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POUR DES VENDANGES PROPRES
Dans l’imaginaire collectif, les vendanges sont synonymes d’euphorie, période festive, récompense ultime d’une année de dur labeur.
Pourtant, la récolte joyeuse génère des dommages collatéraux.
En effet, activité saisonnière aussi révérée que lucrative, la viticulture produit des rejets polluants qui impactent le milieu naturel et en particulier la qualité de nos ressources en eau .
Et s’il existait un système ingénieux capable de transformer ces nuisances en bienfaits ? Il semblerait que le procédé VITIFIL © possède tous les requis pour tenir cette belle promesse…
Comme le dit l’adage, le vin et l'eau n'ont jamais fait bon ménage! Les riverains sont nombreux à décrire l’aspect noir-bleu de leurs rivières pendant la période du pressurage et du soutirage consistant à aérer et à clarifier le vin, tant l’équilibre écologique des cours d’eau est perturbé par ces rejets de matière organique. Triste revers de la médaille, conséquence regrettable de la vinification.
En effet, les petites rivières reçoivent les eaux de rinçage et autres résidus très chargés en glucose et protéines. On parle d’effluents vinicoles qui résultent des diverses opérations de lavage du matériel utilisé, de la récolte (bennes et surtout machines à vendanger) à la mise en bouteille, du lavage des sols, du chai et du détartrage des cuves. Ces lies, bourbes et eaux de lavage s’en vont directement dans les eaux claires en direction des cours d’eau.
Les rejets en question sont constitués d’une partie insoluble composée de débris végétaux, de micro-organismes, de terres de filtration et de tartre et d’une partie soluble dans laquelle on trouve tous les éléments présents dans les raisins ou le vin, molécules organiques telles que sucres, acides et alcools. C’est cette fraction soluble qui pose problème car elle est rapidement dégradée par les micro-organismes lorsque les effluents sont rejetés dans le milieu aquatique.
L’apport excessif de substances nutritives génère un développement excessif de bactéries et une forte augmentation de la production d’algues et de plantes aquatiques, ce qui entraîne, à terme, la dégradation du milieu qui s’asphyxie… Face à cet afflux soudain de matière organique, la faune piscicole et la microfaune se retrouvent dans un jus fermenté, sans oxygène, au lieu d’une eau claire. Elles ne survivent pas à cet étouffement.
En effet, les bactéries des petites stations communales ne peuvent faire face à cette "indigestion" de sucre et elles n'assument plus leurs fonctions. Elles sont à la base prévues pour un certain niveau de pollution, qui s'avère parfois multiplié par 20. Les domaines qui traitent plus de 500 hectolitres doivent donc être raccordés aux station d’épuration collectives ou traiter eux mêmes leurs rejets.
Aujourd’hui, la pression réglementaire et le souci de préserver la ressource en eau conduisent les viticulteurs à s’engager dans des démarches de traitement des effluents vinicoles. Les caves coopératives ont été les premières à chercher des solutions, c’est désormais au tour des caves particulières de franchir le pas car elles sont depuis peu, elles aussi, soumises au régime de la « déclaration » au titre des IPCE (Installations classées pour la protection de l’environnement). Concrètement, cela signifie qu’elles paient une redevance pollution à l’Agence de l’Eau. Pour minimiser cette taxe, elles ont donc tout intérêt à réduire la pollution à la source.
A ce jour, plusieurs techniques sont utilisées, à l’image de l’épandage agricole, le raccordement aux réseaux des collectivités (stations d’épuration) ou le traitement par stockage aéré.
Mais ces diverses solutions sont contraignantes car leur mise en œuvre nécessite des moyens technique et financiers importants. En outre, ces systèmes, gros consommateurs d’énergie, génèrent un taux important d’émissions de gaz à effet de serre. D’autres solutions restent à imaginer si l’on souhaite, comme les engagements du Grenelle le stipulent, restaurer la qualité des cours d’eau les plus sensibles à l’horizon 2015.
Or, justement, pour aider la filière à relever le défi d’une viticulture en équilibre avec son environnement une bonne idée vient d’émerger !
Simple mais astucieux, il s’agit d’un système permettant de collecter, stocker et filtrer les effluents vinicoles. Ainsi, des réservoirs souples sont utilisés pour récupérer l’eau « souillée» qui est ensuite filtrée, puis valorisée. En effet, un système de micro-irrigation par goutte à goutte a été prévu pour redistribuer l’eau traitée sur les cultures avoisinant les caves. Oliviers, arbres fruitiers et vignes des environs bénéficient donc d’un arrosage à titre gracieux… Non seulement le procédé permet d’épargner les cours d’eau en empêchant les rejets de se répandre dans les rivières mais en plus, il contribue à économiser de l’or bleu en traitant une eau polluée qui, une fois « purifiée », peut de nouveau être utilisée pour irriguer les plantations voisines. Une économie non négligeable lorsqu’on sait que la viticulture consomme énormément d’eau… Il faut, en moyenne, 5 litres d’eau pour produire 1 litre de vin.
A l’origine de cette vraie bonne idée, Monsieur Denis Ladouce, gérant de la société CABASSO, basée dans le Var. Il a intitulé son procédé VITIFIL © et l’a fait breveter. En plus de traiter les effluents de la cave, sa société propose un module supplémentaire, la dalle de lavage multi-fonctions, qui va permettre de bloquer les hydrocarbures lors du lavage des engins et de collecter les produits phytosanitaires lors du nettoyage des pulvérisateurs utilisés pour le traitement des vignes. Stockés dans la cuve, au lieu d’être rejetés dans le milieu naturel, ils seront ensuite pompés puis redirigés vers des incinérateurs.
L’intérêt du procédé VITIFIL © est de parvenir à traiter les eaux contaminées en aval, c’est-à-dire, avant qu’elles ne se répandent dans la nature, sans nuisances olfactives, sans recourir à des produits chimiques et de façon peu contraignante puisqu’il s’agit d’un système automatique ne nécessitant pas de main-d’œuvre supplémentaire, peu de place au sol lors de l’installation, le tout à un prix très abordable. Jusqu’en 2012, les viticulteurs désireux d’équiper leurs caves de ce nouveau système peuvent obtenir des subventions publiques dans le cadre du PVE (Plan Végétal pour l’Environnement) mis en place par le Ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche. Mieux vaut donc, pour les caves particulières, ne pas trop repousser l’échéance de cet investissement car les aides de l’Agence de l’eau s’amenuisent d’année en année.
A ce jour, trois domaines ont opté pour le procédé VITIFIL © dans le département du Var et quatre de plus l’adopteront cette année. Leur objectif ? Continuer à émerveiller nos papilles, à développer des arômes toujours plus subtils sans sacrifier pour autant à l’amour de la vigne la qualité des eaux superficielles et souterraines de leur région. En somme, devenir des viticulteurs responsables et non plus des producteurs de vin qui tâche…
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