Luttons contre les mégafeux
Alors que les grands feux deviennent le nouveau normal de nos étés, il est temps d'aborder la prévention et la restauration écologiques
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Alors que les incendies de cet été ont ravagé des dizaines de milliers d'hectares de forêts, détruit des habitations et mobilisé d'importants moyens de secours, le WWF France appelle à dépasser le seul temps de l'urgence.
Les incendies, et pour la première fois en France, les mégafeux, ne sont plus des événements exceptionnels et ne se limitent plus au Sud du pays : sous l'effet du changement climatique, ils deviennent un risque pérenne pour nos sociétés, notre biodiversité et notre climat. Face à cette nouvelle réalité, la réponse ne peut plus reposer uniquement sur la lutte contre les feux. Elle doit désormais s'appuyer, en amont, sur la prévention, l'adaptation de nos pratiques de gestion forestière et la lutte contre les causes profondes du changement climatique, et, en aval, sur une restauration écologique adaptée au climat de demain.
Les grands incendies deviennent la nouvelle norme
Les incendies qui frappent cet été la France illustrent une évolution profonde du risque. Longtemps concentrés dans les régions méditerranéennes et les Landes, les grands feux concernent désormais une part croissante du territoire.
Le changement climatique n'est pas à l'origine des départs de feu. En France métropolitaine, près de 90 % d'entre eux sont liés aux activités humaines, le plus souvent à des accidents ou à des imprudences. En revanche, le dérèglement climatique crée les conditions qui favorisent leur propagation et leur intensité : températures élevées, sécheresses plus longues et épisodes de vent plus imprévisibles.
Cette combinaison de facteurs, la règle des « trois 30 » (plus de 30 °C, moins de 30 % d'humidité et plus de 30 km/h de vent) favorise des incendies plus rapides, plus violents et plus difficiles à maîtriser.
Les mégafeux ne constituent donc plus une anomalie : ils deviennent une réalité avec laquelle il faut désormais apprendre à vivre.
Nous devons sortir d'une logique où l'on ne parle des incendies que lorsqu'ils sont déjà en cours. Réagir, c'est agir en retard. Les grands feux deviennent le nouveau normal de nos étés. Continuer à concentrer le débat uniquement sur les moyens de lutte reviendrait à traiter les conséquences sans agir sur les causes. Nous devons renforcer en amont la prévention, l'adaptation de nos pratiques forestières et accélérer la lutte contre le changement climatique. Et en aval, repenser la restauration pour des forêts plus résilientes au climat de demain.
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Prévenir plutôt que subir : le véritable changement de stratégie
Puisque près de 90 % des départs de feu sont liés aux activités humaines, la prévention demeure notre premier levier d'action. L'enjeu est désormais de développer une véritable culture du feu de forêt, partout en France et tout au long de l'année : sensibiliser les citoyens, aménager le territoire et urbaniser différemment à l'interface avec les forêts, appliquer les obligations de débroussaillement en respectant la biodiversité et adapter les dispositifs de prévention à l'ensemble du territoire.
Cette nouvelle réalité impose également d'adapter la gestion de nos forêts. Toute forêt brûle, mais favoriser des peuplements plus diversifiés en essences, en âges et en structures, préserver les zones humides et la mosaïque de paysages, limiter les continuités de végétation très inflammable ou encore mieux maîtriser l'urbanisation à l'interface entre les forêts et les habitations sont autant de leviers pour renforcer la résilience des territoires face aux incendies.
Enfin, agir sur les conséquences ne suffira pas sans s'attaquer à leur principal facteur aggravant : poursuivre la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure indispensable pour limiter l'intensification des conditions climatiques qui favorisent ces mégafeux.
de forêts naturelles disparaissent chaque année dans le monde
des forêts de France métropolitaine sont strictement protégées
Les périodes de sécheresse sont désormais plus longues et plus intenses. Les sols, les sous-bois et les arbres s'assèchent davantage, rendant les massifs forestiers beaucoup plus inflammables pendant plusieurs mois de l'année.
Contrairement à une idée reçue, le changement climatique n'est pas à l'origine des départs de feu.
En France métropolitaine, près de 90 % des incendies sont liés aux activités humaines, souvent à des accidents ou des imprudences. En revanche, le changement climatique favorise leur propagation et leur intensité. À cela s’ajoute les forêts fragilisées ou en monoculture qui brûlent plus vite et plus fort, jusqu'au risque de méga-feux. Favoriser des forêts plus résilientes, grâce à une gestion adaptée et à la restauration des écosystèmes permet de limiter la propagation des incendies.
En quelques heures, un grand incendie peut relâcher entre 50 et 200 tonnes équivalent CO₂ par hectare, soit le carbone que les arbres avaient stocké pendant plusieurs décennies. Les forêts perdent alors leur capacité à jouer pleinement leur rôle de puits de carbone.
Au-delà des arbres détruits, ce sont des milliers d'animaux qui périssent ou sont gravement blessés. Certaines espèces déjà menacées voient leurs habitats disparaître en quelques heures. La restauration d'une forêt peut demander plus de 30 ans et parfois beaucoup plus longtemps pour retrouver toute sa richesse écologique.
S'engager au plus près du terrain
Face aux grands incendies, le WWF France mobilise les dons pour soutenir les acteurs qui interviennent directement sur le terrain. Les fonds collectés permettront d'accompagner des associations locales engagées dans la lutte contre les incendies, comme les centres de soins de la faune sauvage qui prennent en charge les animaux blessés, brûlés ou déplacés par les incendies. En parallèle, le WWF poursuit son travail de plaidoyer pour renforcer la prévention et adapter durablement la gestion des forêts au changement climatique.
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Chaque heure compte. Derrière chaque incendie, il y a des forêts qui mettront plusieurs décennies à se reconstruire, des animaux sauvages qui périssent et des équipes locales mobilisées sans relâche. En faisant un don aujourd'hui, vous leur donnez les moyens d'agir dès maintenant.
« Reconstruire » mieux : faire de la restauration post-incendie un levier de résilience
Au-delà des dégâts humains et matériels, les incendies peuvent constituer une crise majeure pour la biodiversité dans les zones à haute valeur écologique. Ils détruisent des habitats naturels parfois irremplaçables, menacent de nombreuses espèces animales et végétales et relâchent en quelques heures le carbone que les forêts ont mis plusieurs décennies à stocker.
Pour le WWF France, la restauration post-incendie ne doit pas être guidée par l'urgence de replanter. La première étape consiste à évaluer finement les enjeux sur le terrain et la capacité de la forêt à se régénérer naturellement, car c'est souvent la solution la plus efficace sur le plan écologique.
Lorsqu'un reboisement est nécessaire, l'objectif n'est pas de « reconstruire la forêt » à l'identique mais de restaurer un écosystème résilient dans un territoire mieux pensé pour le protéger (Build Back Better) : diversifier les essences lorsque cela est pertinent, s'appuyer sur les retours d'expérience et intégrer pleinement les enjeux de biodiversité. Une plantation d'arbres ne recrée pas une forêt : retrouver un écosystème forestier fonctionnel demande plusieurs décennies.
Le WWF France appelle à :
- Renforcer les politiques de prévention et développer une véritable culture du feu de forêt, partout en France et tout au long de l'année ;
- Adapter nos pratiques d'urbanisation, d'aménagement du territoire et de gestion des forêts à cette nouvelle réalité climatique afin de réduire leur vulnérabilité et renforcer leur résilience face aux incendies ;
- Mieux protéger la biodiversité dans les stratégies de prévention et de restauration des forêts ;
- Poursuivre les politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre, seule réponse de long terme permettant de limiter l'aggravation du risque incendie.
Les réponses de notre expert forêt
Les grands incendies de forêt ne constituent plus un risque exceptionnel, ni un phénomène limité à la Méditerranée et au massif des Landes de Gascogne. Sous l’effet du changement climatique, des feux qui auraient autrefois été considérés comme moyens, tant par leur superficie que par leurs conséquences, deviennent aujourd’hui plus vastes et plus intenses. Cette évolution représente un enjeu durable pour nos sociétés, la biodiversité et le climat.
Le changement climatique n’est toutefois pas à l’origine des départs de feu. En revanche, il crée des conditions favorables à leur propagation et à leur intensification : des températures supérieures à 30 °C, une humidité inférieure à 30 % et des vents dépassant 30 km/h. La sécheresse des sous-bois et des sols contribue également à aggraver les incendies.
Dans le même temps, la majorité des départs de feu est liée aux activités humaines, principalement à des accidents ou à des imprudences. C’est pourquoi la prévention demeure notre premier levier d’action. Elle doit permettre de développer une véritable culture du feu de forêt, pour toutes et tous, partout et tout au long de l’année. Cela implique de construire autrement, d’adapter les activités exercées à proximité des forêts, de faire évoluer la gestion des boisements et de repenser l’aménagement du territoire.
Depuis 2022, le WWF mène notamment des actions de plaidoyer. Il s’est en particulier mobilisé au moment de la promulgation de la loi du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie.
Un programme est également en cours d’élaboration afin d’agir, dans les années à venir, autour de trois axes : la prévention des incendies, l’évaluation de leurs conséquences sur la biodiversité et la restauration des forêts dégradées.
Par ailleurs, le fonds Nature Impact, créé en 2023, apporte un soutien financier aux propriétaires forestiers engagés afin de leur permettre de mieux prévenir les incendies et d’adapter leur gestion au changement climatique en cours.
En Nouvelle-Calédonie, le WWF France est un acteur historique de la société civile sur la question des incendies. Son intervention repose sur quatre modes d’action : le plaidoyer, l’acquisition de connaissances sur les feux et leurs conséquences, la mobilisation citoyenne, notamment celle de bénévoles en soutien aux pompiers et la restauration des zones brûlées.
Au-delà de leurs conséquences humaines : personnes blessées ou décédées, traumatismes et pollution de l’air, dégâts matériels qu’ils provoquent, les incendies constituent également une véritable crise environnementale. Ils détruisent durablement les arbres, les habitats naturels et les espèces qui y vivent. Ils fragilisent les écosystèmes forestiers, dont certains abritent une biodiversité particulièrement riche et essentielle à protéger. En seulement quelques heures, ils peuvent également libérer entre 50 et 200 tonnes équivalent CO₂ par hectare, alors que les forêts ont mis plusieurs décennies à stocker ce carbone.
Les conséquences diffèrent toutefois d’un incendie à l’autre et doivent être analysées précisément afin de déterminer les actions les plus adaptées. Cette année, le grand incendie présentant potentiellement les conséquences les plus importantes pour la biodiversité est celui de Fontainebleau, car il touche un massif abritant une biodiversité exceptionnelle.
En Gironde, les conséquences sont particulièrement importantes pour l’économie du bois, dans un territoire marqué par les plantations industrielles. Dans le Var, les forêts incendiées sont en grande partie des forêts récentes, installées depuis les années 1960 sur d’anciennes terres agricoles et pastorales. Les conséquences de ces trois grands incendies sur la biodiversité seront étudiées sur le terrain dans les mois à venir.
Les dégâts peuvent parfois être difficilement réversibles, notamment lorsque de grands incendies se répètent. La restauration des arbres nécessitera au moins trente ans, et celle d’un écosystème forestier riche en biodiversité demandera bien davantage de temps.
Pour réduire le nombre et l’ampleur des incendies, il est indispensable de renforcer la prévention et la sensibilisation des citoyens. Nous devons développer une véritable culture du feu de forêt, pour toutes et tous, partout et tout au long de l’année. Cela suppose de construire autrement, d’adapter les activités menées à proximité des forêts, de faire évoluer la gestion des boisements et de repenser l’aménagement du territoire.
Il est également important d’appliquer les obligations légales de débroussaillement lorsqu’elles sont pertinentes, tout en prenant les précautions nécessaires pour ne pas nuire aux espèces protégées. Le débroussaillement et la protection de la biodiversité ne s’opposent pas. Le WWF soutient l’application de ces obligations lorsqu’elles sont adaptées à la situation. L’enjeu est de les mettre en œuvre de manière à protéger les personnes, tout en limitant leurs conséquences sur les espèces et les habitats les plus sensibles.
Pour renforcer la résilience des forêts, il est impératif d’adapter leur gestion et l’aménagement des territoires à la nouvelle réalité climatique. Cela implique, lorsque le contexte s’y prête, de favoriser des peuplements plus diversifiés en essences, en âges et en structures, de préserver les zones humides et les mosaïques de paysages, de limiter les continuités de végétation très inflammable et de mieux maîtriser l’urbanisation à l’interface entre les forêts et les habitations.
Enfin, la restauration des forêts incendiées doit reposer sur une analyse précise des conséquences du feu sur la faune, les arbres et les sols, car celles-ci ne sont pas homogènes. Il convient de privilégier la régénération naturelle et de ne recourir aux plantations que lorsqu’elles sont absolument nécessaires.
Pour aller plus loin
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