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ACTUALITÉS

08/03/2010

IMPRIMER PROPREMENT

L’image d’industrie polluante a longtemps collé à l’imprimerie . Pourtant, au prix d’une remise en question profonde de leurs process, certains acteurs de la profession se sont engagés sur la voie de l’éco-conception . C’est le cas d’Impression durable© et de Pure impression™ . Le WWF leur donne aujourd’hui la parole. Interview croisée de deux acteurs énergiques qui s’efforcent, au quotidien, de limiter l’empreinte écologique de leur activité.

En quoi le secteur de l’imprimerie contribue t-il largement à alourdir l’empreinte écologique de notre planète ?

impression durable : le plus gros préjudice porté à l’environnement est sans doute la consommation de papier qu’induit l’imprimerie. Certains professionnels ne sont pas très regardants quant à l’approvisionnement et n’hésitent pas, parce que c’est moins cher, à opter pour des fournisseurs qui proposent du papier issu de forêts non contrôlées dans lesquelles la ressource n’est pas gérée durablement.

La consommation d’énergie et d’eau, nécessaire à la transformation du bois en papier est également non négligeable. Ensuite, vient le problème des déchets générés par le métier et des produits chimiques liés à l’impression auquel nous devons prêter attention. Mais heureusement, nous pouvons agir pour réduire les consommations et limiter l’impact négatif de notre activité.

pure impression : c’est vrai que la profession pâtit d’une mauvaise réputation. Aujourd’hui, lorsque vous habitez dans une maison en bois, on considère que vous êtes un écologiste. En revanche, lorsque vous utilisez du bois pour le transformer en papier, comme c’est le cas dans le secteur de l’imprimerie, on vous taxe de pollueur. Bien entendu, notre plus grand défi est celui de gérer durablement la ressource en optant pour du papier labellisé FSC ou PEFC, offrant des garanties sur la gestion des forêts dont il est issu ou en privilégiant le papier recyclé. Nous avons intégré cet impératif dans nos process, au quotidien. Toutefois, ne diabolisons pas le métier car d’autres activités, si elles sont moins montrées du doigt, dilapident tout autant, si ce n’est plus, les ressources en bois. Imprimer des documents de qualité tout en préservant nos forêts c’est possible, pourvu que l’approvisionnement soit contrôlé.

Quels efforts votre imprimerie a t-elle fourni pour limiter son impact environnemental ?

Pure impression : deux rencontres fondamentales sont à l’origine de notre déclic écologique. Avec l’Ademe, tout d’abord, qui nous a aidé à trouver des solutions pour parvenir à valoriser 99% de nos déchets. Puis, en 2004, avec le WWF, qui nous a encouragé à développer du conseil en éco-conception auprès de notre clientèle. Nous avons commencé par inciter nos donneurs d’ordre à réduire le grammage de leurs documents et à bousculer, petit à petit, les mentalités, pour faire prendre conscience qu’en modifiant une demande, on peut faire de grosses économies et réduire ainsi l’empreinte écologique des impressions.

Aujourd’hui, nous sommes la première imprimerie en France construite dans le respect des normes HQE. Grâce à une gestion rigoureuse de l’énergie et une réduction du gaspillage à la source, nous avons obtenu diverses certifications et labels attestant de nos efforts en matière de développement durable : notre imprimerie est certifiée FSC, PEFC, Iso 14001 et Iso 9001. Nous sommes également labellisés impim’vert et Print Environnemen et nous réalisons notre bilan carbone.

Impression-durable : c’est avant tout sur le papier que nous avons concentré nos efforts. En amont, d’abord, avec une incitation pour une réduction à la source. Certains documents sont tirés en de trop nombreux exemplaires, il ya souvent un gâchis considérable à l’arrivée qui aurait pu, pourtant, être évité. Nous encourageons donc nos donneurs d’ordre à limiter le nombre de leurs impressions quand celles ci ne sont pas indispensables.

Au delà de la labellisation imprim’vert et de l’utilisation d’encres végétales, nous sommes impliqués dans une démarche d’éco-conception du document imprimé afin d’optimiser notre impact écologique et d’accompagner nos clients dans une politique de développement durable. Concrètement, notre démarche d’éco-conception intègre l’expertise des certifications papetières, la réduction des rejets de gaz à effet de serre, l’utilisation des énergies renouvelables, l’utilisation de papiers recyclés et recyclables et la valorisation des déchets toxiques.

Quelles garanties le label imprim’vert offre t-il ? Est-il légitime de parler d’une certification au rabais ?

Pure impression : disons qu’à l’heure actuelle, c’est le minimum syndical requis. Mais ne crachons pas dans la soupe. Certes, aujourd’hui, la marque imprim’vert est dépassée car elle correspond tout simplement au niveau de performance environnementale exigé par la loi dans le sens où, pour l’obtenir, il suffit de se plier à la réglementation en vigueur concernant la gestion des déchets. Toutefois, reconnaissons que sa création en 1998 n’a pas été fortuite à l’heure où il n’y avait aucune prise de conscience écologique dans le secteur de l’imprimerie. Je pense que cette marque a été utile pour faire progresser l’ensemble de la profession et a eu le mérite de tirer la sonnette d’alarme quant à la nécessité de trier les déchets et de les évacuer via des filières spécialisées. En revanche, on ne doit pas s’en contenter si l’on veut prétendre à la mise en œuvre d’une véritable stratégie en matière d’éco-conception…

Impression durable : tout à fait d’accord. A l’époque, imprim’vert récompensait les imprimeries qui faisaient un pas vers le respect de l’environnement. Mais la marque n’a jamais visé à sanctionner une démarche de développement durable globale susceptible de prendre en compte les diverses sources de nuisance environnementale, en amont, en aval et tout au long du processus d’impression. D’ailleurs, pour l’instant, il n’existe toujours pas de label permettant d’attester d’un effort général en matière d’éco-conception. Aujourd’hui, chaque certification est spécifique à une thématique : PEFC et FSC pour garantir que le bois ayant servi à produire le papier utilisé est issu de forêts gérées durablement, Iso 14001 pour garantir la mise en œuvre d’un management environnemental au sein de l’organisation, soit d’un système maîtrisé de suivi des questions environnementales mais qui n’impose aucune obligation de performance… Peut-être l’éco-label européen sur lequel la commission est en train de plancher parviendra t-il à palier ces lacunes ?

Quelle signature rend-elle le mieux hommage à votre engagement sur les documents que vous imprimez ?

Impression durable : moi je préfère la sobriété. On a tendance à noyer le consommateur sous des tonnes d’informations, souvent opaques parce que trop techniques. Résultat, ces données ne lui sont d’aucune utilité. Je crois que la véritable victoire c’est quand la démarche de développement durable se confond avec la marque. Autrement dit, quand le nom de la société suffit à évoquer ses efforts en matière d’écologie, quand le client associe le logo à une image de performance environnementale. Dès lors, le nom lui-même devient un label… En attendant que cette association d’idée s’effectue dans l’esprit de notre clientèle, je privilégierais une seule et simple mention : document éco-conçu.

Pure impression : de mon côté, je suis clairement en faveur de la transparence. De mon point de vue, les gens qui font l’effort de s’attarder sur ce type de mention apparaissant, en tout petit, en dernière de couverture sont, à priori, en quête d’informations et de garanties quant à la traçabilité. Et je me dis qu’il faut répondre à ce besoin car finalement, c’est pour cela qu’on créé des labels. Même si ces derniers sont parfois difficiles à déchiffrer, ils sont en tout cas une preuve tangible des efforts investis, au delà des discours pavés de bonnes intentions et des stratégies marketings. Et puis, si les certifications ne leur paraissent pas toujours très claires, rien ne les empêche de creuser le sujet et d’aller se renseigner, sur Internet ou autre. Véritables remparts contre le « greenwashing », les labels et les certifications que nous avons obtenus au prix de lourds investissements, humains mais aussi financiers, attestent de la sincérité et de l’obstination de notre éco-engagement.

Propos recueillis auprès de François Tavard, Directeur du Développement chez Impression durable et Marise Dematté, Directrice Marketing et Communication chez Pure impression.