Un moniteur de plongée s'apprête à partir en mer pour observer des requins-baleines à Donsol, Philippines

Requin-baleine : quand l'écotourisme tire une ville de sa torpeur

Aux Philippines, un programme phare d’écotourisme communautaire apporte la preuve que pour sauver le Butanding (requin-baleine), il suffit d’un Barangay (communauté). Découvrez comment Donsol, une ville de pêcheurs, s'est muée en un sanctuaire de requins-baleines grâce aux opportunités offertes par l'écotourisme.

Tous dans le même bain !

Le saviez-vous ?

Butanding est le nom philippin donné au requin-baleine.

Un Barangay (prononcé « Ba-rang-gaï ») est une communauté composée de 50 à 100 familles, constituant l’unité administrative de base aux Philippines.

À Donsol, les interactions avec les requins-baleines sont étroitement réglementées : nombre de bateaux autorisés limités, pour une durée de 3 heures au maximum. Mais malgré les nombreuses règles en place, l'atmosphère est accueillante et conviviale. Tout le monde est dans le même bain, la réussite du système fait la fierté de tous.

Alan, qui emmène chaque jour en bateau des touristes à la découverte de requins-baleines, confie que la population locale reconnaît que “les requins-baleines sont bons non seulement pour les BIO (Butanding Interaction Officer), mais aussi pour l’hôtellerie, les commerçants et les vendeurs du marché.” À Donsol, tous les bateaux et les hôtels, sauf un, appartiennent à des familles locales.

Il y a une vingtaine d’années, Alan était conducteur de vélo-taxi et pêcheur. La plupart des habitants étaient fermiers ou pêcheurs, dans une ville prise de torpeur, sans même une route pour y amener des visiteurs. Son travail en tant que BIO lui a permis d'envoyer ses deux filles à l’université, où l’une d’elles étudie pour devenir ingénieure chimiste. Sans les requins-baleines et le revenu régulier généré par un tourisme responsable et axé sur la nature, “peut-être que mes filles seraient à la maison, en train de vendre mon poisson”, dit-il.

Donsol, un sanctuaire pour le requin-baleine

La vie a changé à Donsol en 1998 avec l’arrivée d’un groupe de plongeurs, venus vérifier si les rumeurs d’observations fréquentes de requins-baleines étaient fondées. Leur plongée récréative s'est transformée en mission de sauvetage quand ils ont libéré un requin-baleine qui s’était échoué dans une ferme piscicole.

L’incident, signalé au bureau du WWF Philippines, a amorcé un partenariat de près de 20 ans avec le gouvernement. De la simple compréhension du potentiel touristique lié à la protection des requins-baleines, cette collaboration a évolué vers la mise en place de systèmes fournissant des services touristiques, jusqu’aux actuelles activités de recherche qui alimentent les projets de conservation et leur gestion.

Cette même année, Donsol s’est autoproclamé premier sanctuaire municipal du pays pour le Butanding, et la pêche et la vente de requin-baleine ont été prohibées sur l’ensemble du territoire philippin.

Une espèce menacée et mal connue

En 2016, les chercheurs du WWF avaient identifié 469 requins-baleines dans la baie de Donsol.

Malgré des observations et interactions régulières avec le Butanding sur des sites tels que Donsol, la biologie du plus grand poisson au monde est mal connue.

Selon certaines estimations, la longévité des requins-baleines pourrait atteindre 100 ans, et leur reproduction ne débuterait pas avant l’âge de 25 ans — une maturité tardive qui les rend particulièrement vulnérables. L’espèce est catégorisée "en danger” face à des menaces telles que la réduction de son habitat, la pollution marine, les collisions avec des navires, le commerce de sa chair, de ses ailerons et de l’huile issue de son foie, ou encore le tourisme non responsable.

De plus, malgré les recherches menées sur la biologie, l'habitat et les voies migratoires des requins-baleines, aucun site de reproduction n'a pu être identifié de façon concluante. En conséquence, depuis la découverte dans la baie de Donsol du plus petit juvénile connu à ce jour, la zone revêt plus que jamais une importance potentiellement décisive pour l’espèce.

La science au secours des requins-baleines

Une dentition impressionnante mais inoffensive

Bien que dotés de plus de 300 dents sur chaque mâchoire, les requins-baleines se nourrissent par filtration, ne laissant pénétrer dans leur vaste gueule que des microorganismes comme le plancton.

Chaque mois, Ronnel Dioneda, directeur de recherche à la Bicol University, Andrea Pimentel, assistante de recherche pour l’évaluation de la qualité des eaux et du plancton au WWF Philippines, et Raul Burce, chef de projet au WWF, prélèvent des échantillons d’eau.

L'analyse de ces échantillons permet d'établir la présence de zooplanctons, de phytoplanctons et d’autres représentants de microalgues. Ces minuscules organismes conditionnent largement la présence du plus grand des poissons dans ces eaux.

Les chercheurs procèdent aussi à des analyses chimiques et envoient des prélèvements à un laboratoire basé à Manille. Il mesure la quantité de nutriments présents dans l’eau et le besoin biologique en oxygène. L’équipe établit alors une corrélation entre ses résultats et l’apparition des requins-baleines.

Ces tests peuvent détecter la signature de toute activité ou perturbation en amont susceptibles d’affecter l’équilibre des nutriments dans l’eau : pêche par empoisonnement, érosion des berges accroissant le niveau de sédiments, déversements d’origine agricole ou autre, y compris des rejets de phosphates issus de la fertilisation des rizières et du lavage de linge.

Andrea et Ronnel échantillonnent le plancton et la pénétration de la lumière dans le cadre du projet de gestion intégrée de conservation des requins-baleines de Donsol aux Philippines

L'éducation des plus jeunes, premier maillon de la protection du Butanding

Kim Marcelo, membre de l’équipe d’Éducation à l’Environnement du WWF, et Ruel Bate, son supérieur, sont éducateurs à l’environnement. Ils ont pour mission d'intervenir dans les 47 écoles primaires de la région de Donsol. Ils instillent une généreuse atmosphère de rassemblement, stimulent les élèves les plus timides, chantent sur des airs entraînants.

Après une leçon sur les dugongs (cousins du lamantin de l’hémisphère occidental), les enfants relient des points sur une page de leur livre distribué par le WWF et découvrent l’herbier de Posidonie. Les élèves réalisent alors de quoi se nourrissent les dugongs, et font le rapprochement avec un écosystème marin qu’ils pourront contribuer à protéger. Lorsqu’ils abordent certaines menaces telles que les déchets, c’est par le chant qu’ils acquièrent le réflexe “réduire, réutiliser, recycler”.

La diversité des personnes impliquées localement dans la conservation s’avère tout aussi importante que la diversité des organismes présents dans l’eau.

Intervention de Kim Marcelo à l’école centrale de l’Est de Donsol

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