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ACTUALITÉS

15/04/2011

LA BOTANIQUE, ELDORADO PHARMACEUTIQUE

L'association Jardins du monde , JDM pour les intimes, promeut l'utilisation des plantes médicinales afin d'améliorer la santé des populations ayant difficilement accès à la médecine et aux médicaments conventionnels.

Derrière cette vraie bonne idée, il y a Jean Pierre Nicolas, un spécialiste de la botanique qui nous rappelle que dans les pays développés, et notamment en France, une bonne partie des médicaments prescrits contient des ingrédients découverts dans des plantes. Autrement dit, sans elles, ces traitements n'existeraient pas…

Jardins du monde, en deux mots ?

Jardins du Monde est une association loi 1901 qui a pour but l'amélioration de la santé des populations défavorisées n'ayant pas accès aux médicaments conventionnels, par l'utilisation de plantes médicinales, c’est-à-dire, dont les propriétés particulières ont été reconnues comme bénéfiques pour la santé humaine. Mais attention, j’insiste, JDM encourage uniquement le recours aux plantes dont l’efficacité et la toxicité sont scientifiquement prouvées et pose aussi la limite de leur action. Notre organisation est vouée à intervenir partout dans le monde, en fonction des demandes qui lui sont formulées par des associations locales, des coopératives, des institutions ou d'autres ONG. Son siège est situé en France, à Brasparts (Finistère). D'autre part, nous accompagnons les producteurs de plantes souhaitant exporter des espèces intéressant l'industrie cosmétique et nutraceutique (produit isolé vendu sous forme de comprimés, poudres et qui possède un effet physiologique protecteur ou bénéfique) dans le cadre du commerce équitable. Enfin, nous collaborons avec des laboratoires universitaires dans la recherche contre des pathologies tropicales telles que le paludisme ou les leishmanioses. Les actions de JDM s'inscrivent pleinement dans les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) quant à la promotion des médecines traditionnelles dans les soins de santé. Forte de ses 900 membres, notre association a effectué depuis 1997 diverses actions au Chili, au Guatemala, en Honduras, à Madagascar, au Burkina Faso, au Tibet et en Mongolie.

Et si nous revenions à la genèse du projet…

En 1992, alors que le Guatemala traversait une période de violence, nous avons créé une association de solidarité internationale portant le nom "Arrée K'iché ". Pour réagir face à la situation d'urgence sanitaire et notamment à l'absence de médicaments essentiels, cette association a entrepris de collaborer avec des villageois Quiché (l'un des peuples mayas du plateau guatémaltèque) à la création de jardins de plantes médicinales, à la préparation de remèdes, à la formation d'agents de santé et de sages-femmes traditionnelles, ainsi qu'à la mise en place de pharmacies communautaires. Après avoir étendu son action au-delà du Guatemala, notamment au Honduras, "Arrée K'iché" fut dissoute pour permettre la fondation de l'association "Jardins du Monde" en 1997. Forcément, mon cursus n’est pas totalement étranger à tout cela… A la base, je suis anthropologue puis botaniste, en fait ethnobotaniste. Un métier qui s’est construit autour d’une double problématique : actuellement, il est estimé que 80 % de la population mondiale se soigne en faisant appel aux ressources des flores et des pharmacopées locales ; ceci par choix, mais trop souvent faute d'avoir accès aux avantages de la médecine scientifique. Dans les pays du Sud où la situation sanitaire est déplorable, il existe des connaissances, un système de soins traditionnels alliés à une riche pharmacopée végétale, et des savoir-faire, menés cependant sur la voie de l'érosion. Tandis que les savoirs traditionnels s'éloignent de nous, les plantes auxquelles ils se réfèrent subissent une dégradation parallèle. On estime à 65 000 le nombre des espèces menacées dont on peut supposer que près de 15 % ont un emploi thérapeutique. Une manière simple de conserver les cultures, les savoirs et les plantes qui y sont liés consiste à valoriser ces connaissances, les dynamiser et leur donner un sens en les adaptant à l'intérieur de la société au cours de sa mutation. Dans un souci d'autonomie des communautés et dans le cadre d'un développement durable et intégré, l'ethnobotnique appliquée tente de valoriser au mieux les pharmacopées locales.

En fin de compte, votre métier prône la réconciliation de la médecine avec l’écologie…

Ce n’est pas sa vocation, mais force est de reconnaître qu’il contribue à réunir les deux sciences. En valorisant des savoirs ancestraux, il permet d’ouvrir la voie à des médecines plus naturelles qui s’efforcent de soigner sans avoir recours à la chimie, dans le respect des équilibres écosystémiques. En ce sens, on peut peut-être parler de médecine écologique… Mais tout cela, au fond, n’a rien de révolutionnaire quand on sait que l’utilisation des plantes remonte à la nuit des temps. De siècle en siècle, la connaissance des plantes et de leurs propriétés a été approfondie. Après les progrès fulgurants de la botanique systématique vint l’heure de la première édition de la Pharmacopée française et le règne des chimistes qui isolèrent une série impressionnante de molécules, telle que la morphine, la codéine ou l’acide salicylique. Cela fait des milliers d’années que l’homme utilise des extraits de plantes, de minéraux ou d'animaux pour se soigner. Par exemple, l'aspirine provient, à l'origine, de la reine-des-prés et de l'écorce de saule blanc même si l’on sait maintenant la synthétiser artificiellement. 80 % de la population de la planète a encore régulièrement recours à la médecine traditionnelle ou populaire et aux traitements à base de plantes mais à ce jour, on estime que moins de 10 % des plantes ont été étudiées pour leurs propriétés médicinales. Si les forêts tropicales sont les véritables réservoirs de biodiversité de la planète, en Amazonie, chaque minute, l'équivalent d'un terrain de football est rasé pour l'exploitation du bois, l'élevage et l'agriculture. Avec lui, c'est peut-être le remède contre une maladie grave qui disparaît avant même d'avoir été découvert…

Plus d’infos sur www.jardinsdumonde.org