Au Népal, l’eau douce refait surface
Dans le corridor de Kamdi, grâce à la restauration d’une zone humide, un village népalais retrouve un accès durable à l’eau, ouvrant la voie à de meilleures récoltes et à de nouvelles sources de revenus.
Pour approfondir le sujet :
Eau douceUne ressource sous tension
Les communautés du corridor de Kamdi font face à une baisse de la disponibilité en eau douce, à des sécheresses plus longues et des pluies irrégulières, entraînant des pertes de récoltes, une baisse de la productivité du bétail et une fragilisation des moyens de subsistance agricoles.
Au pied de la chaîne de Churia, dans le village de Magar, l’eau devient une source d’inquiétude permanente. Comme dans de nombreuses régions rurales du Népal, le corridor de Kamdi subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique : les températures augmentent, les sécheresses s’allongent, les moussons deviennent imprévisibles et les pluies violentes se concentrent sur de courtes périodes. Dans cette zone où les sols retiennent peu l’eau, chaque saison est plus incertaine que la précédente. Pour les habitants, majoritairement issus des communautés autochtones Magar et Chaudhary, l’agriculture dépend presque entièrement des pluies. Riz, maïs, blé ou moutarde : toutes les cultures souffrent du manque d’eau. Les rendements diminuent, les revenus aussi. Certaines terres agricoles restent même inutilisées faute d’irrigation suffisante. Une petite rivière coule pourtant à proximité du village. Mais son exploitation demande des efforts considérables. Les agriculteurs construisent des barrages temporaires avec des pierres et de la boue pour retenir l’eau, puis la pompent plusieurs fois jusqu’aux champs. Une méthode coûteuse, épuisante et de moins en moins efficace à mesure que les sécheresses s’intensifient. Dans cette région déjà fragile, la raréfaction de l’eau menace bien plus que les récoltes : elle fragilise l’autonomie alimentaire, augmente les dépenses énergétiques et pousse certaines familles à abandonner progressivement l’agriculture.
Restaurer la nature pour sécuriser l’eau
Restaurer les zones humides permet de stocker l’eau et de la rendre disponible toute l’année.
Face à ces bouleversements, le WWF développe des solutions fondées sur la nature pour aider les communautés népalaises à s’adapter au changement climatique. L’objectif : restaurer les écosystèmes capables de stocker, filtrer et redistribuer naturellement l’eau, tout en soutenant des moyens de subsistance durables. Zones humides, étangs, sols agricoles ou corridors écologiques jouent un rôle essentiel dans ce cycle. Lorsqu’ils sont dégradés, les sécheresses deviennent plus sévères et les inondations plus destructrices. Restaurer ces milieux permet au contraire de ralentir l’écoulement de l’eau, de recharger les nappes phréatiques et de sécuriser l’irrigation pendant les périodes sèches. Le WWF travaille ainsi avec les communautés locales pour identifier les besoins prioritaires, concevoir des infrastructures adaptées et former les habitants à leur gestion durable. Ces projets associent systématiquement protection de la biodiversité et amélioration des conditions de vie : agriculture plus résiliente, économies d’énergie, diversification des revenus ou développement d’activités compatibles avec les écosystèmes locaux. Au-delà de l’accès à l’eau, l’enjeu est aussi de renforcer l’autonomie des populations rurales face aux effets déjà visibles du réchauffement climatique. Car dans des régions où les ressources naturelles conditionnent directement l’alimentation et les revenus, restaurer un écosystème peut transformer durablement le quotidien de tout un village.
Un étang, et tout un village qui respire à nouveau
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Pendant longtemps, ce n’était qu’une zone marécageuse dégradée, envahie de sédiments et peu à peu abandonnée par les habitants. Aujourd’hui, au cœur du village de Magar, dans le corridor de Kamdi, ce site restauré est devenu un vaste étang de 2 700 m² capable de stocker l’eau même pendant les périodes les plus sèches. Un changement concret et visible, qui transforme déjà le quotidien des habitants. Le projet, lancé en 2025 par le WWF Népal avec les communautés locales et les autorités forestières, a commencé par un travail patient de terrain : retirer les sédiments accumulés, éliminer les espèces invasives, restaurer la capacité naturelle du site à retenir l’eau. Puis un canal d’irrigation et un barrage en béton ont été aménagés afin de créer une réserve permanente alimentant directement les cultures du village. Très vite, les habitants mesurent les bénéfices concrets du projet. Avant, il fallait construire des barrages temporaires dans la rivière voisine avec des pierres et de la boue, attendre que le niveau monte, puis pomper l’eau plusieurs fois jusqu’aux champs. Un travail long, coûteux et épuisant. Désormais, l’eau rejoint directement les canaux d’irrigation depuis l’étang. Le temps de travail, les dépenses d’électricité et les coûts de pompage ont été réduits de moitié. Vingt-deux familles irriguent maintenant plus de trois hectares de terres agricoles toute l’année. Pour la première fois, les habitants ont réussi à produire suffisamment de riz pour nourrir l’ensemble de la communauté. Certains agriculteurs envisagent même de remplacer le maïs par des cultures maraîchères plus rémunératrices. Mais les bénéfices vont plus loin. Treize ménages ont reçu 10 000 alevins pour développer la pisciculture, créant une nouvelle source de revenus respectueuse de l’écosystème. Des panneaux solaires ont aussi été installés pour accompagner des projets d’hébergement chez l’habitant. Plus qu’un réservoir d’eau, cet étang incarne la résilience du village.
« Nous n’avons plus besoin de construire des barrages temporaires sur la rivière et d’attendre que le niveau de l’eau monte. Désormais, l’eau est directement acheminée de l’étang vers les canaux, ce qui est beaucoup plus rapide et facile. »
Avant, il fallait construire des barrages temporaires dans la rivière voisine avec des pierres et de la boue, attendre que le niveau monte, puis pomper l’eau plusieurs fois jusqu’aux champs. Un travail long, coûteux et épuisant. Désormais, l’eau rejoint directement les canaux d’irrigation depuis l’étang. Le temps de travail, les dépenses d’électricité et les coûts de pompage ont été réduits de moitié. Vingt-deux familles irriguent maintenant plus de trois hectares de terres agricoles toute l’année. Pour la première fois, les habitants ont réussi à produire suffisamment de riz pour nourrir l’ensemble de la communauté. Certains agriculteurs envisagent même de remplacer le maïs par des cultures maraîchères plus rémunératrices. Mais les bénéfices vont plus loin. Treize ménages ont reçu 10 000 alevins pour développer la pisciculture, créant une nouvelle source de revenus respectueuse de l’écosystème. Des panneaux solaires ont aussi été installés pour accompagner des projets d’hébergement chez l’habitant. Plus qu’un réservoir d’eau, cet étang incarne la résilience du village.