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BRÉSIL : UNE VICTOIRE EN DEMI-TEINTE SUR LA DÉFORESTATION
Lors d’une récente conférence de presse, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a qualifié d’extraordinaire la chute de la déforestation en Amazonie , attribuant ce progrès à une meilleure surveillance de la part de son gouvernement.
Tandis que de nombreux écologistes temporisent ce constat en imputant la responsabilité de cette embellie à la baisse des cours générée par la crise économique, le WWF-France tient à attirer l’attention sur la région du Cerrado où le problème de la déforestation demeure entier.
En effet, dans cette savane tropicale qui recouvre huit Etats du centre du Brésil, le déboisement, du notamment au développement des cultures de soja et de l'élevage de bovins, mais aussi aux entreprises sidérurgiques, s’accélère .
Rappelons brièvement les enjeux. L'Amazonie représente à elle seule 1/3 des réserves tropicales de la planète et 60% de la surface totale de la forêt. Flore et faune tropicales s’y côtoient dans un milieu exceptionnel de diversité. La plus grande forêt du monde remplit également un rôle écologique très important. En effet, la pluie, après avoir été absorbée par le sol, s'évapore, dégageant alors une certaine chaleur dans l'atmosphère. Or, les tropiques reçoivent les deux tiers des précipitations mondiales. Proportionnellement, la chaleur dégagée est ainsi très importante. Les tropiques sont en effet la première source de redistribution de la chaleur sur Terre. Dans ce processus, les arbres contribuent à la transformation naturelle du gaz carbonique en oxygène, d’où la célèbre métaphore qui compare la forêt amazonienne aux poumons de la planète.
Il n’est donc pas difficile de comprendre que sauvegarder ce territoire est primordial, il en va de la survie de l’espèce humaine.
Depuis plusieurs années, le Brésil fait l'objet de pressions pour qu'il mette un frein aux activités des bûcherons et des exploitants agricoles tenus en grande partie responsables de la destruction de la forêt amazonienne. Celle-ci a perdu environ 20% de sa superficie depuis les années 1970 et la déforestation avait atteint son apogée au cours de la période 2003/2004 avec la disparition de 27.329 km2 de végétation.
Bonne nouvelle, les chiffres provisoires de l’agence spatiale, établis à partir d'images satellites, tendent à démontrer un net recul de la déforestation. Une baisse de 45% aurait été constatée.
D’après les autorités, c’est l’augmentation des contrôles d’abattages illégaux, l’amélioration de la certification des propriétaires des terrains et les projets de développement économique préservant la forêt tropicale d’Amazonie qui permettraient de justifier ces résultats encourageants.
Lors d’une conférence de presse à Brasilia, Dilma Rousseff, Secrétaire générale de la présidence, a déclaré « Nous mettons de l'ordre chez nous ».
Quant au président, il a affirmé « aujourd'hui, nous avons conscience de ce que la question du climat est la plus grave à laquelle nous ayons à faire face ». Des propos salutaires à la veille du sommet de Copenhague quand on sait que la destruction de la forêt amazonienne est à l'origine de deux-tiers environ des émissions de CO2 à l’échelle de la planète.
Mais que ce triomphe local ne fasse pas diversion quant à la situation très préoccupante du Cerrado dont les forêts disparaissent à un rythme effréné.
De plus, le WWF rappelle que la déforestation du Cerrado émet de plus en plus de CO² dans l’atmosphère. Les émissions de CO² du Cerrado sont désormais équivalentes à celles de l’Amazonie.
En effet, selon les derniers chiffres publiés par le quotidien local O Globo, près d'un million des 2,04 kilomètres carrés de sa vaste étendue de végétation broussailleuse et herbeuse seraient partis en fumée.
Pour Braulio Ferreira, qui travaille sur la biodiversité au sein du Ministère de l'Environnement brésilien, « ce n'est pas une surprise car le cerrado souffre de la déforestation depuis les années 1970. La mauvaise nouvelle, en revanche, c'est que cela continue
». Un véritable fléau pour la biodiversité, patrimoine mondial de l’humanité, plus de 4.000 espèces végétales endémiques y ayant été recensées, sans oublier les 1.500 espèces animales endémiques qui y ont également été enregistrées.
En cause, la culture du soja, qui est passée au brésil de zéro à plus de 21 millions d’hectares au cours des 60 dernières années. Si l’élevage a toujours été considéré comme la cause principale de la déforestation sur ces territoires, la culture du soja occupe maintenant la deuxième place, et les deux combinées ont provoqué à ce jour le défrichage de 80 millions d’hectares de terres au Brésil, soit environ un dixième de la superficie du pays. Non seulement l’expansion du soja risque de dévaster des écosystèmes uniques mais elle provoquera des problèmes sociaux, économiques et culturels graves pour les peuples autochtones et les paysans sans terre du Brésil.
En effet, dans beaucoup de régions, les régimes fonciers peu clairs et la corruption ont grandement favorisé la croissance de l’agro-industrie du soja. Pour lui faire de la place, les peuples autochtones sont menacés d’être expulsés de leurs terres ancestrales, tandis que les paysans sans terre sont condamnés à voir encore plus réduits les sols et les réserves d’eau auxquels ils ont accès tant la culture du soja perturbe les systèmes hydrologique et climatique. Autre effet pervers, la culture du soja apporte un stimulus économique et politique important à la construction d’autoroutes et d’autres infrastructures, ce qui accélère encore un peu plus la déforestation provoquée par d’autres acteurs.
Selon Cláudio Maretti, le directeur de la conservation du WWF-Brésil, les efforts du gouvernement doivent être renforcés en matière de création d’espaces protégés et de promotion d’une gestion durable de l’exploitation forestière. De même, il préconise la diminution des aides publiques accordées aux exploitants et aux acquéreurs fonciers afin de freiner l’expansion du soja et rappelle à quel point il est essentiel de maintenir le code forestier que le Congrès brésilien s’apprête à modifier.
En d’autres termes, Claudio Maretti nous invite à nous réjouir du net recul de la déforestation en Amazonie mais il nous recommande vivement de ne pas baisser la garde.
« Cerrado » signifie fermé ou dense. Le mot a été choisi en référence à la végétation de la région, si abondante et si épaisse, qu’elle rendait son accès difficile. Il est urgent de réagir si nous ne voulons pas que le biome le plus menacé d’Amérique du Sud soit rebaptisé…
