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ACTUALITÉS

30/03/2009

LE « TOUT LOCAL » ALIMENTAIRE, C’EST POSSIBLE !

Adeptes d’un régime alimentaire nouveau, les locavores n’absorbent que les produits fabriqués dans un rayon de 160 Kilomètres autour de chez eux . Pas toujours facile de se plier à un tel dogme suivant la région du monde où l’on vit. Mais aux Etats Unis comme au Canada, le mouvement connaît un vrai succès populaire, et il s'étend peu à peu à l'Europe. Même la France s’y met… Depuis septembre 2008, au cœur de l’Aude, Stéphane Linou, tente une expérience inédite : se nourrir local exclusivement et ce, pendant un an !

L’idée vient d’Outre-Atlantique. Plagiant l’initiative de deux journalistes canadiens, un habitant de Catelnaudary a fait le pari de manger local en se servant exclusivement chez les producteurs de sa région et de ses environs. Fondateur de la première AMAP de son département, ce croisé de l’agriculture de proximité va s’efforcer, au rythme des 4 saisons, de consommer uniquement des denrées ayant poussé à moins de 150 km de chez lui. Le but de cette expérimentation ? Soulever la question trop souvent occultée de la souveraineté alimentaire et de la nécessaire préservation de la terre nourricière.

« J’ai pensé que la mise en scène de ma propre expérience de « mangeur local » pourrait constituer un outil pédagogique intéressant pour sensibiliser à la fois l’opinion publique, les élus et les médias sur la vulnérabilité de nos sociétés par rapport à nos approvisionnements », explique cet agent de développement local âgé de 33 ans. Mais son engagement n’a rien d’intégriste. Pas question ni de se mettre à la diète, ni de se marginaliser. Pour répondre à ses impératifs professionnels, type déjeuners d’affaire, il s’autorisera quelques entorses.

Figure locale du militantisme paysan il possède déjà un solide réseau de connaissances et de soutien à sa cause. Petit à petit, il s’est créé une chaîne de fournisseurs autour de lui qui lui apportent les produits qui lui sont nécessaires. Et pour plus de légitimité, il s’est entouré d’une diététicienne, d’un médecin, d’une spécialiste en économie familiale et d’un agroéconomiste qui, le suivant pas à pas tout au long de l’année, tenteront de répondre aux questions fondamentales que son audacieux pari suscite : devient-on malade en mangeant local ? Mange-t-on toujours la même chose, avons-nous des repas déséquilibrés et nous exposons-nous à des carences nutritionnelles ? Est-on obligé d’aller voir son banquier et de contracter un prêt, se priver d’autre chose ou manger quantitativement moins qu’un consommateur lambda ? Et enfin, est-il possible que toute la population d’un territoire se nourrisse localement ?

Là où d’autres auraient mis en avant le problème de l’empreinte écologique ou de la qualité des produits que nous ingurgitons, Stéphane Linou enfonce le clou sur la dangereuse soumission de notre sécurité alimentaire aux aléas des marchés internationaux, prônant le retour à une certaine autosuffisance régionale…

« Nous vivons dans des territoires sous perfusion, à la merci des conflits, de la hausse du prix du carburant ou de n’importe quel embargo. Je ne me bats pas pour une vision rétrograde du monde mais je veux interroger sur notre degré d’autonomie. Ce serait dommage de crever de faim en cas de guerre, par exemple, ou de pépins plus anodins tels que des grèves de camions, tout ça parce qu’on ne s’est pas suffisamment organisé pour produire sur place en s’affranchissant des approvisionnement extérieurs ».

Et de fait, on ne peut lui donner tort. Plus nos fournisseurs seront proches, moins nous serons soumis aux diktats du commerce mondial.

Mais là où l’expérience du chaurien est particulièrement percutante, c’est dans le fait de parvenir à démontrer que si aujourd’hui, un aliment parcourt en moyenne 1500 kilomètres avant de finir dans nos assiettes, il est possible de diviser cette distance par dix. « Je veux montrer à quel point il est absurde de faire venir des tomates du Maroc quand on sait les produire chez nous ». Fondant son argumentation sur l’épée de Damoclès que constituent la raréfaction et l’augmentation du prix du pétrole, il prône une consommation locale permettant de briser le joug de cette source d’énergie dont notre nourriture dépend et pour sa production et pour son acheminement. L’idée est de faire bouger les mentalités et d’interroger sur l’après-pétrole.

Au delà de cette anecdote régionale, le manger local suscite un engouement croissant et semble même l’emporter sur le bio… Certes, le choix est cornélien : est-il préférable d’acheter une pomme bio qui vient de l’autre bout du monde ou une pomme non bio produite dans le coin ?

Pour Amandine Désétables, Chargée du programme agriculture durable au sein du WWF-France, l’essentiel est de consommer des produits de saison car « en plein hiver, dans nos régions, la production d’une tomate sous serre chauffée consomme dix fois plus d’énergie que la production d’une tomate cultivée à ciel ouvert l’été » . Si l’on devait résumer, donc, l’important est de privilégier une agriculture de qualité, de proximité et de saison. Quant au bio importé, s’il s’agit de produits que l’on est capable de produire chez nous, il est préférable de ne pas l’acheter…

Quoiqu’il en soit, consommer local c’est faire un geste politique en faveur d’un commerce plus équitable car on rémunère le travail de l’agriculteur à sa juste valeur, sans écraser les prix comme le font les grandes surfaces, on mange au rythme des saisons et donc, de la nature, et c’est de l’emploi pour le territoire !

Et la bonne nouvelle c’est que cette ferveur pour le local ne semble pas être une mode légère. De nombreux facteurs montrent même qu’il s’agit bien d’une tendance de fond. A commencer par les débats sur le sujet, qui se succèdent. La presse s’est emparée de la problématique. Même la grande distribution commence à intégrer cette nouvelle exigence ! Elle affiche désormais les émissions carbone de certains produits, étiquetage bientôt généralisé en France mais qui existe depuis déjà quelques années en Angleterre.

Il n’y a donc plus à hésiter ! D’autant que notre pays regorge de produits locaux aux saveurs différentes. Et que Rajendra Pachauri, président du Groupe Intergouvernemental sur le Climat et prix nobel de la paix 2007, prône un changement de nos modes de vie et notamment de notre alimentation…

Plus d’infos sur le défi de Stéphane Linou