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23. March 2018 — Press Release

[Tribune] Protéger la nature, c’est nous protéger nous-mêmes

Ce samedi c’est Earth Hour, avec des millions de gens dans plus de 187 pays, nous allons éteindre nos lumières quelques minutes comme un message symbolique : nous faisons partie de la même communauté, nous n’avons qu’une seule planète et nous devons en prendre soin.

Pascal Canfin fait un discours devant la Tour Eiffel pour Earth Hour (France)

Cette année, et jusqu’en 2020, Earth Hour adopte un nouveau slogan: « connect to earth» (reconnectons-nous à la nature). Les trois dernières années, le message principal de la mobilisation portait sur le climat. La crise climatique, tout le monde en a maintenant entendu parlé. Demandez à vos enfants, mettez le sujet sur la table de la prochaine réunion de famille ou d’un diner entre amis vous aurez du mal à trouver une personne qui n’a jamais entendu parlé du dérèglement climatique.

Mais faites le même exercice avec l’extinction des espèces, vous n’obtiendrez sans doute pas les mêmes résultats. La crise actuelle de biodiversité ne touche pas encore le grand public. Une étude franco-canadienne publiée récemment dans Frontiers in Ecology and Evolution conclut que la couverture médiatique du changement climatique est jusqu’à huit fois supérieure à celle de la perte de biodiversité, et ce, malgré une faible différence dans la production de littérature scientifique, et une gravité tout aussi extrême.

L’Indice Planète vivante, que produit le WWF tous les deux ans, révèle que les populations mondiales de poissons, d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles ont régressé de 58 % entre 1970 et 2012. Et si nous n’agissons pas sur les causes de cette destruction du vivant ce pourcentage aura franchi le seuil des deux tiers rien qu’en l’espace du demi-siècle 1970-2020.

Il faut relire ces chiffres pour en mesurer l’ampleur : en 40 ans, soit la moitié d’une vie humaine dans les pays riches, nous avons détruit près de 6 animaux sauvages sur 10 qui vivaient sur la planète. Un rythme de destruction du vivant sans égal dans l’histoire dont les causes sont connues : les pesticides tuent, les habitats forestiers disparaissent, les sols naturels sont artificialisés, les mines éventrent les montagnes, etc…

Des abeilles de nos campagnes aux orangs outans d’Indonésie, c’est le vivant non humain qui disparaît car il n’a plus de place pour lui sur notre planète. Mais après tout en quoi cela nous concerne-t-il répondront les cyniques ? La réponse est simple : la nature nous nourrit, nous soigne, nous protège… en la faisant disparaître nous augmentons considérablement notre vulnérabilité.

De la morphine et l’aspirine contre la douleur à la pervenche de Madagascar contre le cancer du sein, on ne compte plus les principes actifs des médicaments qui proviennent de la nature.

En détruisant des milliers d’espèces de plantes non encore étudiées, nous nous privons forcément de découvertes majeures à venir. On ne compte plus les études qui montrent le rôle décisif des abeilles dans la pollinisation des plantes. Et la destruction des mangroves comme des récifs coralliens qui protégeaient les littoraux de nombreuses régions du monde, les rendent plus vulnérables aux effets des tempêtes, plus fortes sous l’effet du dérèglement climatique. La nature est la technologie la plus intelligente que nous ayons. Elle travaille gratuitement à notre bénéfice.

Et pourtant nous la détruisons ! Serions nous stupides ? Nous sommes surtout encore largement ignorants des conséquences de nos actes. C’est pourquoi dans les trois prochaines années le WWF va se mobiliser partout dans le monde pour que nous prenions conscience de la crise du vivant sur notre planète et qu’en 2020 les chefs d’Etat et de gouvernement, les maires, les dirigeants des grandes entreprises, les financiers… mais aussi chacun d’entre nous, prennent des engagements ambitieux pour enfin arrêter la destruction du vivant.

Pourquoi 2020 ? Parce que c’est en 2020 que se tiendra pour la nature l’équivalent de la COP21 qui a eu lieu pour le climat à Paris en 2015. Notre objectif : faire en sorte que tous les engagements qui seront pris puissent arrêter, sur la décennie 2020-2030 la destruction de la nature. Pour gagner cette bataille nous avons besoin de vous.

Commençons tous ensemble par cet acte symbolique samedi : à 20H30 éteignons tous nos lumières pour envoyer un message clair à nos dirigeants : la nature, c’est essentiel.

Par Pascal Canfin