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ACTUALITÉS

23/03/2011

CARROUSEL SUR LE MÉKONG – NOUVEAU BARRAGE EN VUE ALORS QU’UN ANCIEN BARRAGE RATÉ SE VOIT FERMÉ

Les investisseurs des futurs barrages du fleuve Mékong seraient bien inspirés d’intégrer les leçons des ouvrages de la rivière Mun, échec économique remarquable et cause de perturbations environnementales et sociales majeures, prévient le WWF.

Le gouvernement de la Thaïlande envisage d’ouvrir de façon permanente les vannes du barrage de la rivière Mun dans l’espoir de restaurer l’écosystème du bassin versant et de revivifier les moyens de subsistance le long d’un des affluents principaux du fleuve Mékong. Depuis sa construction hors-budget au début des années 1990, le barrage de la rivière Mun a décimé les populations de poisson, déplacé des communautés et échoué à faire faire des profits à ses investisseurs.

Des risques similaires peuvent s’attacher à l’ouvrage Xayaburi, prévu pour être construit sur le courant principal du fleuve Mékong au nord du Laos, dû à des lacunes fondamentales dans la connaissance des pêcheries, de la biodiversité et des mouvements de sédiments dans le fleuve le plus riche en biodiversité d’Asie.

Selon le WWF , ce qui est en jeu n’est rien de moins que les moyens de subsistance de dizaines de millions d’individus dans la région.

« Le Mékong est un écosystème unique et particulièrement complexe qui abrite les pêcheries situés à l’intérieur des terres les plus productives et qui ne vient en deuxième place après l’Amazone qu’à cause du nombre d’espèces de poissons » explique le Dr. Suphasuk Pradubsuk, Coordinateur National de la Stratégie auprès du WWF-Thaïlande.

« Les leçons du barrage de la rivière Mun en Thaïlande sont récentes : des études d’impact environnemental et social bâclées peuvent mener à une situation amère d’échecs des deux côtés, à la fois pour les pêcheurs et pour les propriétaires du barrage.

Le barrage de la rivière Mun avait entraîné un coût de 233 million d’US$, c’est à dire le double des estimations d’origine et la production d’énergie avait dégringolé à un tiers de la capacité estimée pendant la saison sèche. Les retours sur investissement étaient tombés des 12% projetés à 5%.

Des enjeux élevés pour les investisseurs

« Tous les promoteurs de l’énergie hydraulique dans le Mékong doivent apprendre les leçons infligées par l’ ouvrage de la rivière Mun », déclare Suphasuk. « Les études, sommaires, de référence n’expliquent pas suffisamment comment les différentes parties de l’écosystème interagissent. N’étant pas en mesure d’expliquer comment interagissent les différentes composantes de l’écosystème, nous ne pouvons ainsi pas prédire avec exactitude les effets d’un barrage sur le courant principal. »

« Les enjeux sont très élevés pour les populations et la nature, et pour les investisseurs également. »

L’ouvrage de Xayaburi au Laos, le premier à être proposé sur le courant principal inférieur du Mékong, termine juste sa phase de « consultation » tel que stipulé par les procédures de la Commission du Fleuve Mékong (MRC) . Ceci est destiné à assurer une évaluation scientifique rigoureuse et transparente des impacts du barrage.

Un certain nombre de banques thaïlandaises, y compris Bangkok Bank, Kasikorn Bank, Krung Thai Bank et Siam Commercial Bank, prévoient de financer le développeur thaïlandais CH Karnchang PCL pour le projet de Xayaburi

« Du point de vue d’un investisseur, le projet est risqué, il n’y a pas à tartiner »indique Suphasuk. « Les développeurs et les investisseurs devraient cependant envisager le risque, en termes de réputation, de construire des barrages sur le fleuve le plus riche en biodiversité d’Asie ».

« Seule la banque Kasikorn a eu des discussions avec le WWF à propos du projet, alors que les banques de Bangkok, de Krung,Thai et Siam Commercial n’ont pas répondu aux demandes de rendez-vous du WWF.

« Les banques ne pourraient que bénéficier d’une discussion sur les risques que comporte le projet avant de prendre une décision aussi importante pour l’avenir des populations et des écosystèmes du fleuve Mékong, y compris pour leur propres intérêts et leur image d’entreprise ».

Des études indiquent que les leçons ne sont pas apprises

L’étude de faisabilité du projet Xayaburi qui vient d’être publiée ne donne aucune indication que la moindre des leçons de la rivière Mun ait été apprise, note le WWF.

« L’étude nous assure platement que les impacts du barrage de Xayaburi seraient de faible niveau, sans fournir d’élément pour justifier cet optimisme » déclare Phansiri Winichagoon, Directeur du WWF-Thaïlande . « Les partisans du barrage étaient également diserts quant à l’impact sur la rivière Mun, alors que des désastres économiques et environnementaux se cachaient dans ce qui était ignoré ou alors envisagé seulement de façon superficielle.

« Cette étude est très éloignée des bonnes pratiques actuelles en matière d’évaluation environnementale ».

WWF est d’avis que soit instauré un délai de 10 ans dans la validation de tous les projets de barrages dans le Mékong inférieur afin d’assurer une compréhension exhaustive de tous les impacts de leur construction et opération.

Alternativement, le WWF ainsi que ses partenaires mettent en avant l’usage d’outils d’évaluation afin d’aider à la prise de décisions quant à des projets hydrauliques durables qui auraient beaucoup moins d’impact sur la migration des poissons ou sur les mouvements de sédiments.

Les barrages construits pour produire de l’hydro-électricité constituent l’une des menaces principales qui pèsent  sur la santé du fleuve Mékong