12. mars 2018 — Communiqué de presse

Les livres de la jungle : l’édition Jeunesse française abîme-t-elle les forêts ?

Le WWF France publie les résultats de plusieurs études effectuées pour évaluer les pratiques environnementales de l’édition Jeunesse, segment particulièrement à risques. Elles mettent en évidence le manque de transparence des maisons d’édition françaises et la faiblesse des engagements relatifs à leur impact sur les forêts (approvisionnement, écoconception, fin de vie du livre...). 

Végétation typique d'une forêt humide, vallée de Koné-Tiwaka, Nouvelle-Calédonie (France)

Etude des mentions obligatoires et analyse de fibres en laboratoire

Un manque d'informations

Pour plus de 90 % des titres, la qualité du papier et des encres est inconnue...  

Le marché français du livre est le cinquième plus important au monde avec 422 millions de livres vendus en 2014. Parmi les différents segments du secteur de l’édition, l’édition Jeunesse est particulièrement à risques car plus de la moitié des impressions sont effectuées en Asie.

Les éditeurs français n’ayant pas souhaité répondre aux enquêtes lancées par le WWF France entre 2015 et 2017, l’ONG a mené une étude scientifique consistant à examiner les mentions obligatoires sur un échantillon de 164 livres sur 3 segments (imagiers, pop-up, animé) fortement concernés par les impressions asiatiques.

Parmi les conclusions tirées de cette étude :

  • Pour plus de 90 % des titres, la qualité du papier et des encres est inconnue
  • Pour plus de 90 % des titres, l’incitation au recyclage est absente, le sujet étant tabou dans l’édition, même pour les livres dont la durée de vie est faible (cas du segment étudié)
  • Les imprimeurs sont dans 63 % des titres, soit inconnus soit sans certification (ISO, FSC)
  • Seuls 43 % des titres satisfont à l’obligation légale d’indiquer le nom de l’imprimeur (en plus du pays d’impression).

À l’automne 2017, le WWF France a poursuivi ses investigations en se concentrant sur huit maisons d’édition (Auzou, Fleurus, Gallimard Jeunesse, Hachette Jeunesse, Milan, Nathan, Pi.kids, Piccolia). Si les analyses n’ont pas détecté de lien direct avec la déforestation en cours et avec l’exploitation des forêts primaires tropicales, elles ont montré qu’une part significative des fibres provient de plantations industrielles.

Or ces plantations, généralement installées après déforestation de forêt primaires tropicales ou dégradation des tourbières, peuvent représenter des menaces pour l’environnement (utilisation massive d’intrants, monocultures, destruction de biodiversité etc.) si elles ne sont pas certifiées FSC.

Trois éditeurs (Piccolia, Pi.kids, Auzou) présentent des risques particulièrement importants et seul Nathan a engagé une démarche de certification FSC.

Les résultats de l'étude

Les éditeurs et imprimeurs ont la possibilité d’agir.

Quatre faiblesses principales ressortent des analyses menées par le WWF France :

  • La transparence : les éditeurs ne partagent pas les informations avec les autres parties prenantes du secteur (consommateurs, associations etc.). 
  • Le recyclage en fin de vie : à cause du manque d’informations transmises par les éditeurs, beaucoup de livres continuent d’être jetés (les manuels scolaires notamment). 
  • L’écoconception : en 2016, seuls 2% des livres sont imprimés sur du papier recyclé et peu le sont sur papier certifié FSC (proportion inconnue mais <10%).
  • L’approvisionnement : les groupes ne préviennent pas suffisamment les risques environnementaux liés notamment à l’impression en Asie.

Pourtant, les éditeurs et imprimeurs peuvent s’appuyer sur des outils existants (book chain project, paper profile, check your paper, environmental paper company index, certification FSC…) ou s’inspirer des initiatives vertueuses prises par des éditeurs allemands, anglais ou suisses.

Parmi les bons élèves, on peut notamment citer Random House, l’un des plus importants groupes d’édition allemand, qui s’est fixé un objectif de 100 % de papier recyclé ou certifié FSC ou encore Kosmos qui a adopté une démarche d’économie circulaire.

“Les démarches engagées par nos voisins montrent aux éditeurs français qu’il est possible d’engager le livre dans la transition écologique. Les groupes français ont aujourd’hui toutes les solutions disponibles pour sélectionner les papiers recyclés ou écocertifiés, démontrer publiquement qu’ils préviennent les risques et faire la transparence sur leurs pratiques”. Pascal Canfin, Directeur général du WWF France