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03. septembre 2020 — Communiqué de presse

Plan de relance : un effort pour la transition, pas encore de transformation

Le gouvernement a présenté aujourd’hui son plan de relance de l’économie : 100 milliards d’euros sont annoncés dont 30 milliards pour la transition écologique. Un coup d’accélérateur pour certains secteurs qui reste à préciser dans sa mise en oeuvre et surtout s’accompagner d’une transformation plus profonde de notre modèle économique. 

La crise sanitaire du Covid-19 a mis en évidence la fragilité de nos sociétés et de notre modèle de production et de consommation. Les effets de contraction de l’économie nous mettent aujourd’hui face à un défi majeur.

Dans son rapport « Monde d’après : l’emploi au cœur d’une relance verte », publié en juillet dernier, le WWF France avait justement démontré le potentiel d’une relance par la transition écologique en termes d’emplois soutenus et de création de valeur ajoutée. Les conclusions sont claires : investir dans la rénovation énergétique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables, de l’électromobilité, des transports en commun, du vélo, de l’agriculture bio ou encore du tourisme vert permettrait de soutenir plus d’1 million d’emplois d’ici 2022, soit deux fois plus d’emplois soutenus d’ici 2022 qu’un plan de relance « sans effort pour la transition ».

Forêt détruite dans la province de Riau, Sumatra (Indonésie)
Fonte d'un iceberg au lagon de glace Jokulsarlon (Icelande)

Le gouvernement a présenté aujourd’hui les grandes lignes de son plan de relance qui devra ensuite être débattu et traduit dans la loi, notamment au travers de la Loi de finances pour 2021 et du projet de loi Convention citoyenne. 100 milliards d’euros sont débloqués dont un peu plus de 30 milliards pour la transition écologique, notamment 7 milliards pour la rénovation thermique des bâtiments, 4,7 milliards pour le ferroviaire, 1,2 milliards pour les transports en commun et le vélo. Une orientation à saluer qui doit maintenant être amplifiée et précisée au service de la transition écologique et de l’emploi. Nous regrettons néanmoins le manque de moyens mobilisés pour les énergies renouvelables.

Au-delà des grandes enveloppes financières, le gouvernement doit avancer sur des mesures concrètes pour accompagner le développement des secteurs clefs : une évolution de la fiscalité automobile (renforcement du malus automobile et intégration d’un critère poids pour enrayer le développement des SUV), une obligation de résultat dans les travaux de rénovation thermique des bâtiments, une refonte des critères d’attribution de la PAC pour orienter les soutiens financiers vers l’agroécologie. 

« Ce plan de relance donne un coup d’accélérateur à la transition de certains secteurs comme la rénovation des bâtiments et la mobilité durable. Pour marquer le tournant du quinquennat vers l’écologie, le gouvernement doit maintenant l’accompagner de mesures fortes, comme l’éco-conditionnalité des aides aux grandes entreprises ou encore les soutiens aux collectivités locales, dans le budget et la mise en oeuvre des propositions de la convention citoyenne. Pour passer d’une relance à une transformation, il lui faudra aussi traiter des angles morts de ce plan. Après des reculs cet été sur les néonicotinoïdes et la biodiversité, nous appelons le gouvernement à changer de modèle agricole, lutter contre la déforestation importée et renforcer les aires protégées. »
Pierre Cannet, directeur du Plaidoyer au WWF France

Pour réellement changer de cap, le WWF France appelle le gouvernement à veiller à ce que l’ensemble de l’argent public investi puisse servir la transition écologique. La France ne peut pas dans le même temps investir 30 milliards pour la transition et attribuer des aides aux grandes entreprises de l’autre sans contreparties écologiques et sociales.

Enfin, si le gouvernement insiste dans les discours sur le rôle des territoires pour mettre en oeuvre la relance et la transition, il est nécessaire d’y associer des moyens ambitieux. Les « contrats de relance et de développement écologique » prévus par le gouvernement doivent être dotés financièrement pour ne pas rester des coquilles vides comme les contrats de transition écologique avant eux. 

L’examen prochain au Parlement de la Loi de finances pour 2021 et de la loi qui doit mettre en oeuvre les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat doit être l’occasion de préciser la mise en oeuvre de ce plan mais aussi d’intégrer de nouvelles propositions en associant les citoyens et les acteurs de la société civile.