28. novembre 2017 — Communiqué de presse

Loi de transition énergétique : les assureurs n’ont pas saisi l’opportunité d’informer les épargnants

Le WWF France publie aujourd'hui une étude sur la mise en œuvre de l’article 173 de la loi de transition énergétique par 16 des principaux assureurs français. Le constat est clair : aucun assureur n’a proposé une information facilement compréhensible et accessible aux souscripteurs. Par ailleurs, le contenu des publications est très variable : si le WWF se réjouit de quelques initiatives intéressantes et encourageantes, il déplore que les informations soient impossibles à comparer d’un assureur à l’autre.

Chaque euro confié par les Français à leur banque ou à leur assurance a un impact sur le changement climatique.

Depuis 2016, l’article 173 alinéa 6 de la loi sur la transition énergétique prévoit l’obligation pour les investisseurs institutionnels d’informer les épargnants de cet impact. Un an après sa mise en application, le WWF France a choisi d’étudier sa mise en œuvre par les 16 principaux assureurs français, car l’assurance vie représente aujourd’hui une grande partie de l’épargne des Français.

Les épargnants n’ont pas été pris en compte

Selon un sondage IFOP réalisé pour le WWF France dans le cadre de cette étude, 57% des Français se déclarent favorables à ce que leur épargne contribue à lutter contre le changement climatique et 44% indiquent avoir conscience que le réchauffement climatique représente un risque pour le système financier et pour leur épargne.

Pourtant, 89% d’entre eux estiment que leur banque ou leur assurance les informe peu ou pas du tout sur l’impact de leur épargne sur le changement climatique.

L’étude menée par le WWF France confirme ce chiffre : si la plupart des assureurs étudiés ont choisi de publier un document séparé dédié à l’article 173, ces documents n’ont pas été pensés pour les souscripteurs. Aucune action de communication adaptée n’a été identifiée : non seulement les informations ne sont pas aisément accessibles par les souscripteurs mais elles sont aussi difficilement compréhensibles pour un public non-expert. Le WWF France a ainsi réuni un panel d’une cinquantaine de bénévoles pour recueillir leurs réactions à la lecture de ces documents. Résultat : tous les documents ont été jugés jargonneux et trop techniques.

« Je trouve cela difficile à comprendre. Il y a des abréviations qui ne me parlent pas du tout [..] c'est quoi tout ça OPCVM, ISR, ESG ! » témoigne par exemple Philippe, 35 ans et ingénieur en logiciel.

Trois acteurs se démarquent cependant avec des pratiques qui ouvrent la voie

Si les informations mises à disposition des souscripteurs ne sont pas adaptées, le WWF France constate néanmoins que certains assureurs ont fourni un effort notable.

AG2R la Mondiale, par exemple, a calculé l’écart entre son portefeuille d'investissements actuel et un scénario d’investissements aligné avec les objectifs de l’Accord de Paris. Cette démarche très concrète montre qu’il y a 1,5 degré d’écart entre leur portefeuille actuel et celui qu’ils devraient avoir pour être conforme aux objectifs climat.

Axa a anticipé, dès cette année, les exigences de la Taskforce on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) mandatée par le G20. Cette initiative propose un référentiel international commun pour que chaque entreprise puisse analyser les risques financiers résultant des dérèglements climatiques.

Enfin, CNP Assurances a développé une méthodologie d’analyse qui compare son positionnement par rapport à un scénario de référence à 2 degrés et l’utilise comme fil conducteur dans son rapport. Malheureusement, aucune entreprise n’a communiqué clairement sur des décisions prises sur la base de ces analyses afin d’aligner leur portefeuille d’investissements avec le scénario 2 degrés de l’Accord de Paris, ce qui reste l’objectif final.

Le WWF France propose des pistes d’amélioration

Trois enjeux sont essentiels pour que les assureurs puissent progresser dans la mise en œuvre de l’article 173 :

  1. Informer les épargnants avec une communication adaptée, c’est à dire accessible et compréhensible par tous.
  2. Entamer un travail collectif au niveau de la profession pour rendre les méthodes, les indicateurs et les résultats comparables et pertinents.
  3. S’inscrire dans la tendance internationale en mettant en œuvre dès à présent les recommandations de la TCFD qui constituent un référentiel commun et sont une première étape pour analyser les risques.

Cette première année a été l’occasion pour les assureurs de se rendre compte de manière pratique des enjeux de la mise en œuvre de la loi. Le WWF France renouvelera son analyse en 2018 afin de mesurer les progrès qui pourront être faits, en particulier vis à vis de l’information des épargnants. 1200 bénévoles seront mobilisés et feront le test pour savoir s'ils peuvent accéder à ces informations et les comprendre facilement (visites à l'agences ou appels téléphonique à leurs assureurs, questions à leur conseiller ou recherches sur le site internet).

« Le WWF France attend que les assureurs français, et l’ensemble des investisseurs institutionnels informent clairement les Français de la manière dont leur épargne affecte le climat. L’article 173 est une formidable opportunité, à la fois pour les épargnants de savoir s’ils financent un monde soutenable ou le réchauffement de la planète, mais aussi pour les investisseurs institutionnels afin de se doter de meilleurs outils et d’une meilleure visibilité pour agir face au risque climatique ». Pascal Canfin, directeur général du WWF France