Loi d’urgence agricole : en pleine canicule, le Sénat menace d’aggraver la crise de l’eau au détriment de la nature et des Français
À la veille de l’examen du projet de loi d’urgence agricole en séance publique au Sénat, les dispositions issues de la commission des affaires économiques du Sénat menacent d’affaiblir durablement la protection du vivant et la politique de l’eau, avec des conséquences directes sur la santé publique et sur notre capacité d’adaptation dans une France à +4 °C.
Réautorisation de l’acétamipride et des néonicotinoïdes
Malgré la censure du Conseil constitutionnel et la mobilisation de plus de 2 millions de citoyens l’an dernier, un amendement adopté en commission des affaires économiques prévoit de réautoriser l’utilisation de l’acétamipride et du flupyradifurone sur plusieurs cultures, dont les betteraves, les noisettes, les pommes et les cerises. Pourtant, les effets néfastes de ces pesticides de la famille des néonicotinoïdes sont largement documentés : ils menacent les pollinisateurs, fragilisent la biodiversité et soulèvent de sérieuses inquiétudes pour la santé humaine.
Un projet de loi qui fragilise la protection de l’eau en France
Si ce texte est adopté en l’état, il risque également d’affaiblir durablement la protection de l’eau en France. Le projet de loi repose sur une vision dépassée de cette ressource, comme si elle était toujours disponible en quantité illimitée. Il privilégie avant tout les besoins d’une agriculture tournée vers l’exportation, notamment à travers l’introduction d’un principe de « non-régression agricole », sans tenir compte de la réalité du changement climatique ni de la multiplication des sécheresses.
Qualité de l’eau : des mesures de prévention supprimées malgré les risques sanitaires
Alors que les alertes sanitaires sur la qualité de l’eau se multiplient partout dans le pays, le texte supprime plusieurs mesures préventives et réduit la prise en compte des pollutions chimiques déjà présentes dans l’environnement pour identifier les captages d’eau à protéger en priorité. C’est un choix incompréhensible. Si les pollutions héritées du passé ne peuvent plus être évitées, tout doit être fait pour prévenir de nouvelles contaminations et protéger la population de l’exposition croissante à des substances nocives.
Zones humides : une définition modifiée qui faciliterait leur destruction
Enfin, le projet fait peser une menace directe sur les zones humides françaises. Alors que près de la moitié d’entre elles ont déjà disparu faute de protection suffisante, le texte prévoit d’en modifier la définition pour faciliter leur destruction. Une décision particulièrement préoccupante au moment où ces milieux naturels jouent un rôle indispensable pour limiter les inondations, atténuer les sécheresses et réduire les effets des canicules et vagues de chaleur, comme celle que nous subissons aujourd’hui.
« A travers ce projet de loi d’urgence agricole, le gouvernement et le législateur entretiennent l’illusion que le modèle agricole hérité de l'après-guerre pourrait encore fonctionner sans s’adapter à une France à +4 °C. Gouverner l'agriculture par l'urgence et par la promesse de toujours plus de reculs écologiques pour toujours moins d'agriculteurs, c'est organiser son déclin. Un sursaut est encore possible en séance pour stopper une trajectoire aujourd’hui hors de contrôle »
L’eau est un bien commun qui ne peut être mise en risque pour un quelconque intérêt. C’est le message que nous voulons envoyer aujourd’hui aux décideurs avec la pétition « HandsOffNature » afin qu’elle soit réellement protégée, en quantité comme en qualité.