La fin de la pêche en eau profonde ? | WWF France

La fin de la pêche en eau profonde ?

Article posté le
20 January 2017


Depuis le 12 janvier 2017, pêcher au-delà de 800 mètres est interdit ! Après plus de 4 ans de lobby intensif, l’accord adopté par la commission européenne en juin dernier est enfin entré en vigueur.

 

Les ravages du chalutage profond

Constitué d’un filet remorqué par un navire, le chalut de fond racle les fonds marins où vivent coraux et éponges. Capable de capturer 60 tonnes de poissons en vingt minutes, ce chalutage entraîne des prises non désirées, y compris d’espèces menacées d’extinction, et affecte des espèces fragiles qui mettent des années à arriver à maturité pour se reproduire, c’est le cas des requins d'eaux profondes, de la lingue bleue, du sabre noir et du grenadier notamment.

En 2015, des chercheurs de l’université de Glasgow pointent du doigt le manque de sélectivité de cet engin de pêche, démontrant clairement que plus la pêche est profonde, plus elle cause de dégâts, sans gains économiques significatifs.

 

Le WWF contre-attaque

Parce que la mer n’est pas un puits sans fond regorgeant de ressources inépuisables, le WWF prône une pêche responsable permettant de prélever des poissons sans porter préjudice au renouvellement et à la pérennité des stocks, tout en assurant un revenu aux pêcheurs et aux communautés littorales qui en dépendent.

Nous plaidons au quotidien pour la bonne gouvernance et la gestion responsable des stocks auprès des instances administratives de la pêche, des politiques et des gouvernements. De même, au-delà des pêcheurs, nous incitons les consommateurs à opter en priorité pour du poisson certifié MSC et ASC, à consommer avec modération et à varier les espèces. Concernant la pêche profonde, depuis plusieurs années, aux côtés d’autres ONG, le WWF exhorte les instances à rendre publiques les données scientifiques et économiques.

L’objectif : rendre visible ce qui se passe dans les fonds marins et mobiliser ainsi l’opinion pour appeler les décideurs à interdire le chalutage de fond.

 

Plus de chalutage de fond au-delà de 800 m

La publication des données de l’Ifremer, réclamée depuis 2009 et obtenue en 2014, a permis d’objectiver le débat en soulignant  l’importance de l'impact du chalutage de fond sur des espèces menacées d’extinction et en montrant qu’un seul navire serait concerné par une interdiction à 800 mètres.

De fait, sept ans après les débats houleux sur la pêche profonde au Grenelle de la Mer et quatre ans après que la Commission européenne a mis une proposition de règlement sur la table, un accord a enfin été trouvé entre le Conseil, le Parlement européen et la Commission. Il bannit notamment le chalutage profond au-delà de 800 mètres et 400 mètres dans les zones dites « d’environnement marin vulnérable ». Dans les eaux autorisées, la pêche en profondeur ne pourra être pratiquée que si la zone a déjà été exploitée par le passé entre 2009 et 2011.

Les contrôles seront renforcés, tout comme les sanctions en cas d’infraction. Le WWF se réjouit de l’entrée en vigueur de cet accord car si la pêche en eaux profondes ne représente qu’environ 1% des débarquements de l’Atlantique nord, elle constitue le plus grand risque de destruction des écosystèmes marins vulnérables et irremplaçables et constitue également une aberration énergétique tant les chaluts de fond consomment de carburant.
Filet de pêche perdu dans le récif corallien
© Jürgen Freund / WWF
Chalutier russe
© Terry Domico / WWF