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ACTUALITÉS

08/07/2010

CHRONIQUE RFI DE SERGE ORRU : ALLÈGREMENT...

Un canular ou la canicule ?

En ce début d’été, alors que nous avons retrouvé des températures vraiment estivales, un poisson d’Avril est apparu. Claude Allègre crée une fondation qui s’appelle Ecologie d’Avenir ! Comme un désir à venir …

L’information relatée par Mediapart a rapidement fait le tour du monde écologique, politique et économique causant émoi et stupéfaction.

L’effet de surprise passé, l’esprit démocratique indique que chacun a le droit de vouloir créer l’association ou la fondation qu’il souhaite. Soit. Mais le droit à la critique existe aussi !

Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, il ne faut pas confondre météo et climat, il ne faut pas confondre géologie et climatologie, il ne faut pas confondre posture et imposture.

Que l’on retrouve Alstom et Limagrain, l’une partie prenante du nucléaire français et l’autre semencier et producteur d’OGM, là encore rien de surprenant. On sait que ces entreprises souffrent actuellement des remises en causes de leur modèle économique par l’intégration de l’impératif écologique.

Mais EDF, Axa ou LVMH ont-elles bien évaluées le risque que fera courir à leur image le soutien à un ex-chercheur, ex-ministre et ex-scientifique qui a décidé de faire commerce d’élucubrations remettant en cause la réalité de l’impact humain sur le changement climatique.

Entouré de tout ce que les cabinets ministériels des années 80 ont pu produire de vieux technocrates et autres incrédules de l’écologie, Claude Allègre déclare à Mediapart qu’ils «ne s'occuperont que des solutions à apporter aux diverses questions qui se posent pour assurer une mutation économique qui ne sacrifie pas la croissance et plus encore l'emploi». Cela ne vous rappelle rien ? « Modes de développement écologiques favorables à la compétitivité et à l’emploi », l’intitulé du groupe 6 du Grenelle de l’Environnement. Le Grenelle 2 vient d’être voté et permet, timidement, de mettre la France sur les rails d’un développement humainement responsable. Ne reculons pas !

Parmi les allègres partisans, quelques entreprises se sont déclarées. D’autres ont clairement manifesté leur refus ou se sont rétractées. Libres à chacun de soutenir la démocratie économique et ses peurs irrationnelles.

Partisans de cette fondation, pourrez-vous nous convaincre que vous ne construirez pas la plateforme française de promotion des thèses climato-sceptiques chères à Monsieur Allègre?

Selon le Journal officiel (et toujours selon Mediapart), une association « Ecologie d'avenir Claude Allègre le siège social se trouverait au cœur du 5ème arrondissement parisien, adresse partagée avec la société chimique de France et la société française de métallurgie et de matériaux…

Comment peut-on croire et soutenir cette mascarade ?

Au sein de la communauté scientifique, une véritable bataille est engagée. Car Claude Allègre souhaite faire héberger sa fondation par l'Institut de France. Alors que Claude Allègre soutient que même si l’Homme casse et dégrade, la science peut toujours réparer, en sera-t-il de même avec cette fondation ?

Si l’écologie de cette fondation était d’avenir, elle envisagerait des ruptures de paradigme, de modèles économiques et surtout de nouveaux indicateurs de richesse. Or, on se veut avant tout, rassurant productiviste plus que savant écologiste.

Cette écologie d’avenir qui sue la gloire de la croissance et la répulsion de la sobriété pourtant indispensable nous paraît plutôt rétrograde. Rappelons qu’il nous faut créer une économie qui puisse produire de la richesse à distribuer équitablement sans détruire la richesse du vivant, notre vital ! C’est cela la prospérité verte à inventer ! Cessons de succomber au mythe de la croissance infinie qui menace inéluctablement notre espèce. Ce n’est pas le bon projet de civilisation que de provoquer l’effondrement du vivant !

Serge Orru pour l’émission « C’est pas du vent » d’Anne Cécile Bras pour Radio France International