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CONSERVATION DE L'ESTURGEON EUROPÉEN
LE CONSTAT
Malgré son statut d’espèce protégée, l’Esturgeon, poisson emblématique, est en train de disparaître…
Autrefois abondant le long des côtes, ainsi que dans la majorité des grands fleuves européens, l’Esturgeon a disparu progressivement à partir de la fin du 19ème siècle.
Sur le banc des accusés : une dégradation progressive et généralisée de la qualité de ses habitats estuariens et fluviaux, l’aménagement de nombreux barrages constituant autant d’obstacles à sa migration vers les zones de reproduction dans les fleuves et une exploitation intensive de cette espèce pour la production de caviar.
Aujourd’hui, seule une population demeure, en France, dans l’ensemble fluvial et estuarien Gironde – Garonne - Dordogne, avec une présence dans les eaux côtières depuis le golfe de Gascogne jusqu’en mer du Nord, et quelques signalements en mer Baltique.
En dépit de sa protection réglementaire depuis 1982 en France et d’autres mesures chez nos voisins européens, en application de différentes directives et conventions internationales au cours des décennies suivantes, les menaces pesant sur l’esturgeon restent constantes : pêches accidentelles en mer, perturbation et contamination des zones d’alimentation des jeunes esturgeons dans l’estuaire de la Gironde, projet de terminal méthanier à l'embouchure de ce même estuaire... Ne se reproduisant plus dans la nature, ce poisson emblématique voit ainsi ses effectifs décliner : il est aujourd’hui sur le point de disparaître…
Face au danger d’extinction, les pêcheurs professionnels de la Gironde ont été parmi les premiers à tirer le signal d’alarme dans les années 1970. Les scientifiques ont engagé depuis de nombreuses recherches pour mieux connaître la biologie de l’esturgeon et tenter de maîtriser sa reproduction artificielle, avec des premiers succès en 1995, 2007 et 2008, ayant permis à chaque fois de relâcher des milliers de jeunes poissons dans la Garonne et la Dordogne.
Crédit A. Bordes - EPIDOR
De nombreux organismes, publics ou associatifs, se sont mobilisés en France et en Europe pour aboutir fin 2007 à un plan de restauration européen élaboré sous l’égide de la Convention de Berne sur la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe. Malgré les belles déclarations d’intentions effectuées par les gouvernements européens, ce plan tarde à être mis en œuvre.
La France, dont la responsabilité est immense, ne joue pas le rôle de leadership que l’on pourrait attendre d’elle, tandis que le plan d’action national annoncé par l’Etat en septembre 2007 n’a toujours pas vu le jour...
DES SOLUTIONS
Des solutions identifiées… mais une volonté politique douteuse et une inertie des services chargés de sa mise en oeuvre
Un plan européen de restauration sans pilote
Le plan européen prévoit 4 axes de travail :
- La conservation de l’esturgeon dans son milieu naturel : ce volet vise d’une part le contrôle de l’échappement accidentel dans le milieu d’autres espèces d’esturgeons (élevées en bassins pour le caviar) pour éviter des risques de compétition, voire d’hybridation, avec l’espèce autochtone sauvage. Une mesure mal engagée en France lorsque l’on sait que l’Etat a récemment introduit dans sa législation la possibilité d’importer sur son territoire toutes les espèces d’esturgeons. Mais l’action principale pour conserver l’esturgeon dans son milieu naturel est de réduire les risques de captures accidentelles par les marins pêcheurs. Une vaste campagne d’information est conduite depuis 2006 par le Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins auprès des pêcheries de tout le littoral atlantique nord-est, de l’Espagne jusqu’aux pays scandinaves, pour demander aux pêcheurs de remettre à l’eau tout esturgeon capturé accidentellement (vivant dans la plupart des cas) et de faire remonter des informations sur le poisson et le lieu de capture afin de faire progresser les connaissances sur l’espèce.
- La protection et la restauration des habitats essentiels de l’esturgeon : ce volet nécessite notamment de restaurer des zones de frayères, d’arrêter les extractions de sables et graviers dans les zones d’alimentation estuariennes des jeunes esturgeons, d’améliorer la qualité de l’eau, de rétablir la libre circulation de l’esturgeon le long des fleuves… Autant de mesures qui bénéficieront à de nombreuses autres espèces, à condition de bien identifier et cartographier tous ces habitats essentiels et que les pouvoirs publics des pays européens osent prendre à bras le corps les questions sensibles et complexes posées par les barrages, les pollutions industrielles, les pompages agricoles pour l’irrigation, etc.
- La conservation de l’esturgeon en captivité et sa réintroduction dans la nature est une question complexe. On ne pourra pas sauver cette espèce sans des lâchers massifs de jeunes poissons dans les milieux naturels qui leur sont favorables. Il est donc nécessaire d’améliorer encore certaines connaissances sur la biologie de l’esturgeon, d’élever et de faire se reproduire cette espèce en captivité, en s’appuyant sur les compétences des scientifiques qui ont travaillé sur le sujet et développent des techniques de reproduction assistée (en France au Cemagref de Bordeaux, en Allemagne à l’Institut d’Ecologie des Eaux douces de Berlin; l’IGB).
- La coopération internationale : on ne pourra pas sauver l’esturgeon européen sans reconstituer des populations viables dans plusieurs bassins fluviaux de plusieurs pays, ni sans coordonner les efforts des marins pêcheurs de toute la façade atlantique, ni sans renforcer et développer les collaborations entre les scientifiques et décideurs des différents pays concernés. Le plan d’action européen offre un cadre de travail mais à ce jour, il manque cruellement de chef d’orchestre pour impulser et coordonner enfin une dynamique à l’échelle de l’aire de répartition historique de l’esturgeon.
Un plan national en panne…
Tous les axes de travail du plan européen doivent être repris dans le plan d’action national en cours d’élaboration en France. Un plan qui devait sortir au bout de 6 mois et qui se fait toujours attendre. 40 ans après les premiers signes d’alarme, aucune politique n’est encore clairement mise en oeuvre pour sauver l’Esturgeon européen de l’extinction dans le pays qui abrite la dernière population mondiale. Des actions d’urgence, mais aucune mise en perspective en cohérence avec l’ensemble des politiques publiques !
Le problème de l’esturgeon est le reflet de très nombreux problèmes environnementaux, qui vont de préoccupations immédiates comme les captures accidentelles en mer ou la reproduction artificielle en vue de repeuplements en milieu naturel, jusqu’aux questions plus complexes et politiquement gênantes dès lors que d’autres enjeux d’aménagement et de gestion du territoire sont à prendre en compte (politique de l’eau, politique de l’énergie à travers les barrages, etc).
La tâche n’est objectivement pas facile, les pouvoirs publics sont peu ou prou favorables à la sauvegarde de l’esturgeon, mais frileux ou circonspects sur la façon de la mettre en œuvre. Faudra-t-il attendre que le dernier esturgeon vivant en milieu naturel ait disparu pour que ceux-ci se décident enfin, mais trop tard, à agir ?
L'ACTION DU WWF
Impulser, convaincre et sensibiliser
Le WWF-France s’est mobilisé depuis le milieu des années 2000 pour porter aux niveaux national et européen les préoccupations de partenaires locaux du bassin de la Gironde qui travaillaient déjà sur la conservation de l’esturgeon : l’établissement public EPIDOR, l’institut de recherches Cemagref , l’Association pour la Défense de l’Esturgeon Sauvage, et rapidement beaucoup d’autres depuis le niveau régional (établissements publics SMEAG et SMIDDEST) jusqu’aux niveaux national (association Migrateurs Rhône-Méditerranée, Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins : CNPMEM) et international (Society to Save the Sturgeon, institut allemand IGB, World Sturgeon Conservation Society, UICN, Conseil de l’Europe).
Ces collaborations ont commencé à porter leurs fruits en 2005, grâce à l’action de lobbying du WWF menée auprès de l’Etat, l’Esturgeon Européen ayant été intégré dans la stratégie nationale pour la biodiversité comme l’une des trois espèces prioritaires .
En novembre 2005, suite à la 13ème réunion de la Convention sur les espèces migratrices à Nairobi (Kenya), l’Etat français a fait inscrire l'Esturgeon Européen à l'annexe I de cette même convention . La même année, ce travail de lobbying du WWF, avec l’appui de ses partenaires, a poussé le Comité Permanent de la Convention de Berne à impulser l’élaboration d’un plan de restauration européen, adopté deux ans plus tard en novembre 2007.
Le WWF y a fortement contribué, en même temps qu’il développait un partenariat inédit avec les marins-pêcheurs français à travers leur structure nationale, le CNPMEM, pour interpeller les pouvoirs publics français sur la nécessité de contribuer au plan européen, l’adapter au niveau national, engager un travail de sensibilisation des pêcheries de tout le littoral atlantique nord-est et développer d’autres outils de communication pour faire connaître auprès de l’ensemble des décideurs, la situation de l’espèce et les actions déjà engagées.
Crédit Cemagref 2007
Le WWF-France a su gagner avec le CNPMEM le soutien de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, des Régions Aquitaine et Poitou-Charentes, ainsi que celui de l’Etat français, avec qui il collabore pour apporter des contributions constructives, en continuant à exercer son rôle d’aiguillon, parfois de trouble-fête, sur un dossier où sa patience est régulièrement mise à rude épreuve…
Pour en savoir plus : http://sturio.eu/
POUR EN SAVOIR +
- info TRAFFIC n°08
- Memento sur la protection des forêts en France
- Lettre d'information du programme LIFE COEX > numéro 4
- Bilan du plan de restauration de l'Ours brun - 2008 - 114 Ko
- Pour un pastoralisme pyrénéen durable
- Lettre d'information du programme LIFE COEX > numero 3
- Poster sur l'Ours brun
- Poster sur le Loup gris
- Dépliant sur l'Ours brun
- Dépliant sur le Loup gris
