Viandes: un arrière-goût de déforestation | WWF France

Viandes: un arrière-goût de déforestation



Article posté le 23 October 2012
Première de couverture
© WWF France
Résumé du rapport :

La culture de soja produit des graines dont sont issus de l’huile de consommation mais aussi et principalement des aliments pour le bétail sous forme de tourteau. La demande en soja explose, entrainée par l’augmentation des besoins en viande et produits dérivés (laitages, oeufs, etc.) et l’intensification des élevages basée sur le modèle du couple maïs-soja en alimentation animale.

Pour répondre à cette demande mondiale, ses vingt dernières années, la production de soja a plus que doublée. Cependant c’est en Amérique du Sud que l’augmentation est la plus forte en ayant doublé en moins de dix ans autant en surface qu’en production. Aujourd’hui, la culture du soja occupe plus d’un million de kilomètres carrés dans le monde, une surface équivalente à celle de l’Égypte.

Malgré des progrès importants en termes de productivité, c’est avant tout par la destruction de la végétation native sud-américaine que les surfaces de cultures se développent et continueront à se développer.

Le Cerrado, une savane arborée située principalement au Sud de l’Amazonie brésilienne, est actuellement la plus touchée par cette expansion. Plus de la moitié de cette écorégion a déjà disparu au profit notamment de la culture de soja.

Le Cerrado est « le joyau oublié brésilien », la biodiversité qui y est abritée n’existe pour une large part nulle part ailleurs. Si la conversion de leur habitat en culture de soja a lieu, nous risquons ici l’extinction de nombreuses espèces dont certaines sont sûrement encore inconnues. En outre, la destruction des écosystèmes et la conversion de terre sont les principales causes des émissions de gaz à effet de serre du Brésil.

Localement, outre les impacts environnementaux en termes de conversion d’habitat naturel, cette culture de plus en plus intensive et génétiquement modifiée implique de forts impacts notamment concernant la contamination des ressources aquifères par les pesticides. En plus de la forte dégradation des sols, cette culture entraîne localement d’importants conflits sociaux. L’utilisation en Europe de soja d’importation pour l’élevage est fortement corrélée à une agriculture intensive dépendante de nombreux intrants et à forts impacts environnementaux (comme par exemple le problème des algues vertes en Bretagne où l’élevage porcin est très concentré auprès des ports d’importation).

La Chine et L’Europe sont les principaux importateurs de soja dans le monde. Alors que le papier, l’huile de palme et le bois sont clairement identifiés comme des vecteurs de déforestation, la France est aussi très dépendante des importations de protéines végétales en important en 2010 4,6 Mt de soja sous diverses formes, dont 90 % à destination du secteur de l’alimentation animale. Cette matière première alimentaire la plus importée en France correspond en termes d’équivalent surface de culture aux départements de la Gironde et des Landes réunies (2 027 000 hab.).

La France est le 3e importateur mondial de soja brésilien, 22 % des exportations de tourteaux de soja brésilien sont utilisés dans l’Hexagone. Ainsi la France a-t-elle une forte empreinte externalisée sur les écorégions prioritaires brésiliennes et se doit de réduire son impact étant donné l’influence qu’elle peut avoir sur les pratiques de productions de ce pays. D’autant plus que les forêts sont de plus en plus menacées : après l’échec de Durban, où aucun mécanisme de financement pour le REDD+ n’a été trouvé, le code forestier brésilien, déjà peu respecté, a été juridiquement remis en cause, mettant en danger plus de 76 millions d’hectares de forêts. Au vu des enjeux à venir, les pays importateurs de matières premières à fort impact comme le soja se doivent de responsabiliser leurs échanges commerciaux. C’est le cas donc de la France avec notamment sa filière avicole qui utilise 60 % des tourteaux de soja importés.

Divers moyens d’actions doivent être mis en place. Il faut poursuivre le développement des cultures durables de protéines végétales produites plus localement ; il faut également, car le soja est un aliment complet et difficilement substituable, demander de solides garanties environnementales au soja restant à importer comme peut l’être le soja certifié RTRS tracé non OGM, enfin chacun d’entre nous, dans le cadre d’une alimentation durable se doit de raisonner sa consommation de viande en favorisant des apports en protéines végétales.

C’est dans le cadre d’une approche intégrée que la France pourra notamment réduire son
importante empreinte sur les écosystèmes à haute valeur environnementale comme le Cerrado.

Première de couverture
© WWF France Enlarge