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QUAND DES CITOYENS ÉCLAIRÉS PRÔNENT L’OBSCURITÉ
Excédé par les néons des enseignes commerciales qui, la nuit, alors que personne ne passe, illuminent les parkings inutilement, le collectif des vers luisants a décidé d’agir. Adepte du dialogue, un commando anti-belliqueux s’est formé pour éradiquer le problème. Phase 1, l’équipe contacte les commerçants fautifs pour les exhorter à éteindre leurs éclairages superflus . En cas de refus d’obtempérer, on passe à la phase 2 : le raid pacifiste, opérant quelquefois à vélo et en famille, appuie sur les interrupteurs lui-même ! Rencontre avec Laurent Bihel , l’un des fondateurs du mouvement.
D’où vient cette idée lumineuse d’éteindre les enseignes des magasins ?
Tout a commencé dans le cadre de l’université populaire du Mans, lors d’une conférence sur la désobéissance civile dont le but était de faire réfléchir sur ce sujet, mais aussi d’initier des actions citoyennes. La désobéissance civile étant un moyen d'agir contre des situations avérées injustes et des lois illégitimes, ce qui peut arriver, même dans notre démocratie. A l’issue de la réunion, une personne est venue me trouver pour me faire part de son irritation face à un illogisme absolu : laisser les lumières des enseignes et panneaux publicitaires allumées la nuit. Evoquant les désagréments de cette pollution lumineuse et de ce gaspillage des ressources, nous nous sommes demandés ce que nous pouvions faire pour mettre fin à cette aberration. En parallèle, suite à l'université populaire, un stage de désobéissance civile animé par le collectif des désobéissants avait été mis en place. Nous avions entendu parler du clan des néons qui éteignait les lumières des devantures. Partant de l'expérience du stage et à partir de ce qui existait ailleurs, nous avons alors décidé de créer notre propre collectif d’extinction, ici, au Mans. Notre première cible a été la zone commerciale nord. Après avoir effectué un repérage, nous avons listé l’ensemble des magasins qui restaient éclairés la nuit. Nous leur avons envoyé un avertissement poli, par courrier, pour leur demander de cesser ce gaspillage en leur faisant remarquer que s’ils avaient l’habitude d’éteindre les interrupteurs en quittant la pièce dans leur propre maison, il n’y avait aucune raison de ne pas appliquer cette règle de bon sens lorsqu’ils s’absentent de leur boutique. Suivait un ultimatum explicite : si nous constations un statut quo dans les quinze jours, nous nous verrions contraints de procéder nous-mêmes à l’extinction…
Et alors ?
Notre opération a porté ses fruits, au-delà même de nos espérances. D’abord, certaines enseignes ont éteint leurs néons spontanément. Notre courrier a suffi à les convaincre de la nécessité de renoncer à cette débauche de lumières. Ca c’était la première victoire. L’autre succès, c’est d’être parvenu à faire relayer l’info par la presse, à médiatiser nos extinctions. Je crois que ce qui a plu dans l’initiative, c’est son caractère spontané et amateur, mais surtout, son approche pacifiste. Pour le collectif, il est hors de question de dégrader quoi que soit. Éteindre une enseigne, c'est sans casse et c'est facile. On connaît la technique. Même s'ils sont de mieux en mieux dissimulés, les boîtiers de commande sont toujours accessibles, au moins pour les pompiers. » Et le fait que le « gang » opère à vélo a surement contribué à rendre l’événement festif et sympathique aux yeux des gens. Nous ne sommes pas des casseurs, ni des extrémistes. Nous sommes juste des citoyens déterminés qui souhaitons remettre un peu de bon sens dans notre quotidien. Après l'extinction de nombreux magasins de la zone Nord, nous avons décidé de dénoncer l'abus d'éclairage des parcs urbains du Mans. Nous avons recensé les parcs éclairés toute la nuit puis demandé un rendez-vous aux élus. La presse a relayé l’initiative. La rencontre avec les élus a été très positive et suivie d'effets. Le vrai triomphe, c’est sans doute d’ailleurs la prise de conscience des acteurs politiques locaux qui se sont appuyés sur notre action pour initier de bonnes pratiques dans le domaine de l’éclairage public. Le Mans métropole a adopté jeudi dernier un « agenda 21 » pour promouvoir les actions de développement durable. Parmi ces actions, la lutte contre la pollution lumineuse et l’initiative d’une réflexion menée avec la chambre de commerce et d’industrie pour aboutir à une charte incitant les commerçants à éteindre leurs vitrines la nuit… Ceci-dit, la rencontre avec les élus n'aurait pu se faire sans l'appui de l'Association National de Protection du Ciel et de l'Environnement Nocturne qui a une réelle légitimité scientifique et technique
La prochaine étape c’est quoi ?
Continuer la bataille contre les néons car elle ne fait que commencer et travailler, main dans la main, avec les élus locaux car c’est en mutualisant nos efforts qu’on aura le plus d’impact. Si de nouveaux militants se rallient à notre cause, tant mieux, mais nous savons que si le mouvement s’élargit, il devra évoluer dans sa forme, son organisation, sa mécanique. Or, nous sommes très attachés à son mode de fonctionnement actuel. Pour l’instant, nous sommes peu nombreux et de ce fait, il y a une grande liberté, une immense réactivité et une spontanéité rare dans nos actions. Quoi qu’il arrive, nous souhaitons garder cet esprit festif et pacifiste qui fait notre force. J’ai une anecdote à ce sujet. Alors que nous exhortions gentiment un commerçant à éteindre sa vitrine en lui expliquant que s’il refusait de s’exécuter, nous appuierions nous même sur l’interrupteur, il nous a répondu, plutôt hargneux, qu’il nous attendrait pour, je cite, nous casser la gueule. Je lui ai alors rétorqué, placide, que nous faisions partie d’un collectif non violent et que puisqu’il le prenait sur ce ton, nous laisserions sa devanture éclairée. Résultat, il a éteint ses néons lui-même…
