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L’HÔTEL GAVARNI OU LE PARI DE L’ÉCOLOGIE
A deux pas de la Tour Eiffel, au cœur de Passy et de ses belles boutiques, l’hôtel Gavarni est un petit havre de paix… vert ! Depuis février 2009, l’établissement arbore fièrement l’écolabel européen , distinction qui vient récompenser ses nombreux efforts en matière de protection de l’environnement.
Xavier Moraga , son directeur, nous relate son parcours du combattant car le chemin de la certification est semé d’embûches. Mais à l’entendre, le jeu en vaut clairement la chandelle !
Comment un ingénieur devient-il le directeur d’un hôtel écolo ?
A la base, j’ai une spécialité dans le design mais mon service militaire ayant largement contribué à me déconnecter de ce secteur en perpétuelle évolution, j’ai eu quelques difficultés à trouver un emploi dans ma branche lorsque je me suis lancé sur le marché. Passionné par les langues, j’en parlais déjà quatre à l’époque, et en quête de contacts humains, je me suis tout naturellement tourné vers l’hôtellerie. J’ai commencé par occuper un poste d’assistant de direction, ici même, au sein de l’hôtel Gavarni. Puis, quelques années plus tard, on m’a proposé de prendre la direction de l’établissement. J’ai toujours été sensible aux problématiques environnementales mais je crois que le voyage que j’ai effectué sur la route de la soie a été une sorte de déclic écologique, à l’origine de la démarche de certification dans laquelle je me suis par la suite engagé. Constater sur le terrain que même les contrées les plus reculées sont impactées par nos modes de vies polluants a eu l’effet d’un électrochoc. Il était temps d’agir. J’ai alors cherché à appliquer dans ma vie professionnelle, c’est-à-dire, au sein de mon établissement, les mêmes réflexes écologiques que j’adoptais au quotidien dans ma vie privée : utiliser des produits issus de l’agriculture biologique, par exemple, réduire ma consommation d’eau et d’énergie. En bref, réduire mon empreinte écologique !
Qu’est ce qui distingue votre établissement des autres ?
Il est tout simplement le premier hôtel indépendant parisien à avoir obtenu l'écolabel européen. Concrètement, cela signifie qu’il satisfait à des critères environnementaux bien précis en termes d’économie des ressources, de gestion des déchets, de formation du personnel et de sensibilisation de la clientèle. La certification atteste d’une démarche globale pour s’efforcer de réduire l’impact environnemental du service proposé par mon établissement.
Mais c’est avant tout une conviction personnelle que j’ai choisi de retranscrire dans le fonctionnement de mon hôtel. Finalement, l’écolabel n’était pas une fin en soi, seulement le moyen de matérialiser les efforts que j’avais déjà entrepris. Chez nous, le petit-déjeuner est entièrement bio, les couloirs sont équipés de détecteurs de présence et toutes les ampoules sont à basse consommation. Rien de très innovant, rien de fondamentalement révolutionnaire, seulement des idées pleines de bon sens, quelquefois même ridiculement faciles à mettre en oeuvre.
Dans les chambres, des panonceaux incitent les clients à signaler si leurs draps de bains et serviettes ont besoin d'être lavés ou non. Le robinet de la douche est muni d'un mélangeur qui ajoute de l'air afin de réduire le débit d'eau. Comptez 4€ la pièce pour une économie de 50% sur votre facture d’eau ! Les déchets sont systématiquement triés et les emballages réduits au minimum. Un système de covoiturage est proposé aux clients afin de partager le prix de la course en taxi. Certains sont un peu réticents car notre clientèle, composée essentiellement d’hommes d’affaires, a peur de ne pas pouvoir obtenir de note de frais en utilisant ce système. Il faut admettre que les chauffeurs, pas très enthousiasmés par l’initiative qui représente pour eux, un manque à gagner, rechignent souvent à faire des duplicata.
Egalement bannis les petits échantillons glamour de gel douche, au grand dam de certains clients... Récemment, une dame est venue se plaindre à ce sujet. Il est parfois difficile de concilier son engagement écologique avec le service-client mais cela fait partie du jeu... Pour obtenir l’écolabel, il faut parvenir à un minimum de vingt points. Nous en avons eu trente-cinq grâce à des petites initiatives mises en œuvre ça et là, qui ont permis de réduire l’impact de notre activité au-delà des exigences fixées par le cahier des charges initial.
Pensez vous qu’il faille renoncer à la notion de luxe pour être écolo ?
L'hôtel, malgré son écolabel, a gardé l'intégralité de ses services et maintenu son standing. Nous avons même ajouté de nouvelles prestations, sans pour autant augmenter nos tarifs. Même si, pour moi, les étoiles ne sont pas très significatives, car pas assez exigeantes en matière de développement durable, d'hygiène et de qualité du service, aux yeux des gens, elles demeurent un bon indicateur quant au niveau de confort. L’hôtel Gavarni c’est 21 chambres et 4 suites tout équipées, avec minibar, sèche-cheveux, coffre-fort, salle de bain en marbre, douches hydromassantes, un accès wi-fi gratuit, un bar, un patio et une salle de conférence. Ce n‘est pas exactement l’idée que je me fais d’un hébergement spartiate. Pour moi, justement, le pari est réussi car mon établissement, s’il propose un environnement écologique et responsable, n’a en rien perdu de la qualité de ses prestations. Pour l’instant, l’argument écoresponsable n’est peut-être pas encore un critère de choix. Il demeure un « plus » et non pas une condition sine qua non. Mais je pense que cela va devenir de plus en plus important pour les visiteurs. J’ai choisi le label européen car je vise une clientèle étrangère, plus réceptive à la cause environnementale. Mon établissement est le lieu idéal pour accueillir les voyageurs contemporains qui souhaitent faire de l’écotourisme à Paris en profitant d’un service haut de gamme.
Si c’était à refaire ?
J’ai parlé de conviction tout à l’heure et ce n’était pas anodin. S’engager sur la voie de l’écologie, c’est une démarche réellement chronophage. Dans la majorité des cas, nous n’avons pas d’aide, pas d’information et, parfois, pas de réponse. L’un des problèmes majeurs aujourd’hui, c’est le retard qu’accuse la filière biologique en France. Résultat, pour les collectivités, c’est la croix et la bannière pour s’approvisionner. Nous manquons de choix et ne trouvons pas les conditionnements adaptés à notre activité. Il faut sans cesse chercher des fournisseurs pour les produits alimentaires ou d’entretien mais aussi pour les installations. S’engager dans une démarche écologique engendre une révolution, source de changements colossaux et de coûts importants. Des sacrifices et des investissements et qui, avec l’obtention de l’écolabel, réclameront encore des soins et de l’attention.
Mais cela en vaut la peine ! D’abord, parce qu’en terme d’image, ce label est un plus. A terme, j’en suis convaincu, il deviendra un véritable atout concurrentiel sur le marché du tourisme. Mais aussi parce qu’être un hôtel écologique, c’est garantir la survie de l’établissement dans le futur. Et il me semble, que dans une optique de développement durable, se projeter c’est fondamental. A propos d’avenir… j’envisage de racheter un autre hôtel et de le rénover de fond en comble pour qu’il soit le plus écoresponsable possible. Suite au prochain épisode !!
Pour en savoir plus sur l’hôtel Gavarni
Pour en savoir plus sur l'écotourisme et l'écologie à Paris et dans le monde
