Jaguar (Panthera onca) en train de nager dans une rivière du Pantanal, Brésil

La nature face au choc climatique

Le changement climatique provoqué par l’Homme est une réalité. Dans l’ensemble des régions du monde, nous observons que les risques, qui n’étaient hier que théoriques, deviennent la nouvelle réalité des temps présents. L’objet de cette étude est d’examiner l’exposition des 35 écorégions prioritaires du WWF, et des cinq groupes d’espèces qu’elles abritent actuellement, au dérèglement climatique en fonction de trois scénarios de hausse de la température moyenne mondiale.

Une étude sans précédent

Les résultats livrent une image saisissante du lien existant entre températures mondiales, espèces et écosystèmes qui nous entourent.

Les résultats de ce rapport de synthèse - issus d’une recherche sans précédent menée par le WWF et conduite en partenariat avec des experts du Tyndall Centre for Climate Change de l’Université d’East Anglia - découlent de l’analyse la plus complète menée à ce jour à l’échelle mondiale d’une projection des changements climatiques dans les aires de répartition de plantes et d’animaux dans ces écorégions.

La recherche étudie les impacts potentiels de plusieurs scénarios de réchauffement sur différents groupes d’espèces au sein de 35 écorégions prioritaires, régions qui abritent une grande partie de la biodiversité la plus remarquable. 

La revue a modélisé les conséquences d'un réchauffement sur les écorégions autour de trois scénarios, eux-même basés sur trois niveaux d'ambition :

  1. Un monde à +2°C (objectif de limitation maximal de la température moyenne mondiale, fixé par l'Accord de Paris à “bien en-dessous de 2°C”) ;
  2. Un monde à +3,2°C (température moyenne mondiale prenant en compte la valeur médiane des engagements pris à la COP21 par les pays pour réduire leurs émissions pour 2025 et 2030) ;
  3. Un monde à +4,5°C (température moyenne mondiale si aucun effort n’est fait pour ralentir le rythme actuel des émissions, communément appelé "laisser-faire").

Des conclusions claires et sans appel

Si nous voulons éviter d’affronter une perte importante de biodiversité, des efforts concertés d’atténuation du changement climatique seront rapidement nécessaires à l’échelle mondiale.

Un réchauffement atteignant les 4,5°C conduit à ce que près de 50% des espèces qui peuplent actuellement les écorégions prioritaires soient menacées d’extinction au niveau local - alors que ce risque serait réduit de moitié si le plafond des 2°C de l'Accord de Paris était respecté.

La biodiversité a une valeur intrinsèque, et la perte de la vie sauvage au sein des aires naturelles les plus exceptionnelles de la planète nous appauvrissent tous.
Au-delà des répercussions évidentes aux niveaux économique et social, nous nous exposons à de profonds changements impactant des écosystèmes fournissant des services vitaux à des centaines de millions de personnes.

L’avenir de la biodiversité est entre nos mains. La suite de l’histoire dépend de nous.

La revue du WWF démontre également le rôle que les mesures d'adaptation peuvent et doivent jouer au niveau local afin de protéger certaines zones de refuge et réduire les taux d'extinctions dans le scénario d'un respect de la limitation à 2°C. Au-delà, même des mesures d'adaptation complémentaires ne suffiront pas à la survie des populations locales.

Le document à télécharger propose un résumé des résultats pour 8 des 35 écorégions prioritaires, sites exceptionnels par leur biodiversité et emblématiques aux quatre coins du monde pour l’avenir de la vie sur Terre.

Télécharger le rapport

Le changement climatique n’est pas un phénomène qui se manifeste de manière uniforme à la surface du globe : son ampleur et ses conséquences s'expriment avec des variations locales.

Certaines régions connaîtront un réchauffement plus rapide que d’autres et parallèlement certaines espèces seront davantage capables de supporter le réchauffement du climat que d’autres.

Amazonie et Plateau des Guyanes

Une hausse de +0,2°C a été enregistrée entre les périodes 1961-1990 et 1984-2013. 

Les écosystèmes d’Amazonie accueillent près de 10% de l’ensemble des espèces connues et jouent un rôle crucial dans la régulation du climat à l’échelle mondiale.

L’Amazonie est extrêmement vulnérable au changement climatique.

Une augmentation de l’ordre de 2°C suffirait à rendre les températures moyennes plus chaudes que les extrêmes précédemment rencontrés, et menacerait plus d’un tiers des espèces dans l’ensemble des groupes en l’absence de dispersion.

Scénario de changement du climat en Amazonie et Guyanes

Scénario monde à +2°C
Scénario monde à +3.2°C
Scénario monde à +4.5°C

Pourcentage d’espèces pour lesquelles est projeté un risque d’extinction au niveau local d’ici les années 2080. Le tableau expose trois scénarios différents concernant le changement climatique à l’échelle mondiale, avec une modélisation du risque que la dispersion n'ait pas lieu. 

Un scénario du laisser-faire verrait ce chiffre augmenter pour atteindre près des deux-tiers. Les plantes s’en sortent mal dans tous les cas de figure, tandis que, de tous les groupes, ce sont les amphibiens qui souffrent le plus.

Madagascar

Une hausse de +0,4°C a été enregistrée entre les périodes 1961-1990 et 1984-2013. 

Des millions d’années d’isolement ont tracé une trajectoire évolutive unique pour les plantes et les animaux de l’île de Madagascar – mais ils sont néanmoins confrontés à la menace du changement climatique planétaire.

Même si l’augmentation de la température à l’échelle mondiale est limitée à 2°C, on prévoit que Madagascar devienne climatiquement inadapté pour plus d’un quart des espèces dans tous les groupes.

Les variations géographiques jouent un rôle important. D’une manière générale, des températures en hausse auront dans un premier temps plus d’effets dans la partie sud de l’île, plus sèche, que dans les forêts plus humides du nord. À mesure que les températures poursuivent leur hausse, le phénomène gagnera les autres zones, les aires centrales pouvant devenir inappropriées pour plus des trois-quarts des espèces de mammifères modélisées.

Scénario de changement du climat à Madagascar

Scénario monde à +2°C
Scénario monde à +3.2°C
Scénario monde à +4.5°C

Pourcentage d’espèces pour lesquelles est projeté un risque d’extinction au niveau local d’ici les années 2080. Le tableau expose trois scénarios différents concernant le changement climatique à l’échelle mondiale, avec une modélisation du risque que la dispersion n'ait pas lieu. 

Même avec une élévation de température limitée à 2°C, l'île deviendra climatiquement inadaptée à plus du quart des espèces des 5 groupes étudiés (plantes, oiseaux, mammifères, amphibiens, reptiles). Sans une politique favorisant la dispersion des espèces, et sans réduction et sans dispersion les valeurs dépassent largement 50% des taxons.

Méditerranée

Une hausse de +0,6°C a été enregistrée entre les périodes 1961-1990 et 1984-2013. 

La présence de plus de 300 millions de visiteurs chaque année exerce une pression énorme sur les ressources qui subsistent dans cette mer unique où trois continents se rencontrent : cette région a été identifiée par le GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) comme une zone sensible en matière d’impact climatique.

La Méditerranée est vulnérable même dans le cas du respect de la fourchette maximale de l’Accord de Paris à +2°C : si l’augmentation reste dans la limite des 2°C, près d’un tiers de la plupart des groupes d’espèces sont en danger. C’est par exemple le cas des espèces de plantes.

Si le monde ne parvient pas à rester dans cette limite, le tableau est encore plus noir : dans le cadre des engagements actuels de réductions d’émissions, il est prévu que plus de la moitié de toutes les espèces de plantes et d’un tiers à la moitié des autres groupes d’espèces disparaissent. Dans le cas du scénario du laisser-faire, en moyenne près de la moitié de la biodiversité de la région sera perdue.

Scénario de changement du climat en Méditerranée

Scénario monde à +2°C
Scénario monde à +3.2°C
Scénario monde à +4.5°C

Pourcentage d’espèces pour lesquelles est projeté un risque d’extinction au niveau local d’ici les années 2080. Le tableau expose trois scénarios différents concernant le changement climatique à l’échelle mondiale, avec une modélisation du risque que la dispersion n'ait pas lieu. 

Les mammifères et les oiseaux peuvent s’adapter dans une certaine mesure s’ils sont capables de se disperser – mais cela constitue un défi majeur dans une région où les habitats ont déjà subi des dégradations et des fragmentations importantes causées par les activités humaines.

 Ferme solaire en Ecosse

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