40 ans de succès pour la biodiversité | WWF France
©: Isabelle Autissier, présidente du WWF France

Il y a 40 ans, la France se dotait de sa première loi sur la protection de la nature,

à l’origine notamment des listes d’espèces animales et végétales sauvages protégées et de la création des espaces protégés.

Le 10 juillet 1976, « la protection des espaces naturels et des paysages, la préservation des espèces animales et végétales, le maintien des équilibres biologiques auxquels ils participent et la protection des ressources naturelles contre toutes les causes de dégradation qui les menacent » sont déclarés d’intérêt général.

Une date anniversaire que le WWF souhaite aujourd’hui célébrer en évoquant les succès particulièrement marquants intervenus ces quatre dernières décennies. Car oui, grâce à vous, il y eu de grandes victoires sur l’érosion de la biodiversité !

Comme le classement en réserve naturelle, le 15 novembre 2011, de 919 hectares de marais du Vigueirat, en Camargue, venant récompenser un travail de plusieurs années mené sur le terrain avec de nombreux partenaires.

Avec votre soutien, nous menons des actions de protection et de sauvegarde sur le long terme, dont les effets se mesurent dans la durée. Notre travail n’est jamais vraiment terminé, voilà pourquoi nous oublions parfois de savourer nos victoires. Pourtant, quel que soit le projet, chaque avancée, même infime, demeure essentielle.

Et si pour une fois, nous nous retournions quelques instants sur le chemin parcouru ensemble ? Comme pour reprendre notre souffle et mieux repartir de l’avant !

 
 
Isabelle Autissier

 

1975 : LE RETOUR DU FLAMANT ROSE, PRINCE DE CAMARGUE

Les flamants roses nichaient en Camargue, jusqu’à ce que les tempêtes et les pluies fassent disparaître leur unique îlot de reproduction. En 1975, grâce à vos dons, le WWF France et la station biologique de la Tour du Valat ont construit un îlot artificiel afin de faciliter le retour des flamants roses en Camargue. Pouvant abriter jusqu’à 500 nids, ce lieu préservé permet aux flamants de protéger leurs petits des prédateurs. Depuis la création de cet îlot et sa restauration régulière, les flamants reviennent en masse chaque année. On estime aujourd’hui que 55 000 flamants fréquentent la Méditerranée française en été et 30 000 en hiver, principalement répartis entre les étangs de canet, dans les Pyrénées Orientales, et la presqu’île de Giens, dans le Var. De plus, chaque année, près de 8000 poussins sont bagués afin de permettre un suivi scientifique de l’espèce.

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1986 : LA LOIRE, DERNIER FLEUVE SAUVAGE D’EUROPE

Pendant plus de 25 ans, le collectif « Loire vivante » s’est battu pour que la Loire demeure un fleuve naturel.

L’annonce d’un projet de grands barrages et de digues artificielles venant entraver le cours naturel de la Loire a donné lieu à un conflit très dur opposant l’État aux associations regroupées dans le réseau « Loire vivante ». Deux visions du fleuve s’affrontent : les premiers pensent que les grands travaux peuvent dompter les crues du fleuve et nourrissent le rêve d’une Loire qui puisse concurrencer économiquement la Seine, le Rhin ou le Rhône. Les seconds pensent qu’il faut gérer le risque de crue de manière naturelle et préserver la qualité de l’eau du dernier fleuve sauvage d’Europe. Avec le soutien du WWF, le réseau « Loire vivante » s’organise en faveur d’un mode d’action reposant sur des principes de désobéissance civile. Manifestations, occupations de chantier, actions politiques et études alternatives auront finalement gain de cause, obligeant les décideurs à repenser l’aménagement du fleuve.

1987 : LA BRENNE, PAYS AUX MILLE ÉTANGS

Landes, prairies humides, étangs, bois, friches, roselières, la Brenne compte parmi les zones humides françaises d’importance internationale.

Ses étangs et ses bois sont souvent des propriétés privées, très prisées des chasseurs et des pêcheurs. Mais grâce à un grand effort de concertation, auquel le WWF contribue depuis plus de trente ans, aujourd’hui, naturalistes, chasseurs, pêcheurs et agriculteurs cohabitent en harmonie. Ainsi, en périphérie de la réserve de Chérine, enclavée dans des terres et des étangs privés, des conventions ont été signées avec les propriétaires. Une chasse durable y est tolérée en échange de pratiques de gestion bénéfiques aux espèces protégées et d’un partage de l’entretien des étangs, de la restauration d’ouvrages hydrauliques ou de la réalisation d’une pisciculture extensive. Ce mode de cogestion fait aujourd’hui figure de référence nationale.


1989 : VICTOIRE DU MARAIS D’ORX SUR LA CULTURE DU MAIS



La culture du maïs, très gourmande en eau, ennemi numéro 1 du marais d’Orx, dans les Landes…

Composé d’une mosaïque de plans d’eau, dans les Landes, le marais d’Orx accueille aujourd’hui une grande diversité d’oiseaux. Endigué, puis asséché à l’aide de puissantes pompes au 19e siècle, le marais d’Orx ne doit sa survie qu’à son abandon par les céréaliers au début des années 1980.
Grâce au legs d’un passionné de nature, en 1989, le WWF France a permis au Conservatoire du littoral d’acquérir la majeure partie du site pour en faire le plus grand programme de renaturation jamais réalisé encore aujourd’hui en France par une organisation de protection de la nature : création d’îlots, désenvasement, dépollution, pâturage extensif des prairies humides… En quelques saisons, le marais a repris doucement ses droits et redevient la halte d’oiseaux migrateurs. Depuis 1995, le marais d’Orx est classé en réserve naturelle.

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1991 : LE DERNIER CHEVAL SAUVAGE AU MONDE



Dans les années 60, le cheval de Przewalski, dessiné par centaine dans les grottes préhistoriques de Dordogne, n’existe plus que dans les zoos.

Quarante ans de survie dans les zoos du monde n’auront pas entamé la nature farouche et indomptable du cheval de Przewaslki. En 1991, l’association Takh (qui signifie “cheval sauvage” en langue mongole), la Station Biologique de la Tour du Valat, le WWF France et le Parc naturel des Cévennes lancent un programme de protection du cheval de Przewalski. Il s’agit de créer et de maintenir un groupe naturel de chevaux dans un espace de semi-liberté afin de leur permettre de se réadapter à la vie sauvage. En 2004, les premiers chevaux sont relâchés dans la région des Grands Lacs de Mongolie, suivi d’un deuxième groupe en 2006. Aujourd’hui, grâce au troupeau du Villaret et d’autres élevages en captivité ce sont près de  387 chevaux sauvages qui broutent librement les steppes de Mongolie.

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1997 : LE RETOUR DU GYPAÈTE BARBU DANS LES ALPES

Le gypaète barbu, qui tire son nom de ses deux barbiches de plumes noires, avait déserté les massifs français. Sexuellement, cet animal est un drôle d’oiseau : rien ne permet de distinguer le mâle de la femelle. Les volatiles eux-mêmes ne peuvent se reconnaître et de mauvaises paires s’accouplent en vain. Autre obstacle à la reproduction : la femelle pond uniquement deux oeufs, l’aîné tuant le second car les parents ne peuvent subvenir aux besoins de deux petits. Quand en 1978 l’espèce disparait des Alpes, le WWF lance un programme européen de réintroduction de l’oiseau dans la nature. Des analyses génétiques sont réalisées sur les gypaètes, permettant de déterminer leur sexe et ainsi de multiplier les naissances. Le second œuf est placé en incubation artificielle avant de mettre l’oisillon dans le nid d’un couple sans progéniture. En 1986, on passe à la phase de réintroduction dans la nature. Aujourd’hui, on compte une centaine de gypaètes dans les Alpes.

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1999 : LE SANCTUAIRE PELAGOS AU SECOURS DE LA MÉDITERRANÉE

Coraux, dauphins, baleines, thon rouge… la multitude d’espèces emblématiques présentes en Méditerranée témoigne de son exceptionnelle biodiversité.

La grande bleue, plus vaste mer semi-fermée au monde offre des ressources limitées. Pourtant, tous les secteurs traditionnels de l’économie maritime s’y développent de manière exponentielle au détriment des mammifères marins. Pendant près de 10 ans, le WWF s’est mobilisé pour la création du sanctuaire Pelagos qui verra le jour en 1999, soit un espace maritime de 87 500 km2 faisant l’objet d’un accord entre l’Italie, Monaco et la France pour la protection des mammifères marins qui le fréquentent. Il s’agit de la seule aire marine protégée de haute mer. Hébergeant un capital biologique de haute valeur patrimoniale, cet espace vise à concilier développement des activités humaines et protection des espèces, notamment des baleines, et de leurs habitats.

2001 : LA CRAU, DERNIÈRE STEPPE ARIDE D’EUROPE

D’année en année, face à la menace des industries et de l’arboriculture intensive, le coussoul de la Crau se réduit comme peau de chagrin, et avec lui disparaissent ses oiseaux et ses troupeaux.

Steppe d’exception, le Coussoul de la Crau retrace 6000 ans d’interactions entre la Nature, l’Homme et le mouton. Pendant des millénaires, entre la Camargue et les Alpilles, le delta laissé par la Durance a été façonné par les troupeaux pour créer un milieu unique au monde. Dans les années 70, la valeur écologique et patrimoniale du Coussoul commence à être reconnue mais il faudra attendre 2001 pour que la réserve nationale soit créée. Afin d’inciter à la sauvegarde de ce milieu remarquable, le WWF décide d’en acquérir une partie en 1990.


2007 : CRÉATION DU PARC AMAZONIEN DE GUYANE



La forêt tropicale Amazonienne, qui abrite 10% des espèces du globe et fournit 15% de l’oxygène mondial, ne cesse de reculer.

Si le développement incontrôlé des barrages, l’exploitation du bois, l’expansion des cultures de soja et l’élevage bovin se poursuivent au rythme actuel, près de la moitié des forêts de l’Amazonie aura disparu en 2030. Heureusement, 80% du couvert forestier originel est encore intact. En 2002, le gouvernement brésilien, le WWF et d’autres partenaires ont lancé le plus important programme de conservation des forêts tropicales dans le monde. Les Aires protégées de la région Amazonienne ont déjà mis sous protection 25 millions d’hectares de forêt auxquels 13,5 millions viendront s’ajouter d’ici 2015. L’objectif du WWF est de stopper l’expansion inconsidérée des activités agricoles et de mettre l’Amazonie sur la voie d’un développement soutenable.

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2009 : LA TORTUE LUTH, BAROUDEUSE DES MERS



Parcourant les océans du monde depuis les tropiques jusqu’au cercle arctique, la tortue luth est la plus grande tortue marine au monde.

En Guyane, les tortues marines sont souvent victimes des filets des chalutiers de pêche à la crevette dans lesquels elles sont prises accidentellement. Depuis 2009, une collaboration fructueuse entre le Comité des pêches de Guyane, le bureau local du WWF et l’Ifremer a permis de doter les bateaux d’un nouveau type de filet, le TED (Turtle Excluder Device). Celui-ci permet de diminuer de 25 à 40 % les prises accessoires dans le total des prises globales et d’épargner ainsi les tortues. En 2010, ce dispositif a été rendu obligatoire. En parallèle, le WWF équipe les tortues de balise Argos. Grâce à ce dispositif financé par vos dons, il est possible de connaître avec exactitude le périple entamé par l’animal depuis son site de ponte jusqu’à ses sites de nourrissage et d’en informer les pêcheurs pour limiter les zones d’interaction.

Agir à nos côtés

2016 : LE COMBAT CONTINUE

Ensemble, nous sommes la solution

Agir à nos côtés

UN. Au commencement, le WWF concentre ses efforts sur la protection des espèces animales emblématiques menacées d’extinction à travers le monde : tigre, éléphant, ou encore panda, bien sûr.

DEUX. Pour gagner en efficacité d’action, le WWF commence peu à peu à protéger l’habitat de ces espèces. Il s’engage en faveur de la création de réserves naturelles, de parcs nationaux et régionaux.

TROIS. Le WWF comprend qu’une meilleure protection des espèces et des milieux naturels passe nécessairement par la prise en compte des intérêts et des usages des populations locales. Le WWF fait alors siens les mots “ dialogue ”, “ acceptation ”, “ valorisation ” et il mène une stratégie d’intégration régionale, main dans la main avec les acteurs locaux.

QUATRE. La mondialisation fait son chemin. Les problématiques – changement climatique, dégradation et contamination des écosystèmes… – sont désormais d’envergure planétaire. Les programmes du WWF s’adaptent, l’heure est à la transversalité : pour sauver l’ours polaire, on doit préserver la banquise, donc lutter contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire revoir nos modes de construction, de consommation, de déplacement...

CINQ. La cinquième révolution ? C’est celle qui s’écrit actuellement. Transition, conversion, métamorphose. Nos sociétés doivent muter vers un nouveau modèle sociétal et se réinventer pour créer de la richesse sans ruiner le vivant. Défricher ces nouveaux scénarios de vie est désormais l’objectif du WWF France.