WWF France - Déplacement de Ségolène Royal en Guyane : quels enjeux selon le WWF ?

Déplacement de Ségolène Royal en Guyane : quels enjeux selon le WWF ?



Article posté le 15 mars 2017
Guyane Française
© Roger Leguen / WWFEnlarge

La visite de Ségolène Royal, Ministre de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, en Guyane du 16 au 18 mars, pour la Convention de Carthagène notamment, est l’occasion de rappeler les enjeux clés inhérents à ce territoire.

 

Un projet de mine d’or industrielle jugé inopportun par le WWF

Les enjeux autour du projet « Montagne d’or », qui pourrait être développé à la lisière de la plus grande réserve biologique intégrale de France, sont majeurs : construction d’une route de plus de 100 km ainsi que de nouvelles infrastructures dédiées, transport et stockage de quantités importantes d’explosifs et de cyanure, besoin en énergie équivalent à 20% de la consommation actuelle guyanaise.

Ce projet n’est pas sans rappeler les récentes démarches de prospections pétrolières au large des côtes guyanaises, projets qui avaient englouti plusieurs centaines de millions d’euros, causé des impacts environnementaux mal mesurés, amené à une vive confrontation avec les acteurs économiques locaux de la pêche, sans induire de retombée socio-économique significative au bénéfice de la Guyane.

Le WWF France considère ainsi que le développement de ce projet industriel est inopportun et que la priorité doit rester l’élaboration d’un modèle de développement axé sur les nombreuses ressources naturelles renouvelables au bénéfice du territoire amazonien et de ses habitants.
 

L’orpaillage illégal

La Guyane connaît depuis plus de 20 ans une contamination de nombreux bassins hydrologiques par le mercure utilisé pour séparer l’or du minerai.

La contamination au mercure se concentre le long des chaînes alimentaires aquatiques par bioamplification et atteint des concentrations particulièrement importantes dans la chair des poissons carnivores. Le plus gros prédateur aquatique de Guyane, l’Aïmara, peut ainsi concentrer dans ses chairs jusqu’à 1 million de fois plus de mercure que dans les eaux où il vit. En découle un empoisonnement insidieux des populations locales qui s’en nourrissent.

Pour mettre un terme à ce fléau social, sanitaire et environnemental, le WWF entend poser les premières pierres d’une application concrète de la Convention de Minamata dans la région en déployant un programme de coopération transnational visant l’élimination progressive de l’utilisation du mercure dans les Guyanes.

Le WWF souhaite également voir se renforcer la coopération régionale via la création d’un « observatoire du mercure » associant les Etats de la région et demande la mise en place d'une coopération judiciaire entre le Brésil et la France.
 

Le Parc Amazonien de Guyane fête ses 10 ans

Le plus grand parc national français et européen fête ce mois-ci ses 10 ans dans un contexte morose. La pression de l’orpaillage illégal y est particulièrement forte : fin 2016, on recensait le plus grand nombre historique de sites d’orpaillage illégaux actifs (139) depuis la création du parc. En décembre 2016, le WWF a mené une mission d’enquête sur les rives du fleuve Maroni qui borde le parc : 52% des personnes interrogées constataient alors une aggravation de l’orpaillage illégal.

Les efforts de lutte demeurent indispensables, et notamment le développement de la coopération avec le Suriname, avec lequel un accord spécifique de coopération pourrait être envisagé, à l’instar de celui mis en place entre la France et le Brésil sur ce même thème.
 

La mise en place d’un système d’exclusion des tortues marines

Les pêcheries non sélectives de crevettes tropicales au chalut entrainent plusieurs milliers de captures accidentelles de tortues marines.

La visite de Ségolène Royal est l’opportunité de saluer la coopération efficace entre le Comité Régional de la Pêche et des Elevages Marins et le WWF qui a permis la mise en place d’un système d’exclusion des tortues marines original : le Trash & Turtle Excluder Device.

Depuis son adoption en 2010, plus de 3000 captures accidentelles de tortues marines ont pu être évitées en Guyane, tout en maintenant une pratique efficace de la pêche crevettière.

Les acteurs locaux de la pêche et le WWF appellent aujourd’hui l’Union européenne à adopter ce même type de système pour toute pêcherie souhaitant vendre ses crevettes sauvages au sein du marché européen. Pour cela, ils demandent à ce que l'Appel de Cayenne, qui doit être adopté vendredi à l'issue de la Conférence des Parties de la convention de Carthagène, inclue cette demande à l'Union européenne. En effet, sur les 15 Etats de la région pratiquant la pêche crevettière au chalut, 13 utilisent déjà un système permettant de limiter les captures accidentelles.

 

Les déversements d’hydrocarbures

Dans le cadre du protocole relatif à la coopération en matière de lutte contre les déversements d’hydrocarbures, le Guyane voit se profiler de nouvelles vagues de prospections pétrolières dans l’Etat brésilien voisin, en Amapá.

Plusieurs permis miniers sont situés à proximité immédiate des eaux françaises. En cas d’accident majeur, la pollution en provenance de ces sites arriverait alors directement au large de la Guyane, du fait des courants très marqués dans la zone.

Le WWF demande la mise en place de mesures transfrontalières de lutte contre d’éventuels déversements d’hydrocarbures.

Guyane Française
© Roger Leguen / WWF Enlarge
Forêt tropicale guyanaise
© Roger Leguen / WWF Enlarge
La Guyane connaît depuis plus de 20 ans une contamination de nombreux bassins hydrologiques par le mercure utilisé pour séparer l’or du minerai.
© Roger Leguen / WWF Enlarge
Les pêcheries non sélectives de crevettes tropicales au chalut entrainent plusieurs milliers de captures accidentelles de tortues marines.
© Roger Leguen / WWF Enlarge