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L’EXPOSITION « TERRE NATALE » EN ROUTE POUR COPENHAGUE
L’hiver dernier, la Fondation Cartier pour l'art contemporain avait réuni le cinéaste Raymond Depardon , et le philosophe et urbaniste Paul Virilio, autour d'une réflexion sur les notions d'enracinement et d’exode. Une exposition inédite mêlant des témoignages intimistes de populations résolument sédentaires, profondément attachées à leur terre d’origine et une œuvre multimédia, carte du monde clignotante et flot visuel intarissable, illustrant les mouvements migratoires à l’échelle du globe. Plébiscitée par les parisiens, elle s’exporte désormais au Danemark, en plein cœur du sommet de Copenhague . Hervé Chandès, Directeur Général de la Fondation Cartier, retrace pour nous cette folle aventure qui ne fait que commencer….
Si l’on devait raconter l’exposition, en quelques mots…
Il s’agit avant tout d’une belle rencontre entre deux personnes curieuses qui se posent la question de la présence de l’Homme sur terre au travers de ses populations et de ses minorités, au travers du déracinement et de l’enracinement.Tandis que l’une se penche sur la question de l’attachement à la terre natale, à la langue maternelle et donc, à l’identité qui résulte de tout cela à fois, l’autre prend le contrepied en s’intéressant aux déplacements, focalisant sur la vitesse, la distance et les séparations. Quand l’une zoome sur l’anecdotique, l’intime, l’exception, l’autre élargit le champ à l’échelle du globe tout entier, illustrant la masse, le nombre, le fourmillement.Pourtant, derrière ce paradoxe manifeste, se cache un même questionnement sur la construction identitaire en fonction de l’occupation de l’espace. Raymond Depardon a parcouru la Bolivie, le Chili, l'Afrique et même la Bretagne pour nous livrer sur écrans géants des témoignages filmés de paysans viscéralement attachés à leur langue vernaculaire et à la terre qu'ils ne veulent pas quitter. Véritables déclarations d’amour aux racines, les confessions de ceux à qui l’on ne donne jamais la parole illustrent magnifiquement la relation vitale qui unit tout homme à son pays natal.Paul Virilio, lui, s’est efforcé de tracer, de rendre visibles les mouvements humains dans le monde actuel par le biais d’une carte animée agissant comme un véritable flux visuel. Cela scintille et cela clignote, sans discontinuer, à l’instar des flots migratoires et c’est d’une incroyable efficacité pour décrire des trajectoires circulaires et linéaires, là où tant de médias échouent à les représenter.
C’est compliqué de faire voyager une exposition telle que celle-ci ?
Curieusement, malgré le succès de l’exposition à Paris, nous n’avons trouvé aucun soutien en France. Mais au final, c’était peut-être un mal pour un bien car les différents soutiens que nous sommes parvenus à obtenir viennent des quatre coins du monde et donnent donc une dimension internationale au projet qui aurait pu rester une initiative franco-française expatriée au Danemark. A nos côtés, nous avons la ville de Bilbao, le musée Kunsthal Charlottenborg de Copenhague, le ZKM, Centre des Arts et des Médias allemand et Panasonic au Japon.Nos supports viennent d’horizons différents, géographiquement parlant, bien sûr, mais aussi, du point de vue institutionnel. Des partenaires privés et institutionnels s’unissent autour d’un projet artistique fédérateur pour nourrir la réflexion autour d’une réflexion qui nous concerne tous. Autre atout non négligeable, le musée danois qui accueille « Terre Natale » est à moins de 10mn du Bella Center où auront lieu les grands meetings du sommet.
L’exposition a t-elle vocation à devenir un outil de propagande au service du combat contre le réchauffement climatique ?
Il ne s’agit pas d’une expo à message mais d’une invitation à la réflexion. Les œuvres de Depardon et de Virilio sont un discours d’artistes que le musée s’est approprié. Confrontation de deux regards sur le monde, de deux esthétiques qui, loin de dicter au visiteur une opinion toute faite, laisse un espace mental très large entre deux visions personnelles.L’art joue un rôle primordial sur des sujets existentiels que les médias traditionnels peinent à représenter. A l’instar de la philosophie, le musée, avec les outils qui sont les siens, à savoir, l’esthétique et la pensée, s’efforce de donner du sens. Nous vivons dans un monde d’images, submergés par des flashs visuels incessants et pourtant, ces images, la plupart du temps, représentent mal. Sources de confusion, elles nous empêchent de réfléchir. L’intention de cette exposition est d’apporter « un donner à voir », qui donne à penser le monde réel.
