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ACTUALITÉS

28/01/2013

SONDAGE BUDGET EUROPÉEN - POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE

Sondage WWF : 80% des citoyens européens sont en désaccord avec la dernière proposition de budget européen faite ce matin par Herman Van Rompuy et 90% avec la réforme de la PAC

La future PAC, telle qu’elle se dessine, ne mérite pas de recevoir près de 40% du budget de l’Union Européenne.

Alors que le sommet européen sur le budget de l’UE doit décider des fonds dédiés à la Politique agricole commune (PAC), qui représente aujourd’hui 40% du budget européen, le WWF rend public un sondage qui montre la forte attente des citoyens européens sur la dimension environnementale et sanitaire de la PAC.

> Les résultats du sondage WWF mené dans 6 pays européens

Le sondage a été réalisé dans six États membres - France, Allemagne, Italie, Pologne, Roumanie, Suède. Une écrasante majorité des personnes interrogées estime que les subventions versées aux agriculteurs ne devraient pas être un simple soutien au revenu mais devraient être conditionnées à la production de « biens publics » (biodiversité, réduction des émissions de gaz à effet de serre, paysage, vitalité du tissu rural…). C’est en Italie que cet avis recueille le plus fort taux d’adhésion (96%). La moyenne européenne est de 90% et les Français sont 86% à s’exprimer en ce sens.

De manière très cohérente, une très large majorité des personnes sondées (78% en moyenne) veut que les subventions agricoles soient versées sur la base de pratiques favorisant une agriculture durable dans le cadre de la politique de développement rural et non sur la simple base du nombre d’hectares (16%) comme c’est le cas des aides directes qui représentent actuellement 75% du budget de la PAC. C’est en France que cette demande est la plus forte avec des proportions qui atteignent respectivement 89% et 8%.

> Dernière proposition pour le budget de l’UE : les dirigeants européens tournent le dos aux aspirations des citoyens

Ces résultats contrastent fortement avec les orientations prises, sous l’impulsion de la France, dans les négociations en cours sur le budget 2014-2020 de l’UE dont la PAC constitue le gros morceau. En effet les propositions issues du sommet européen de novembre ont tourné radicalement le dos aux attentes de l’opinion publique : davantage d’argent public pour les aides aux agriculteurs et moins pour le développement rural c’est-à-dire pour les pratiques bénéfiques à l’environnement. La proposition que le président du Conseil européen, Herman van Rompuy, a faite tôt ce matin confirme la priorité donnée aux aides directes avec un maintien de leur budget par rapport à la proposition de novembre. Elle augmente certes le budget du développement rural d’un peu plus d’un milliard mais permet une « modulation inversée » c’est-à-dire que 15 à 25% de ce budget pourrait être utilisé pour soutenir… les aides directes !

Si un accord se faisait sur la base de cette proposition, le budget de la PAC serait en baisse de 10.2% par rapport au budget actuel mais avec une baisse relative plus forte pour le développement rural que pour les aides directes (11.6% contre 9.7%) et une coupe sur le développement rural qui pourrait aller jusqu’ à 27% avec cette nouvelle disposition qu’est la « modulation inversée ». Deux ans de négociations auraient abouti à la défense des avantages acquis et à la diminution du budget dédié aux pratiques agro-environnementales : cette non-réforme de la PAC va radicalement à l’encontre des attentes de 90% des citoyens européens et se fait au détriment des budgets des autres politiques européennes : recherche, éducation, infrastructures, aide au développement, environnement, tous en baisse dans les propositions faites ce matin par rapport aux propositions faites par la Commission européenne.

Les résultats du sondage contrastent aussi fortement avec le vote de la commission Agriculture du Parlement européen des 23-24 janvier derniers qui a été qualifié par Isabelle Autissier, présidente du WWF France, de « véritable attaque en règle contre l’environnement ». Les eurodéputés ont vidé de sa substance le « verdissement » annoncé des aides de la PAC : ils ont ainsi sabordé la réforme et fait preuve d’un autisme vis-à-vis des attentes de la société qui « discrédite la commission Agriculture du Parlement européen »[1].

> Le ‘verdissement’ de la PAC : une opération de communication qui dessert les agriculteurs

« Si le sommet sur le budget européen confirme le principe d’un « verdissement » de la PAC, il ne faudra pas être dupe : en l’état des négociations aussi bien entre les ministres qu’au Parlement européen, il s’agira d’une opération de communication destinée à faire croire qu’il est encore justifié de mettre près de 40 % du budget de l’UE sur la politique agricole. Dans les faits, ces fonds iront très largement au soutien au revenu des agriculteurs et non aux pratiques agro-environnementales. Il s’agit là d’un véritable gaspillage d’argent public : en pleine crise budgétaire et environnementale, les chefs d’Etat auront raté l’opportunité d’orienter les centaines de milliards d’euros de la PAC vers la transition agro-écologique de l’agriculture européenne et de permettre ainsi qu’un euro aille à la fois aux agriculteurs et à l’environnement. » regrette Isabelle Laudon, coordinatrice des politiques publiques au WWF France.

« Les dirigeants européens ne peuvent balayer d’un revers de main l’opinion publique. Si les attentes des citoyens continuent d’être ignorées, la PAC sera discréditée et perdra toute légitimité : les subventions agricoles ne seront alors plus défendables lors de la prochaine réforme en 2020. Lors de ce sommet budgétaire, les dirigeants européens ont le choix entre délégitimer totalement la PAC ou défendre les intérêts à long-terme des agriculteurs . » avertit Isabelle Laudon.