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ACTUALITÉS

08/12/2009

ORDURES, LA PLANÈTE SATURE

Le fantasme de la flamme purificatrice pour traiter nos déchets perdure. Pourtant, l’incinération est une fausse solution, émettrice de fumées nocives et facteur important du réchauffement climatique . Comme nous l’explique Sébastien Lapeyre , Directeur de l'association Cniid, Centre national d’information indépendante sur les déchets, le problème des détritus est loin d’être résolu. Alors que la production de déchets augmente de 1% chaque année, seuls 20% sont recyclés. Le coût de gestion de nos poubelles ne cesse de croître, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre liées à leur traitement. Pourtant, des alternatives existent…

A quelle idée reçue aimeriez-vous tordre le cou concernant les déchets ?

Précisément au mythe du feu purificateur. Le traitement de nos déchets par incinération est un vieux procédé basé sur la combustion de détritus généralement mélangés. Un grand mix d’ordures ménagères, de débris industriels banals mais aussi de DASRI, déchets d'activités de soins à risques infectieux. Selon ses promoteurs, ce procédé aurait comme principal avantage de réduire le volume et la masse de déchets solides. Mais la réduction n’est qu’apparente puisque l’incinération génère des fumées toxiques et des résidus solides, en particulier les mâchefers, qui représentent en moyenne 30% du poids brûlé. Ces mâchefers, soulignons-le, au passage, sont souvent utilisés comme remblai de tranchée ou sous-couche de chaussée en substitution de matériaux plus nobles, tels que le sable. Pourtant, en raison des métaux lourds qu’ils contiennent (plomb, cadmium, mercure,...) et des dioxines, ils constituent une source de pollution potentielle pour les sols et les eaux. Comme le Rhône infesté par les PCB, ces doses de polluants se répandent dans les eaux, se sédimentent en partie, s’accrochent aux végétaux, mais surtout se fixent dans les graisses animales et participent à la contamination de toute la chaîne alimentaire.

De même, les industriels veulent nous faire croire, depuis des décennies, que les fumées des incinérateurs ne sont constituées que de vapeur d'eau alors que plus de 2000 molécules s'échappent des cheminées. Des liens entre cancers et exposition aux fumées ont été récemment mis en évidence par l'institut de veille sanitaire (Invs).

Il faut ajouter à cela l'impact sur le changement climatique avec de fortes émissions de gaz à effet de serre générées par la combustion. Les 130 usines d'incinération de notre pays rejettent annuellement environ 5 millions de tonnes de CO2, soit l'équivalent de 2,3 millions de voitures. Depuis plus de 10 ans, le Cniid alerte l’opinion sur l’imposture de l’incinération que l’on persiste à présenter comme « Le » remède au problème de la gestion des déchets.

Pourtant, les mentalités semblent évoluer à ce sujet. Le Grenelle n’a t-il pas reconnu les nuisances générées par l’incinération en la classant dans la catégorie des activités polluantes ?

Certaines de nos demandes ont été prises en compte. Le Grenelle de l’environnement affiche des objectifs en matière de réduction des déchets et de recyclage. Il a également rénové la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) qui incite au recyclage en augmentant le coût de la mise en décharge et de l’incinération. L'incinération est reconnue comme polluante et enfin soumise au principe du pollueur/payeur.

Mais ces mesures ne sont pas à la hauteur du défi qui nous attend au 21ème siècle : la France n'a malheureusement pas fait le choix de décréter un moratoire sur l’incinération des déchets ménagers et assimilés, demande pourtant faîte en 2007 par l’Alliance pour la planète, dont le Cniid fait partie. Participer à un processus comme le Grenelle, même s'il présente de nombreuses limites, a permis de faire bouger les lignes sur la question des déchets et de donner une visibilité à nos demandes, notamment auprès des parlementaires. Mais le Grenelle n'est surtout pas une fin en soi : c'est un moyen parmi d'autres et beaucoup de travail reste à faire, notamment au niveau local, pour passer à l'acte.

Au quotidien, notre indépendance, qui vient notamment du financement par nos adhérents et nos donateurs individuels, nous permet de palier le manque d'information indépendante sur la gestion des déchets et de porter les intérêts de la société civile au niveau local, national et européen.

La semaine européenne de la réduction des déchets vient de s’achever. Quelle a été la contribution du Cniid pendant ce temps fort de mobilisation?

En plus des nombreuses projections de documentaires, ateliers et conférences-débats, nous avons organisé une collecte de mercure et de radiographies usagées. Ayant communiqué en amont sur l’opération, les particuliers nous ont ramené leurs vieux thermomètres, baromètres ou leurs radios médicales… Du mardi 24 au samedi 28 novembre, nous avons assuré une permanence quotidienne pour récupérer ces déchets très spécifiques.

Durant toute la semaine, nous nous sommes efforcés de faire passer un message clé, prônant la réduction des déchets à la source : « trier et recycler, d’accord, mais réduisons d’abord ». En effet, aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin d’un changement de paradigme. Arrêtons de produire toujours plus de déchets sous prétexte qu’ils sont recyclables, essayons d’en produire moins et de gérer autrement les déchets existants.

Ce n’est pas toujours évident de sensibiliser au problème des déchets, le sujet n’étant pas franchement glamour. Pourtant, l’enjeu est de taille et surtout… la marge de manœuvre est importante. Si face à certaines problématiques écologiques nous sommes démunis, ce n’est pas le cas avec celle des déchets. Actuellement, le potentiel de réduction de nos ordures est de 150 Kg par habitant et par an, soit une diminution de près de 39% du poids de notre poubelle. Pour cela, il suffit d’un peu de bonne volonté, de la part de chacun. Les acteurs de la société doivent contribuer, à leur échelle, à la réduction des déchets en poids, en volume et en unités. Les industriels sont certes les premiers concernés et on attend d’eux qu’ils se donnent les moyens de commercialiser autrement, en réduisant la quantité d’emballages par exemple. Mais les collectivités ont également un rôle clef à jouer pour informer les administrés et les inciter à trier leurs déchets mais aussi, en amont, leurs achats, afin de privilégier les produits peu ou pas emballés… La croisade contre les déchets ne fait que commencer ! Pensons-y au moment des achats de Noël.

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