Protéger les tourbières françaises
Mieux comprendre les tourbières pour mieux les protéger.
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Tourbières : protéger les alliées du climat, de l’eau et de la biodiversité
Elles ne couvrent que 0,3 % du territoire français, mais stockent des quantités considérables de carbone et d’eau. Pourtant, entre 40 % et 70 % des tourbières françaises sont aujourd’hui dégradées. Le WWF agit pour mieux connaître ces écosystèmes et identifier les solutions pour les préserver. Face à cette urgence, il appelle à faire de leur protection une priorité.
Tourbières : Des trésors sous nos pieds
Une tourbière est une zone humide particulière, dont le sol est constitué de tourbe : une matière organique végétale qui s’accumule très lentement dans un milieu saturé en eau. Privée d’oxygène, elle se décompose très lentement et s’accumule ainsi pendant des siècles, voire des millénaires. Certaines des plus anciennes tourbières françaises ont commencé à se former il y a près de 12 000 ans. Leur apparence parfois modeste cache pourtant une valeur écologique considérable. Elles sont à la fois des réservoirs de carbone, d’eau douce et de biodiversité.
En France, les tourbières ne couvrent que 0,3 % du territoire métropolitain, mais elles stockent environ 690 millions de tonnes équivalent CO₂, soit près de deux années d’émissions directes du pays. Elles renferment également 1,5 milliard de m³ d’eau douce, davantage que le lac d’Annecy. Elles jouent ainsi un rôle précieux pour réguler le cycle de l’eau, limiter les effets des sécheresses et des inondations et soutenir la biodiversité.
Mais cet équilibre est fragile. Drainage agricole ou forestier, urbanisation, exploitation de la tourbe : entre 40 % et 70 % des tourbières françaises sont aujourd’hui dégradées. Une fois asséchées, elles perdent leurs fonctions et peuvent même devenir une source d’émissions de carbone.
Des écosystèmes essentiels
690 millions de tonnes de CO₂ stockées : les tourbières sont de véritables alliées du climat.
La tourbe se forme très lentement, par l’accumulation de végétaux dans des milieux saturés en eau. L’extraire revient donc à détruire un écosystème qui a mis des milliers d’années à se constituer.
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Si l’extraction de tourbe a cessé en France, nous continuons à en importer pour fabriquer nos terreaux. Aujourd’hui, 72 % des terreaux commercialisés en France contiennent encore de la tourbe. Crédit photo : Olivier Hirschler
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Des alternatives existent déjà pour la majorité des usages. Le WWF demande que les terreaux destinés aux particuliers n’utilisent plus de tourbe d’ici 2030, en privilégiant des composants qui ne dégradent pas les tourbières. Crédit photo : Olivier Hirschler
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Protéger et réparer nos réservoirs d’eau
Les tourbières ne sont pas condamnées. Leur restauration constitue au contraire une solution concrète pour répondre simultanément aux crises du climat, de l’eau et de la biodiversité. Lorsqu’une tourbière est drainée, l’eau s’évacue, la tourbe se dégrade et le carbone qu’elle avait accumulé pendant des milliers d’années peut être relâché dans l’atmosphère. Restaurer une tourbière consiste donc avant tout à retrouver son fonctionnement naturel, notamment en rétablissant des niveaux d’eau suffisants.
Les bénéfices sont multiples. Une tourbière en bon état stocke durablement du carbone, retient l’eau et contribue à la régulation des flux hydriques. Elle peut ainsi renforcer la résilience des territoires face aux sécheresses comme aux épisodes de fortes pluies. Elle offre aussi des conditions favorables au développement d’une biodiversité spécifique, avec des espèces particulièrement adaptées à ces milieux, comme les plantes carnivores, telles que les droséras. Restaurer ces milieux, c’est donc agir à la fois sur l’atténuation du changement climatique et sur l’adaptation à ses conséquences.
Le WWF France entend contribuer à cette dynamique en soutenant la connaissance, la protection et la restauration des zones humides et en portant ces enjeux auprès des décideurs. Car les solutions ne reposent pas uniquement sur la restauration : elles passent aussi par l’évolution des pratiques agricoles et forestières, par une meilleure protection foncière et par le développement de nouvelles filières capables de valoriser les ressources des tourbières sans les dégrader.
En Europe, des initiatives existent déjà sur le terrain, autour notamment des massettes ou des sphaignes, qui peuvent demain contribuer à produire matériaux, emballages, litières ou alternatives à la tourbe horticole.
"Restaurer une tourbière, c’est lui redonner les moyens de jouer à nouveau son rôle pour le climat, l’eau et le vivant."
Mieux connaître pour mieux protéger
Pour protéger efficacement les tourbières, encore faut-il savoir où elles se trouvent, dans quel état elles sont et quelles pressions elles subissent. Or, pendant des décennies, les connaissances sur ces milieux sont restées fragmentaires. Les tourbières françaises n’avaient pas fait l’objet d’un inventaire national depuis 1949, malgré une actualisation partielle en 2012. Plus de soixante-dix ans après le premier atlas, il devenait donc indispensable de remettre à jour cette connaissance.
C’est tout l’enjeu du premier Atlas des tourbières françaises, porté par le WWF France et l’Université Marie et Louis Pasteur, édité par Biotope Éditions avec le soutien financier du groupe Bel. Cet ouvrage s’appuie sur le nouvel inventaire national conduit en 2025 par l'Université Marie et Louis Pasteur, avec l’appui scientifique de la Fédération des Conservatoires d’Espaces Naturels. Il rassemble, harmonise et consolide les données disponibles pour offrir une vision renouvelée de ces écosystèmes à l’échelle nationale.
Le nouvel atlas révèle plus de 150 000 hectares de tourbières sur le territoire français. Mais au-delà de la cartographie, il constitue surtout un outil pour agir : mieux identifier les tourbières permet de mieux orienter les politiques de protection, les projets de restauration et les moyens qui leur sont consacrés.
L’histoire de l’atlas raconte aussi un changement de regard. En 1949, il s’agissait de cartographier les tourbières pour mieux connaître une ressource que l’on pouvait exploiter. Aujourd’hui, il s’agit de les connaître pour mieux les préserver.
De 63 000 hectares recensés en 1949 à plus de 150 000 hectares aujourd’hui : mieux connaître les tourbières, c’est mieux savoir où et comment agir pour les protéger et les réhabiliter.
Faire des tourbières une priorité
Mieux connaître les tourbières permet de mieux cibler les actions à mener. Cette connaissance doit désormais s’accompagner de mesures concrètes pour renforcer leur protection et accélérer leur restauration. Face à la dégradation de ces écosystèmes, le WWF France appelle les pouvoirs publics à faire des tourbières une véritable priorité des politiques de conservation de la nature et d’adaptation au changement climatique.
Cela passe d’abord par une ambition renforcée dans le futur Plan national de restauration de la nature, mais aussi par des moyens concrets. Le WWF plaide également pour que les agriculteurs et les territoires disposent des moyens nécessaires pour préserver et restaurer les tourbières. Il appelle également les entreprises à mieux évaluer leurs impacts sur ces milieux.
Autre priorité : réduire la pression exercée par notre consommation sur les tourbières situées en France et ailleurs en Europe. Si l’extraction de tourbe a cessé en France, notre pays continue d’en importer pour fabriquer les terreaux utilisés notamment pour le jardinage. Des alternatives existent déjà pour de nombreux usages, tandis que de nouvelles filières se développent autour de ressources renouvelables, comme autour des roseaux et mousses des tourbières.
La tourbe n’a plus sa place dans les terreaux de demain : des alternatives existent, faisons-en la norme.
Le WWF appelle à accélérer cette transition et à mieux préserver les tourbières, dont le rôle est essentiel pour l’avenir.
Le WWF appelle également à généraliser les alternatives à la tourbe dans les terreaux, avec l’objectif de parvenir à des terreaux sans tourbe d’ici 2030 pour les particuliers, 2035 pour les collectivités et le paysagisme, et 2040 pour l’horticulture professionnelle.
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