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25. septembre 2019 — Communiqué de presse

Rapport spécial du GIEC : qu’attendent encore les Etats pour passer à l’action ?

Alors que les citoyens du monde entier se mobilisent pour le climat et que l’environnement arrive désormais en tête des préoccupations des Français, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) lance aujourd’hui une alerte majeure sur les impacts du réchauffement climatique sur l’océan et la cryosphère.

Face à l’ampleur des bouleversements qui nous attendent, mettant en péril la survie de l’humanité, nous avons encore la possibilité d’éviter le pire si nous agissons maintenant pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Le WWF France appelle les Etats à saisir les appels de la science et de la société civile en adoptant des mesures ambitieuses de décarbonation et d’adaptation au dérèglement climatique.

Des pôles jusqu’aux fonds marins, le réchauffement climatique a déjà des impacts majeurs...

L’océan fournit 50% de l’oxygène atmosphérique et permet de réguler le climat en captant le CO2 et en absorbant la chaleur liée aux émissions.

Hausse du niveau de la mer, acidification, réchauffement : le dérèglement climatique a un impact majeur sur l’océan, déjà soumis aux fortes pressions liées aux activités humaines, comme la surpêche, la perte de biodiversité ou la pollution plastique. Aujourd’hui, d’après le GIEC, la montée du niveau de la mer est deux fois plus rapide qu’il y a 10 ans et le réchauffement de l’océan a plus que doublé depuis 1993.

Les glaciers, la couverture neigeuse des hautes montagnes du monde entier et le permafrost des régions polaires ont tous décliné au cours des dernières décennies. En Arctique, on assiste à une réduction de la banquise sans précédents depuis 1000 ans, qui pourrait être irréversible.

Les températures du permafrost (sol gelé en permanence) n’ont jamais été aussi élevées. Or, ces écosystèmes jouent un rôle essentiel pour la vie sur Terre. Les glaciers nous apportent de l’eau potable, l’océan fournit 50% de l’oxygène atmosphérique et permet de réguler le climat en captant le CO2 et en absorbant la chaleur liée aux émissions. Il est également source d’alimentation et revenus pour plus de 800 millions de personnes.

Paradise Bay (Antarctique)

...destinés à empirer drastiquement si rien n’est fait

Le rapport du GIEC l’indique clairement : les effets du dérèglement climatique observés aujourd’hui ne sont que la bande annonce de ce qui nous attend dans les décennies à venir si rien n’est fait pour limiter la hausse de la température moyenne mondiale.

D’ici 2100, les glaciers d’Europe centrale, du Caucase, du nord de l’Asie ou encore de Scandinavie pourraient décliner de 80%, le permafrost pourrait perdre de 30 à 99% de sa surface actuelle selon le pire des scénarios, menaçant de libérer des dizaines voire des centaines de milliards de tonnes de carbone et de méthane, ce qui accélèrera encore davantage le changement climatique.

La montée du niveau de la mer pourrait être 5 fois plus importante selon le pire des scénarios, augmentant de 15 mm par an et d’ici 2050, 1 milliard de personnes pourraient être affectées par cette hausse.

Ces bouleversements auront des conséquences majeures pour les écosystèmes naturels mais aussi pour les populations humaines et la stabilité de nos sociétés : dégradation des écosystèmes marins, côtiers et polaires, altération des précipitations, avec l’augmentation des inondations, ainsi que de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes. Toutes les grandes villes côtières et les petites îles de toutes les latitudes vivront ces événements de façon annuelle. En conséquence, les populations seront également touchées par l’augmentation du stress hydrique et de l’insécurité alimentaire, ainsi que par la chute de ressources halieutiques ou des activités économiques, notamment touristiques.

Nageoire d'une baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) en Nouvelle-Calédonie
Banc de thons albacores dans l'océan Indien

Un océan en bonne santé est l’assurance vie d’un climat stable.

L’humanité à l’heure du choix

Les décideurs politiques ne peuvent plus rester sourds aux appels de la science et de la société civile.

Portrait d'Isabelle Autissier

Le GIEC l’avait déjà indiqué dans son rapport spécial Global Warming of 1.5º publié en octobre 2018 : même un demi-degré de plus de hausse de la température moyenne mondiale pourrait avoir des effets irréversibles pour la vie sur Terre. Nous pouvons encore agir, mais c’est maintenant que tout se joue. L’inaction à court terme aura des conséquences à long terme, dont certaines seront irréversibles.

Il est donc urgent d’agir pour atténuer le changement climatique, à travers à la fois une réduction des émissions de gaz à effet de serre et une protection de la biodiversité, comme les mangroves ou les herbiers ; et pour nous adapter au changement climatique à travers notamment des solutions basées sur la nature. Préserver et restaurer les écosystèmes marins et côtiers ou encore les zones humides leur permet de jouer leur rôle essentiel et nous protéger ainsi des impacts des dérèglements climatiques. Un océan en bonne santé est l’assurance vie d’un climat stable.

« Des sommets enneigés, jusqu’aux côtes et aux fonds marins, l’Homme est en train de détruire la nature à cause de ses émissions de CO2, avec des effets irréversibles et des conséquences pour la survie de l’humanité elle-même. Le constat est sans appel, mais la science nous dit aussi qu’il est encore possible d’éviter le pire si nous agissons maintenant. Les citoyens, eux, se mobilisent déjà à leur niveau: il y a quelques jours, des milliers de jeunes ont encore manifesté partout dans le monde pour le climat. Ils sont prêts à changer leurs comportements et sont déjà très nombreux à agir au quotidien: ils ont déjà relevé plus d’un million de défis sur notre application WAG. Les décideurs politiques ne peuvent plus rester sourds aux appels de la science et de la société civile. Nous n’avons plus de temps à perdre dans les polémiques, nous attendons d’eux des décisions et des actions. » 
Isabelle Autissier, Présidente du WWF France

Filet d'un pêcheur prise près des îles du Frioul, Marseille (France)

Pour y parvenir, le WWF France appelle ainsi les décideurs politiques

Au niveau international 
• À revoir à la hausse les objectifs de réduction des émissions de GES à l’horizon 2030 pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris (neutralité carbone en 2050). Le président de la République a soutenu à la tribune des Nations unies le 23 septembre au Sommet Action Climat une relève de son objectif de réduction des émissions de GES à 55% d’ici 2030. Le WWF France l’appelle maintenant à traduire cette ambition à domicile car la France doit renforcer ses politiques climatiques si elle souhaite honorer cette promesse ;
• À adopter un accord mondial ambitieux sur la protection de la nature lors de la COP 15 de la Convention sur la Diversité Biologique en Chine en 2020. Cet accord devra disposer de cibles claires et de mécanismes de mise en oeuvre garantissant leur atteinte.

Au niveau européen
À faire concrétiser un Green Deal qui confirme une relève de l’ambition à 2030 vers la neutralité carbone à 2050 et oriente 50% du budget européen à la transition écologique et solidaire, notamment pour aider les régions des Etats membres à sortir de leur dépendance au charbon.

Au niveau national
Adopter une loi anti-gaspillage ambitieuse qui s'attaque au fléau de la pollution plastique à travers des mesures concrètes : inscrire la France sur une trajectoire de réduction de sa consommation de plastiques à usage unique, à travers de nouvelles interdictions (sacs, etc.), fixer des objectifs contraignants de réemploi et le retour de la consigne, interdire la mise sur le marché de produits non recyclables.