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ACTUALITÉS
UN CRAPAUDROME POUR ÉPARGNER LES AMPHIBIENS
Chaque année, peu avant le printemps, des milliers de crapauds communs quittent leur territoire d’hivernage pour aller se reproduire dans l'étang qui les a vu naître. Problème : vu la lenteur de leur déplacement, beaucoup se font écraser par les automobilistes en traversant les routes qui mènent à leurs couches nuptiales.
Pour lutter contre cette surmortalité , des bénévoles ont imaginé un dispositif ingénieux, le crapaudrome . Il s’agit d’une barrière en plastique permettant de bloquer le passage des batraciens pour les empêcher de finir sous les roues d’une voiture. Décryptage du mécanisme par Ninon, salariée de la SPA, qui l’a initié dans sa région, près de la forêt de Rambouillet.
Le nombre de crapauds victimes d’accidents de la route est-il si élevé ?
On estime que 20 % de la population de crapauds communs disparaissent ainsi chaque année. Et les grenouilles agiles, nombreuses dans les parages, ne sont pas épargnées. Or, ce cumul de zones de mortalité risque, à terme, de mettre la survie de ces espèces en péril.
En 2001, on a recensé 3000 amphibiens. L’an dernier, nous en avons compté près de 12000. C’est bien la preuve que notre dispositif, réédité chaque année, est efficace car les espèces épargnées ont pu se reproduire et accroître ainsi leur population.
C’est quoi exactement un crapaudrome ?
Il s’agit d’un petit barrage avec des réceptacles permettent de récupérer et de transporter les batraciens sans qu’ils se fassent écraser, à l’aller et au retour. Concrètement, des bénévoles se mobilisent pour installer des barrières en plastique le long des routes afin de bloquer le passage des batraciens qui longent l’obstacle et tombent alors dans des seaux enterrés à intervalles réguliers. Chaque jour, le temps que dure la période de reproduction (de mi-février à avril, environ), des personnes viennent récupérer les amphibiens et les relâchent de l’autre côté de la route.
A l’heure où nous parlons, le dispositif est-il déjà en place ?
Oui, nous l’avons installé le week-end dernier. Nous étions une quinzaine de bénévoles et cela nous a pris deux jours complets, le temps de creuser la tranchée sur la bordure des 600 mètres de route qui longent l’étang et d’y installer les piquets soutenant la bâche en plastique qui barrera le passage aux amphibiens. Depuis lundi, nous nous rendons donc chaque matin près du crapaudrome pour faire traverser nos petits protégés en toute sécurité, épaulés par le CERF (Centre d’Etudes de Rambouillet et de sa Forêt), et on en profite alors pour les recenser.
A quoi servent ces données ?
Elles permettent de suivre l’évolution des populations de batraciens locales, pour satisfaire notre propre besoin d’information, tout d’abord. Mais elles servent surtout à monter un argumentaire basé sur des paramètres chiffrés afin de convaincre le conseil régional d’investir dans un crapauduc.
En effet, le crapaudrome nécessite beaucoup de présence et d’énergie et n’est qu’une solution transitoire, en attendant la réalisation d’ouvrages en dur permettant la traversée en tunnel des animaux. En fait, ce type d’installation qui assure non seulement la sécurité des amphibiens mais aussi celle des automobilistes, coûte cher, environ 225 000 € par kilomètre de voie routière. Ce n’est qu’en prouvant aux autorités locales à quel point notre action est utile que nous parviendrons à les convaincre d’opter pour une solution à long terme, le crapauduc !
Fiche de signalement - impact du réseau routier sur les populations d'amphibiens
