Projet de loi d’urgence agricole : le gouvernement accélère la crise de l’eau
Présenté en Conseil des ministres ce mercredi 8 avril, le projet de loi d’urgence agricole s’inscrit dans la continuité des politiques précédentes : il échoue à répondre aux difficultés structurelles du secteur agricole et accélère la dégradation du vivant, en particulier des ressources en eau.
« Alors que toutes les projections alertent sur un risque croissant de pénurie d’eau en France, ce projet de loi illustre une fuite en avant préoccupante. L’eau est une ressource locale, qui doit être gérée collectivement. Plutôt que d’imposer des solutions uniformes, faisons confiance aux territoires et à leurs acteurs pour en définir les usages.»
En facilitant les projets de stockage d’eau via de véritables passe-droits, le gouvernement renforce un modèle agricole déjà inadapté aux réalités climatiques. À l’heure où la France fait face à une multiplication des sécheresses et à des tensions croissantes sur l’accès à l’eau, ce choix enferme durablement l’agriculture dans une impasse.
Plutôt que d’engager une réflexion collective sur les usages de l’eau, fondée sur la sobriété et la résilience, le projet de loi contourne les règles de planification locale et impose le stockage comme réponse unique. Les enjeux de transition agricole ainsi que des solutions fondées sur la nature et l’alimentation durable sont une nouvelle fois absents.
Pourtant, les retenues d’eau ne constituent qu’une réponse marginale : même déployées à grande échelle, elles ne permettraient d’économiser que 2 % de l’eau utilisée par l’agriculture, alors que seulement 6,8 % des surfaces agricoles sont irriguées. Le véritable enjeu est ailleurs : transformer les pratiques agricoles, restaurer les zones humides – dont la moitié a disparu en quelques décennies – et accompagner les agriculteurs vers des systèmes plus résilients et moins dépendants de l’irrigation.
Anastasia SEBAN - Chargée de communication WWF France