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ACTUALITÉS

14/06/2010

CHRONIQUE RFI DE SERGE ORRU : LA "BEACH PETROLEUM"

BP ou British Petroleum souhaitait imaginer un avenir "Beyond Petroleum" , au-delà du pétrole ... BP peut envisager d’être à l'origine d'une nouvelle formule pour décrire les dégâts côtiers dus à l’explosion de sa plate-forme off-shore : la BP, ou la "Beach Petroleum" qui goudronne le golfe du Mexique et son littoral.

A l'occasion du naufrage du Torrey-Canyon au large de la Grande Bretagne, le 18 mars 1967, l’expression "marée noire" apparut pour décrire la catastrophe écologique pétrolière. Aujourd'hui l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon garantit à BP de figurer dans la légende des grands sinistres pétroliers en initiant la "Beach Petroleum".

Les dernières estimations laissent penser qu’entre 4 et 5 millions de litres de pétrole se répandent chaque jour dans le golfe du Mexique . Les chercheurs indiquent que le flux d’or noir s'échappant de la fuite provoquée peut s'élever à 6,4 millions de litres. Ces nouveaux chiffres indiquent qu'il s'échappe tous les 6 à 12 jours dans les eaux du golfe du Mexique l'équivalent du magma noirâtre déversé sur les côtes de l'Alaska lors du naufrage de l'Exxon-Valdez en 1989.

Au Nord, ces marées noires ou fortunes des mers exacerbent une prise de conscience environnementale. Mais qu'en est-il au Sud? Qui évoque le scandale des 1 500 000 de tonnes de brut qui se déversent dans le delta du Niger depuis plus de 50 ans?

Pourtant montré du doigt par un rapport co-rédigé en 2006 par le WWF du Royaume-Uni, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la Nigerian Conservation Foundation. Le delta du Niger est le triste spot mondial de la pollution pétrolière.
Qui parle du dégazage récurrent sévissant en Méditerranée ? Là encore, un rapport émis par le WWF-France estime que le rejet sauvage d’hydrocarbures oscille entre 0,7 et 1,5 million de tonnes chaque année. Or, 1 million de tonnes représente l’équivalent de 50 catastrophes du type de l’Erika, qui a fait naufrage en 1999 et souillé 400 kms de côtes bretonnes.

Le déversement toxique de produits chimiques dans le Golfe du Mexique réussit peut-être pour l’instant à éviter l’image désastreuse des plages mazoutées et à éviter que le cours de l’action de la BP n’atteigne les niveaux les plus bas, mais la Nature engluée et les hommes s’en souviendront longtemps!

La saison des cyclones approche que l’on surnommera la saison des tempêtes noires. Des états des Caraïbes, comme le Mexique, Cuba, les Bahamas et même les Bermudes, seront probablement touchés par la "Beach Petroleum" et ses conséquences irréversibles sur les éco systèmes.

Les réserves connues en énergie fossile s'épuisent, on ne peut plus continuer à puiser et dilapider nos réserves finies. David King, ex- conseiller scientifique des premiers ministres britanniques Tony Blair et Gordon Brown, affirmait d'ailleurs au Guardian le 10 juin dernier que les rapports officiels surestiment de 30 % le montant réel des réserves de pétrole conventionnel. Il est urgent de faire cesser la loi du pétrole !

A nous d’agir pour décarboner nos économies et maitriser nos consommations.

Et soutenons l’appel de l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN) de suspendre l’exploitation du gaz et du pétrole dans les zones écologiquement sensibles, notamment les sites en eaux profondes et les régions polaires.

Mobilisons-nous pour éviter le goudron et les plumes !!!

Serge Orru pour l’émission « C’est pas du vent » d’Anne Cécile Bras pour Radio France International