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ACTUALITÉS

24/11/2008

L’ICCAT EST MORTE

Marrakech, Maroc - La commission internationale en charge de la conservation du thon rouge a opté aujourd’hui pour des quotas de capture bien supérieurs aux recommandations de ses propres scientifiques, laissant la flotte de pêche industrielle capturer ce poisson emblématique de la Méditerranée pendant sa période de reproduction.

Marrakech, Maroc - La commission internationale en charge de la conservation du thon rouge a opté aujourd’hui pour des quotas de capture bien supérieurs aux recommandations de ses propres scientifiques, laissant la flotte de pêche industrielle capturer ce poisson emblématique de la Méditerranée pendant sa période de reproduction.

La Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), réunie à Marrakech, au Maroc, a balayé d'un revers de main les conclusions de son propre audit, qui qualifiait sa gestion de la pêcherie de thon rouge de "honte internationale", pour approuver un Total Admissible de des Captures (TAC) de 22 000 tonnes pour l'année prochaine.

Les propres scientifiques de l'ICCAT avaient recommandé un TAC de 8 500 à 15 000 tonnes par an, considérant qu’il y avait des risques réels de l'effondrement de la population de thon rouge dans tous les autres cas de figures. Les scientifiques ont également demandé la fermeture saisonnière au cours des fragiles mois de frai de mai et juin, alors que la décision d'aujourd'hui permet à la pêche industrielle de pêcherjusqu'au 20 Juin.

"Ce n'est pas une décision, c'est une honte qui ne laisse pas d’autre choix que de chercher des solutions ailleurs pour sauver l’espèce", déclare Serge Orru, Directeur Général du WWF-France. "Toute autre solution aurait été préférable venant d’un organisme qui se vante de son respect pour la science, or, en une décennie, les captures autorisées sont passées de deux à quatre fois les recommandations scientifiques, avec une surpêche massive légale et illégale.»

C’est l’Union européenne qui est à l’origine de la décision d'aujourd'hui, appuyée par le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Égypte et la Syrie, et rejoint plus tard par le Japon.

Le Japon avait initialement soutenu, aux côtés des États-Unis, du Canada, du Mexique, de la Norvège, de l'Islande et de quelques pays en développement, la proposition du Brésil qui proposait de fixer le niveau de capture à 15 000 tonnes, comme recommandé par les scientifiques et la fermeture de la pêche sur toute la durée de la période de reproduction. La Libye, pays possédant la plus importante zone de pêche au thon rouge en Méditerranée, est sorti de la réunion en condamnant l’ICCAT.

Le débat a été marqué par la Commission européenne qui, menaçant les Etats en voie de développement de représailles commerciales, les a fait basculé de la proposition brésilienne, basée sur les recommandations scientifiques, à la sienne qui maintient un TAC élevé et laisse la période de reproduction ouverte à la pêche. « Ces pratiques d’un autre âge sont à condamner fermement et seront à mettre au bilan de la Présidence française de l’Union Européenne » ajoute Charles Braine, responsable du programme pêche au WWF-France.

"Les échecs successifs de l’ICCAT ne nous laissent guère d'autre choix maintenant, que de chercher des remèdes efficaces par le biais de mesures commerciales et d'étendre le boycott des distributeurs, restaurants, grands chefs et consommateurs»,déclare Sergi Tudela, responsable du programme pêche au WWF Méditerranée. Le WWF avait demandé de stopper cette pêcherie hors contrôle, une option votée par le récent Congrès mondial de la conservation de la nature et recommandé par le propre audit interne de l'ICCAT.

Le plus grand acheteur de thon rouge, l’entreprise japonaise Mitsubishi, avait signalé plus tôt en Novembre qu'elle allait "réexaminer" son "implication dans ce business" si l’ICCAT devait continuer à ne pas être en mesure de gérer de manière durable cette pêcherie.

"Le WWF sera également très actif pour faire inscrire le thon rouge sur la liste de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages (CITES) dans l'espoir que le contrôle strict du commerce permettra de sauver l’espèce autrement que par la demi-tentative de gestion des pêches présentée ici par l’ICCAT et en particulier par son contingent européen. " ajoute Sergi Tudela.

La prochaine réunion de la CITES se tiendra à Doha en Janvier 2010, et la communication sur les espèces soumises se fera en août 2009.

"Aujourd'hui, le résultat est qu’il ne nous reste plus que le volet économique pour sauver le thon rouge. » déclare Sergi Tudela.

"La consommation du Japon, qui est le principal marché pour cette espèce devrait diminuer de 18000 tonnes en raison de la crise économique, alors qu’il y a près de 30 000 tonnes de thon congelé déjà à Hong Kong et au Japon - et d'autres stocks inconnus dans d'autres pays d'Asie et dans certains navires-congélateurs. Nos sources japonaises nous ont aussi dit qu'il y avait actuellement 7000 tonnes de thon rouge pêchées illégalement dans les cages d'engraissement à travers la Méditerranée que personne ne veut acheter ".

L’option du moratoire, qui selon le Comité scientifique aurait permis la récupération la plus rapide du stock du thon rouge et les meilleures perspectives d'avenir pour l'accomplissement des objectifs de l’ICCAT de mise en place à long terme d’une pêche durable, n'a même pas été prise en considération par la Commission à Marrakech, en dépit du soutient croissant d’une partie des pêcheurs européens.

« Cette décision traduit le cynisme des décideurs internationaux en matière de gestion des pêches et condamne à moyen terme toute une filière, notamment la pêche artisanale méditerranéenne qui capture depuis des millénaires ce poisson emblématique» ajoute Charles Braine.