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LE TOXICOLOGUE, UNE ESPÈCE EN VOIE DE DISPARITION ?
Après s’être mobilisé pour la protection du panda, du tigre et du thon rouge, le WWF-France se penche aujourd’hui sur la disparition d’un métier dont on a paradoxalement de plus en plus besoin.
Amiante dans les bâtiments, pesticides et nitrates dans les champs, dioxine crachée par les incinérateurs, aluminium dans l'eau de boisson... sans oublier le trio infernal constitué par le mercure , le plomb et le cadmium . Tout ce beau monde nous empoisonne, sans vergogne, au quotidien.
Pourtant, comme nous le révèle André Picot, toxicochimiste de renom, les spécialistes, de moins en moins nombreux, ont du mal à se faire entendre dans le brouhaha des lobbys industriels et face aux intérêts divergents des professions de santé souvent promptes à se ranger du côté du plus offrant…
Face au déclin de votre profession, que préconisez vous ?
Refusant de rester les bras croisés à contempler la lente agonie de la toxicologie française, nous avons crée avec deux collègues du Groupe pharmaceutique Roussel-UCLAF, une nouvelle discipline. Issue du mariage de la chimie, science des produits chimiques, et de la toxicologie, à l’origine, science des poisons, la toxicochimie est née. Nous avons alors décidé de l’enseigner au sein du CNAM de Paris, le Conservatoire National des Arts et des Métiers et mis sur pied, dans la foulée, l’Association Toxicologie-CNAM (ATC). Dès le départ, son objectif était clair : promouvoir une politique en faveur du développement et de la transmission des connaissances en toxicologie fondamentale et appliquée. Non seulement pour éviter que le savoir ne se perde mais aussi pour permettre à ses membres de réactualiser leurs connaissances et redynamiser ainsi ce milieu fortement assoupi. En effet, comme toute science, notre discipline se doit d’évoluer pour s’adapter à son objet d’étude qui ne cesse de se modifier. Si au CNAM la toxicologie ne fait plus partie des préoccupations principales, nous ne nous sommes pas démobilisés. Notre association s’est émancipée et est devenue l’Associaton Toxicologie-Chimie… ce qui nous a permis de garder notre sigle l’ATC !
Plus concrètement, que fait l’ATC ?
L’ATC organise et dispense des formations, enseignements et stages courts en toxicologie fondamentale et appliquée. Pour comprendre et évaluer les effets sur la santé ou l’environnement des produits chimiques incriminés, un niveau bac suffit. Nos sessions de cours peuvent convenir à des ingénieurs, à des médecins ou à des infirmiers mais aussi aux membres des comités d’hygiène et de sécurité, aux adhérents d’organisations syndicales ou écologistes, à des journalistes, en bref, à toute personne désireuse d’élargir ses connaissances dans le domaine des risques liés aux produits chimiques. Mais l’ATC c’est aussi un réseau d’experts qui peut être amené à réaliser des dossiers de synthèse, appelés monographies, à partir de sujets d’actualité.
Ces fiches techniques rassemblent les informations concernant les propriétés physicochimiques, chimiques, toxiques et écotoxiques d’un produit donné. Il s’agit souvent de substances qui font parler d’elles dans les médias. Par exemple, nos experts se sont intéressés, sujet très en vogue en ce moment, aux additifs présents dans certains vaccins qui circulent contre la grippe A (H1N1). Il s’agit du qualène, un hydrocarbure complexe extrait de l’huile de requin et qui stimule l’activité du vaccin. L’autre produit, beaucoup plus dangereux est le thimérosal, un antiseptique à base de mercure organique et qui s’avère être un toxique redoutable pour le système nerveux central, en particulier, pour les cerveaux en développement, c’est-à-dire, ceux des bébés.
Pour ou contre la vaccination, le grand public doit pouvoir faire son choix en connaissance de cause ! Mais pas de raccourcis, ni de catastrophisme. Les seringues unitaires monodoses toutes prêtes ne contiennent pas de Thimérosal et peuvent donc être privilégiées en cas de vaccination contre la grippe A. Encore faut-il que le patient soit informé pour exiger cette alternative. C’est précisément là que nous intervenons, notre rôle étant, entre autres, de le mettre au courant.
Etre toxicologue aujourd’hui c’est donc être militant ?
Si militer c’est résister contre une majorité pour défendre ce que l’on croit juste, en prenant le risque de se mettre les puissants à dos et ce, pour le bénéfice du plus grand nombre, alors oui, continuer à développer notre spécialité, c’est un peu comme un acte de résistance. Notre rôle est de mettre à disposition des informations fiables, même si elles sont sujettes à polémique. Par exemple, avec ma collègue Marie Giesman, nous menons depuis des années un combat difficile pour faire interdire l’utilisation du mercure dans les amalgames dentaires car les ravages de ce produit sont globalement niés par les professionnels de santé et les instances sanitaires françaises et européenne.
Face à la désinformation permanente, nous avons donc un rôle d’alerte qui s’apparente souvent à celui de dissident, toujours prêts à révéler ces vérités qui fâchent.
Mais la rigueur scientifique demeure notre priorité absolue et notre démarche est dictée par une règle de conduite inébranlable : ne jamais monter au créneau sur un sujet que nous ne maîtrisons pas. Ceci explique notre silence dans certains domaines aussi sensibles que les OGM ou les ondes électromagnétiques. Chaque position adoptée par notre association est le fruit d’un travail collectif au service de tous. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’à ce jour, le contenu scientifique de nos monographies ou de nos fiches n’a jamais été contesté, preuve que si l’on essaie de nous contraindre au silence, lorsque nous nous exprimons, personne n’ose nous contredire !
