Tortue verte (Chelonia mydas) sur l'archipel des Chesterfield

Étudier les migrations des tortues vertes des Chesterfield pour mieux les protéger

Situé au cœur de la mer de Corail, entre la Nouvelle-Calédonie et l’Australie, le plateau des Chesterfield abrite des îlots coralliens isolés du monde jouissant d’une biodiversité exceptionnelle. Lors de l’été austral, ce site abrite notamment des centaines de tortues vertes venues se reproduire à la suite de longues migrations.  

Les Chesterfield, lieu de ponte prisé

Pour assurer la sauvegarde des tortues marines il faut à la fois protéger les sites de ponte, les routes de migration et les zone d’alimentation, ce qui est un vrai challenge. Grâce aux balises satellitaires, nous obtenons une image complète des habitats à préserver.

Appartenant au Parc naturel de la mer de Corail, le plateau des Chesterfield constitue un cadre idéal de reproduction pour les tortues vertes, où elles se rendent durant l’été austral après un long voyage dans les mers tropicales. Dans ces eaux chaudes, les mâles et les femelles s’accouplent avant que ces dernières, fécondées, partent sur les plages pour pondre leurs œufs, et ce, à plusieurs reprises durant la saison.

En janvier 2017, le WWF a participé à une expédition à bord de l’Amborella, navire du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, au cours de laquelle il a été estimé qu’environ 150 femelles de tortues vertes viennent pondre chaque nuit sur les îlots de cette zone pendant la période de ponte. Ce chiffre souligne l’importance de ce site pour l’espèce, lequel est naturellement protégé par son extrême isolement.

Mais où se rendent les tortues vertes lorsqu’elles quittent ce havre de paix ? Leur route de migration et leurs zones d’alimentation les préservent-t-elles des principales menaces ? C’est pour répondre à ces questions que le bureau WWF de Nouvelle-Calédonie a souhaité profiter de cette mission pour baliser ces tortues, avec le dispositif Argos, afin d’étudier leurs déplacements.

Un comportement à risque

les effectifs de tortues vertes ont chuté de 50% en 20 ans.

Comprendre le comportement des tortues marines et leurs déplacements n’est pas une mince affaire. En effet, ces dernières présentent un cycle de vie plutôt complexe. Au travers de multiples études, il a ainsi été montré que les tortues ont tendance à revenir se reproduire sur les plages où elles sont nées. Autrement, elles passent une majeure partie de leur vie près des zones de nourrissage généralement très éloignées des sites de pontes.

En ce qui concerne les tortues vertes qui pondent au plateau des Chesterfield, on ignorait encore tout des lieux où elles se nourrissent. Cette information est primordiale pour préserver cette population aujourd’hui en danger. En effet, si les tortues marines sont hautement protégées dans les eaux néo-calédoniennes, elles ne le sont pas forcément lorsqu’elles les quittent.

Dans certains territoires du Sud-Ouest du Pacifique, elles sont encore activement chassées pour leur viande. De plus, certains pays autorisent toujours des techniques de pêche au large entraînant la capture accidentelle de nombreuses tortues en migration. Il est donc nécessaire de connaître les routes migratoires et les sites de nourrissage afin d’inciter les autres pays de la région à prendre de mesures de conservation vis-à-vis de ces espèces menacées.     

Tortue verte sur la plage

L’action du WWF

Une grande voyageuse

La distance maximum parcourue parmi les tortues balisées est d'environ 2 000km. Cette tortue s’est rendue à Fidji

 

Lors de la mission menée en janvier 2017 au plateau des Chesterfield par le bureau du WWF en Nouvelle-Calédonie, onze tortues ont été équipées de balises satellitaires Argos, fixées de manière indolore, afin de pouvoir les géolocaliser en temps réel et d’étudier leurs déplacements. Ainsi, il sera possible de savoir si les tortues vertes venant se reproduire aux Chesterfield partent se nourrir là où leur protection est assurée.

Cette étude nous fournira d’importants éléments à partager avec les pays voisins dans le but de sauvegarder efficacement cette espèce emblématique de nos océans. Âgées de 25 à 50 ans, les onze tortues balisées comme Antoinette, Augustine et Lucienne doivent permettre de sauver bon nombre de leurs congénères.
Pour les curieux et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le projet, une page web et un explorateur cartographique sont en ligne afin de suivre les déplacements des tortues balisées.

Le suivi des tortues des Chesterfield ne s’arrête pas au balisage satellitaire. En effet, tous les deux ans et pendant 10 jours, nos partenaires de la direction des Affaires Maritimes de Nouvelle-Calédonie mènent un comptage journalier des traces de tortues pour assurer le suivi de la population - un suivi identique est réalisé sur les sites de ponte d’Entrecasteaux, un autre archipel de la mer de Corail.
Ces suivis offrent également l’opportunité de baguer les tortues rencontrées. Elles pourront alors être identifiées dans le futur et ainsi nous renseigner sur leur cycle de vie. Chacune d’entre-elles est mesurée et examinée afin de relever des traits distinctifs permettant d’établir une carte d’identité.

Balise Argos sur la carapace d'une tortue verte aux Chesterfield

Balise Argos sur la carapace d'une tortue verte aux Chesterfield

Les premiers résultats

Après avoir été équipées d’émetteurs Argos, les onzes tortues vertes balisées en 2017 sont restées plus ou moins longtemps aux Chesterfield avant d’entamer leur migration.

Certaines sont notamment restées plus d’un mois afin de terminer leur saison de ponte. En effet, les tortues marines pondent plusieurs fois au cours d’une même saison (environ 4-5 fois). Une fois leur devoir parental accompli, elles ont toutes quitté l’archipel pour se rendre sur leur site de nourrissage. Une seule est restée dans la ZEE calédonienne, prenant la direction du Nord de la Grande Terre. Pour la plupart, elles se sont rendues sur la Grande barrière de corail australienne, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour ce qui est des mesures de protection dont elles bénéficieront sur cette zone. Enfin, la dernière d’entre elle a réalisé la plus longue migration (plus de 2 000 km) pour aller s’installer aux Fidji.

Ainsi, ces premiers résultats montrent que si plusieurs destinations sont possibles, les tortues vertes venant pondre aux Chesterfields semblent particulièrement connectées aux sites de nourrissage de la Grande barrière.

 

Jeunes tortues luth (Dermochelys coriacea) se précipitant vers la mer (Guyane)

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