Le caoutchouc sauvage redonne du souffle à l’Amazonie brésilienne
Et si valoriser une ressource naturelle de la forêt pouvait aussi contribuer à la préserver ?
En Amazonie brésilienne, le projet Amazonas accompagne depuis 2019 une filière de caoutchouc sauvage. Celle-ci réunit désormais 622 familles et préserve indirectement 110 000 hectares de forêt. Des résultats prometteurs mis en lumière à l’occasion de la Journée de l’Amazonie, le 5 septembre.
En Amazonie brésilienne, un écosystème vital sous pression constante
Entre urgence climatique et isolement des communautés, le nord-ouest du Brésil concentre des défis environnementaux et sociaux majeurs.
La forêt menacée par la déforestation et les activités illégales
Situé au nord-ouest du Brésil, l’État d’Amazonas constitue un immense réservoir de biodiversité qui joue un rôle et joue un rôle crucial dans la régulation du climat mondial. Pourtant, cette région, qui compte parmi les plus touchées par la déforestation, fait face à des pressions grandissantes. L’extension de l’élevage et de l’agriculture intensive grignote peu à peu le couvert forestier. En parallèle, des activités illégales comme la coupe clandestine de bois et l’orpaillage fragilisent les sols et les cours d’eau. À ces menaces s'ajoutent les effets du changement climatique, qui contribuent notamment à l’assèchement des fleuves.
Isolement et revenus durables : les dilemmes des communautés locales
Au cœur de cette forêt vivent des communautés très enclavées. Sans réseau routier, les habitants se déplacent uniquement en bateau le long des bras du fleuve Amazone. Cet isolement géographique s'accompagne souvent d'une précarité économique. Face au manque d'opportunités suffisamment rémunératrices, les activités illégales peuvent alors attirer par leurs promesses de revenus. Mais leurs conséquences pour l'environnement et les risques liés à l'emprise de réseaux criminels sont souvent considérables.
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Du caoutchouc sauvage pour valoriser la forêt sans l'abattre
Et si la forêt elle-même pouvait fournir une source de revenus sans être transformée en plantation industrielle ?
Récolter le caoutchouc en forêt : valoriser un savoir-faire sans détruire les arbres
Avec le projet Amazonas, le WWF mise sur le caoutchouc sauvage, récolté à partir des hévéas (Hevea brasiliensis) qui poussent naturellement en forêt. Les arbres ne sont pas abattus : les producteurs prélèvent leur latex en réalisant de fines incisions dans leur écorce, leur permettant ainsi de poursuivre leur croissance.
A l’opposé des plantations intensives d’hévéas en Asie du Sud-Est, cette activité s’inscrit dans un mode de gestion traditionnel de la forêt, pouvant s’apparenter à une « forêt-jardin ». En outre, les communautés valorisent différentes ressources présentes naturellement sur leur territoire tout en maintenant la couverture forestière et les savoir-faire qui y sont associés. Le caoutchouc naturel vient ainsi compléter d’autres activités comme la récolte de noix du Brésil, la production de farinha (farine de manioc), la pêche ou la récolte de baies d’Açaï.
Protéger la forêt avec ceux qui en vivent
Mais pour que cette pratique puisse réellement constituer une alternative économique durable, encore faut-il que le caoutchouc puisse être vendu dans de bonnes conditions. C’est justement tout l’enjeu du travail engagé par le WWF sur la filière depuis 2019, avec une présence sur le terrain depuis 2021 et le soutien financier de la fondation d’entreprise Michelin.
Le WWF Brésil accompagne les communautés tout au long de la filière, de la production à la commercialisation : soutien technique, appui logistique pour les livraisons, mise en relation entre producteurs et acheteurs, ainsi que formation et sensibilisation aux bonnes pratiques. Il soutient également la mise en place d'un système de microcrédits qui permet aux producteurs de disposer d'une avance financière pendant la saison, avant de percevoir les revenus liés à la livraison de leur récolte.
Le WWF accompagne également les communautés dans l’accès aux aides publiques et mène des actions spécifiques en faveur des femmes et des jeunes.
Les femmes prennent leur place dans la filière !
À Manicoré, une distinction honorifique a notamment été remise à l’Associação de Moradores Agroextrativistas do Lago do Capana Grande (AMALCG), qui comptait 81 femmes productrices de caoutchouc en 2025. Un chiffre particulièrement remarquable au regard des autres associations participantes, qui comptent généralement moins de dix femmes productrices.
Bilan 2025-2026 : une filière qui change d'échelle en seulement trois ans
Les résultats de la saison 2025-2026 montrent une progression nette de la filière, aussi bien pour les communautés que pour les forêts concernées.
110 000 hectares de forêt indirectement préservés
En trois ans, l’activité de récolte du caoutchouc sauvage a considérablement changé d’échelle. En 2023, première année de production du projet, elle était associée à une estimation de 43 000 hectares de forêt indirectement préservés. Pour la saison 2025-2026, cette estimation atteint désormais 110 000 hectares.
L'effet domino : une forêt qui profite à toute une biodiversité !
Même si le projet cible en premier lieu la lutte contre la déforestation, le maintien de ces forêts naturelles contribue aussi indirectement à préserver l'habitat de nombreuses espèces animales emblématiques de la région comme le jaguar (Panthera onca).
622 familles productrices en trois ans
L'autre indicateur de cette dynamique est humain. En 2023, 266 familles participaient à la production de caoutchouc dans le cadre du projet. Elles sont désormais 622 pour la saison 2025-2026, soit plus du double en trois ans.
Dans le même temps, les volumes produits sont passés de 65 tonnes en 2023 à 165 tonnes en 2025-2026. Cette progression s’accompagne de revenus : la dernière saison a généré environ 440 000 euros de chiffre d’affaires pour les associations et les familles productrices, pour un total d'environ 1,1 million d'euros depuis 2023.
Ces revenus peuvent aussi avoir des effets très concrets sur le quotidien des producteurs, comme en témoigne ce producteur près de Manicoré :
Avant, je partais de chez moi pendant 3 mois pour récolter de l'or. Aujourd'hui, grâce au caoutchouc, je ne pars que quelques jours et je peux rentrer chez moi le week-end auprès de ma famille.
Cette dynamique s'appuie également sur des mécanismes de financement adaptés aux besoins des producteurs : 11 associations représentant près de 500 récoltants ont pu bénéficier de microcrédits pour financer leur activité, avec un taux de défaut de paiement particulièrement faible, inférieur à 1 % lors de la dernière saison de récolte.
Et demain ?
Pour que les communautés continuent de choisir le caoutchouc sauvage parmi leurs différentes activités, la filière doit notamment rester suffisamment rémunératrice et offrir des débouchés durables.
Le WWF travaille avec ses partenaires opérationnels, dont Memorial Chico Mendes et Imaflora, pour renforcer la traçabilité et faire en sorte que le caoutchouc sauvage soit rémunéré de manière à couvrir le manque de compétitivité par rapport à une plantation industrielle.
À l’horizon 2028, l’objectif est de soutenir 1 000 familles. Une nouvelle phase du projet doit ensuite permettre de poursuivre ce changement d’échelle, à travers deux grands axes :
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étendre le soutien à la filière du caoutchouc sauvage, en développant le système de microcrédits et en accompagnant de nouvelles communautés dans l'adoption de bonnes pratiques;
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valoriser davantage les autres ressources de la forêt et les pratiques qui contribuent à sa préservation, afin de créer de nouvelles sources de revenus pour les communautés, au-delà de la seule récolte du caoutchouc.
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