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SOLIDAIREMENT BIO
En 2001, Fatima Rihai se lance un défi : créer des jardins d’insertion au cœur de la ville pour cultiver du bio tout en redonnant un projet de vie à ceux qui n’en ont plus.
Aujourd’hui, ce sont près de 16 hectares qu’une centaine de personnes en réinsertion cultivent chaque jour, retrouvant peu à peu le goût de l’effort et la fierté d’être utile en nourrissant les autres avec les légumes qu’elles ont produit elle-même. Un véritable projet de développement durable réconciliant les intérêts économiques avec les enjeux sociaux et environnementaux !
Comment fonctionnent les jardins de la montagne verte ?
Il s’agit d’une association, à but non lucratif, ayant pour vocation la réinsertion d'adultes en difficulté par le maraîchage biologique. Le public accueilli aux Jardins de la Montagne Verte est constitué de personnes majoritairement en grande difficulté, éloignées de l'emploi pour diverses raisons, souvent marginalisée et/ou désocialisées. Employés en Contrat d'Accompagnement à l'Emploi (CAE) ou Contrat Avenir (CA), ces travailleurs handicapés, sans domiciles, sortant de prison ou chômeurs longue durée, travaillent pour une période plus ou moins longue aux Jardins et y suivent un parcours global d'insertion, sociale et professionnelle. L’idée est de redonner à ces personnes parfois déconnectées de la réalité des repères dans le temps, grâce aux quatre saisons. Faire vivre et croître une plante nécessite de se lever tous les jours, d’être ponctuel, de travailler en équipe… Ils retrouvent un rythme, un salaire et une reconnaissance sociale qui sont le point de départ de leur démarche d'insertion. Les formations dispensées leur permettent ensuite d'affiner leur projet professionnel.
Le travail des jardiniers s’effectue dans le souci permanent du respect de la nature et au regard du cahier des charges de l'agriculture biologique : compost, désherbage manuel, rotation des cultures... Quant à la récolte, elle est principalement commercialisée sous forme de paniers de légumes distribués toutes les semaines dans différents points de dépôt de la grande couronne strasbourgeoise. Pour recevoir un panier, il faut adhérer à l'Association des Jardins de la Montagne Verte puis souscrire à un type d'abonnement annuel ou semestriel. Au delà d'un geste de consommation responsable, acheter un panier de légumes régulièrement, c'est participer concrètement à l'intégration d'adultes en difficultés sociales et professionnelles.
Vous avez remporté l’édition 2008 d’un concours organisé par Femme actuelle pour élire « La » femme de l’année…
Oui, les lectrices de ce magazine féminin ont eu un vrai coup de cœur pour notre projet et ont donc massivement voté pour le défendre. Une marque de reconnaissance et un joli pied de nez à ceux qui m’avaient dit que ça ne marcherait jamais… Mais aussi un coup de pouce salutaire puisqu’il y avait un chèque de 10 000 euros à la clé ! Grâce à cette somme, nous avons pu investir dans la création d’un atelier de transformation et développer ainsi une dizaine d’emplois supplémentaires pour confectionner des soupes à partir des légumes cultivés.
Ce projet, très humble au départ, qui n’englobait qu’une poignée de bénévoles et n’avait d’autre ambition que d’entretenir des potagers familiaux, commence finalement à prendre pas mal d’envergure. Nous avons créé deux structures annexes : un atelier protégé, adapté aux personnes handicapées, et une entreprise d’insertion « Presta’Terre » spécialisée dans le para-agricole.
Aujourd’hui, nous distribuons près de 600 paniers et garantissons un emploi à près de cent personnes. Mais au regard des 550 demandes que avons reçues cette année, c’est encore trop peu. Tributaires à 75% des financements publics et donc voués à une incertitude constante quant aux politiques menées par l’Etat vis-à-vis de ces publics marginalisés, nous sommes à la recherche de mécènes, fiables et puissants, susceptibles de donner une véritable impulsion à notre initiative.
Passez vous par des phases d’abattement ?
J’avoue que ce n’est pas toujours évident d’être confronté à tant de détresse au quotidien. Les histoires des personnes que nous employions sont différentes mais elles sont toutes traumatisantes et ont laissé des séquelles. Chez certains, tout est à reconstruire, tant le sort semble s’être acharné. Ce qui est préoccupant c’est aussi de constater que de plus en plus de femmes, touchées par la précarité, se retrouvent dans la rue. Au sein des jardins de la montagne, c’est la situation la plus difficile qui justifie l’embauche. Notre équipe pluridisciplinaire s’efforce d’offrir une pause dans le parcours cahotique de ces personnes qui essaient de surmonter des décès, des maladies, des problèmes d’alcool ou de drogues et c’est quelquefois difficile de se préserver pour ne pas absorber toute cette souffrance.
Mais c’est aussi de vraies leçons de vie au quotidien, et il n’y a rien de plus gratifiant que de voir une personne se relever, après tant d’épreuves, et de se dire que c’est un petit peu grâce à nous…
