux retenus sont :
- le Muséum national d’Histoire naturelle
- l’Hôtel de la Marine
- le Conseil d'Analyse Stratégique
- l’Institut océanographique – Fondation Albert II de Monaco

Ca marche comment?
4 groupes de travail:
1 : La délicate rencontre entre la terre et la mer ;
2 : Entre menaces et potentiels, une mer fragile promesse d’avenir ;
3 : La mer, une passion à partager ;
4 : Planète mer : inventer les nouvelles régulations.

Un Grenelle de la mer pour un new deal touristique

La France est l’une des trois premières destinations touristique mondiales et parmi les destinations de prédilection, figure le littoral marin. En matière d’aménagement touristique côtier, la France n’a pas donné le bon exemple au cours des 50 dernières années. Résultat : une densification de l’offre touristique sur le littoral devenue industrie, la banalisation de loisirs exclusivement balnéaires, la rupture de la continuité terre-mer et un arrière pays négligé, délaissé et abandonné…

L’attrait touristique du littoral est connu, mais il masque une formidable diversité des paysages et milieux qui mériteraient pourtant d’être découverts… Et malgré les mesures prises jusqu’alors, et notamment la loi « littoral », la densité urbaine continue de progresser sur les côtes.

Il est temps aujourd’hui de donner un second souffle à la protection du littoral. Parce que les côtes françaises n’ont pas pour unique but de satisfaire les désirs hédonistes de touristes en bermudas et paréos ! Pour préserver ces précieux écosystèmes, il faut étendre au-delà de 100m la bande interdisant les constructions, accroître le budget de l’Etat pour l’acquisition foncière des zones littorales les plus fragiles, fixer dans la loi des objectifs ambitieux d’acquisition et de protection du linéaire côtier.

Dans le même temps, il faut permettre à une nouvelle forme de tourisme d’émerger par des incitations fiscales et des exonérations de charge et d’impôts : tourisme « lent », d’arrière pays, de découverte de la nature, rationalisation et promotion des labels … Les possibilités ne manquent pas. Et si le Grenelle de la Mer était l’étincelle d’une nouvelle dynamique économique et écologique des territoires ? Et pourquoi pas faire de la France un élève modèle sur la question, au moment où l’Union pour la Méditerranée prend corps ?

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