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CHRONIQUE RFI DE SERGE ORRU - L’APRÈS-PÉTROLE : EN VERT OU EN NOIR ?
Nous devons accélérer la sortie de l’ère pétrolière. Et « SORTIE » s’écrit en vert, pas en noir. En donnant la priorité aux énergies renouvelables, pas au charbon.
Nous vivons aujourd’hui un temps paradoxal. Alors que nous devons réduire l’intensité carbone de notre économie, nous utilisons de plus en plus de charbon.
Évidemment, les énergies renouvelables se développent aussi malgré un léger fléchissement dû à la baisse des cours du pétrole et à la crise.
La Chine a déjà rempli ses objectifs de 2020. En même temps, dans ce pays de tous les superlatifs, une centrale électrique au charbon est construite chaque semaine.
Le message principal du dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie publié début novembre est on ne peut plus clair : Il faut réduire l'empreinte carbone du secteur de l'énergie et instaurer "un "new deal" des énergies propres". Et de toute urgence !
Deux chemins technologiques se dessinent. L’accélération du développement des énergies renouvelables ou le captage et la séquestration du carbone.
Les énergies renouvelables ont le vent en poupe, mais souffrent encore d’un manque de signal prix des énergies fossiles et de la tonne de carbone. Seul un accord international ambitieux sur le climat pourra le donner. Le marché, seul, est incapable de faire face au changement climatique.
Tout être tend à persévérer dans son être. Ainsi on tente de sauver l’économie charbon en développant le captage et la séquestration.
Déjà, principalement aux Etats-Unis, au Canada et en Europe, quelque 140 installations sont en service ou en gestation. Alstom a inauguré récemment sa première installation aux Etats-Unis dans l’état charbonnier de Virginie Occidentale.
Mais deux incertitudes pèsent sur cette technologie. Premièrement financière : Avec les techniques actuelles, la séquestration d'une tonne de CO2 revient à près de 100 euros. Alors qu’elle se négocie sur les marchés à 14 euros.
Deuxièmement, c’est une technologie qui n’est ni sûre ni mature et qui favorise le maintien de l’usage d’une énergie certes abondante et encore bon marché mais très carbonée. Il est plus écologique et plus rentable d’investir sur nos usines naturelles d’absorption du carbone : les océans et les forêts. Le captage et la séquestration nous prennent en otage dans un nuage de fumée.
On a crû longtemps que le lobby pétrolier était l’ennemi n°1 de la lutte contre le péril climatique. Il n’est pas le seul. Un autre, plus vieux, celui du charbon fait couler de l’encre noire sur notre avenir climatique.
Au XXIème siècle, notre avenir a encore la gueule noire de la première révolution industrielle !
De quoi être vert de rage face au péril climatique !
Serge Orru
Chaque mardi retrouver le billet de Serge Orru, directeur général du WWF, en écoutant l'émission d'Anne-Cécile Bras et d'Arnaud Jouve sur RFI .
