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ACTUALITÉS
LES PAYS EUROPÉENS CREUSENT LA TOMBE DU THON ROUGE
Lundi dernier, à Bruxelles, un projet européen susceptible de sauver le thon rouge était sur la table des négociations. Il suggérait d'interdire la commercialisation de cette espèce menacée. Hélas, les Etats membres de l’UE viennent de rejeter la proposition de la commision, signant ainsi l’effondrement des populations de thon rouge, en même temps que le déclin des thoniers dans un futur proche…
Bref rappel historique : en avril 2009, le WWF rend publique une enquête inédite annonçant la disparition du thon rouge en 2012 si les gestionnaires et les décideurs continuent d'ignorer les avertissements de la communauté scientifique. L’ONG exhorte les gouvernements à la fermeture de cette pêcherie. Et cette requête n’a rien d’une toquade…
En effet, en deux décennies à peine, la population de thon rouge (Thunnus Thynnus) de Méditerranée a chuté de 80% alors que ce poisson emblématique était pêché depuis l’Antiquité. Au milieu des années 1990, à une pêche relativement proportionnée, destinée à la consommation locale, est venue s’ajouter la pratique de l’engraissage en cage. Ces poissons sont presque exclusivement destinés au marché japonais où ils sont consommés sous la forme de sashimis. Une activité extrêmement lucrative qui a provoqué une véritable ruée vers l’or aux effets catastrophiques.
Aujourd’hui, tous les voyants sont au rouge : chaque année, le niveau annuel des captures dépasse outrageusement celui recommandé par les scientifiques. A ce rythme là, le stock risque bel et bien de s’effondrer à très court terme sans manquer d’entraîner, dans sa chute, la mort d’une activité millénaire.
Malheureusement, l’Europe n’a pas su saisir l’opportunité qui lui était donnée, lors de la réunion du comité de gestion de la CITES, le 21 septembre dernier, d’inverser le cours de l’histoire.
Ainsi, les gouvernements de l’UE étaient appelés à se prononcer sur une proposition visant à interdire la commercialisation du thon rouge. Un projet ambitieux, courageux même, porté par Messieurs Stavros Dimas et Joe Bord, respectivement commissaires de l'Environnement et de la Pêche et des Affaires maritimes.
Bruxelles proposait de coparrainer une proposition de Monaco d'inscrire le thon rouge, pêché surtout en Méditerranée, sur l'annexe I de la Convention de l'ONU sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites), à titre provisoire, en attendant les prochaines évaluations scientifiques de l'état des stocks de thon.
Mais lors du tour de table, de nombreux Etats ont estimé qu'il était "prématuré pour l'UE de coparrainer cette proposition" et qu'il fallait attendre "de nouvelles études scientifiques" . Ce sont, en fait, les pays riverains de la Méditerranée, l’Espagne, l’Italie, la France, mais aussi la Grèce, Malte et Chypre, qui se sont prononcés contre, privilégiant des intérêts économiques à court terme. En conséquence, la proposition n’a pas obtenu la majorité qualifiée qui était requise.
Cette position de la France ne correspond pas à l'engagement du Président de la République de "soutenir l'inscription du thon rouge à l'annexe de la convention internationale sur les espèces sauvages pour en interdire le commerce" (Discours du Havre du 16 juillet dernier), ce qui constitue un retournement incompréhensible pour les ONG. En effet, la France, si elle s'était prononcée en faveur d'une inscription à l'annexe I, aurait sans doute pu rallier quelques uns des autres Etats membres réticents à sa cause.
Maigre consolation… Les Etats membres peuvent toujours revoir leurs positions en mars 2010, où la Convention se réunit pour prendre une décision finale. Espérons que d’ici là, les Etats membres de l’UE qui sont le plus responsables de l’épuisement des stocks de thon rouge auront recouvré la raison…
