Agriculteur au milieu des ses laitues biologiques

Agriculture en France : pour un modèle plus soutenable

Le secteur agricole français fait face à des enjeux majeurs, aussi bien sur les plans environnementaux (avec la pollution des eaux, l’érosion des sols et la perte de biodiversité), qu’économiques (le secteur est en crise depuis quelques années), sociaux (les agriculteurs ne parviennent pas tous à vivre décemment du produit de leur labeur) et sanitaires (les agriculteurs sont les premières victimes de l’utilisation des pesticides). Pourtant, des systèmes agricoles alternatifs existent.

Impacts du système de production agricole actuel

La production agricole en France contribue à la dégradation de l’environnement. Elle altère la qualité de l’air en générant 20% des émissions nationales de gaz à effet de serre, du fait de l’utilisation d’engrais, de serres chauffées, d’une forte mécanisation, etc. 93% des points de contrôle des cours d’eau français sont contaminés par des pesticides, tout comme 70% des eaux souterraines. Le taux de matière organique du sol français ne cesse de diminuer ces dernières années et la biodiversité s’étiole, les populations d’espèces liées aux paysages agricoles (pollinisateurs, oiseaux, petits mammifères, etc.) diminuent constamment.

Il est urgent de changer le système agricole français au profit d’un modèle plus soutenable permettant de nourrir la population, de faire vivre les producteurs dignement, de réduire notre dépendance aux énergies fossiles et d’améliorer la salubrité des sols et de la qualité de l’eau.

Émissions des gaz à effet de serre par secteur en France

Transports (aérien et maritime : domestique uniquement)27%
Bâtiments19%
Agriculture et sylviculture18%
Autres36%

Citepa, juin 2015
 

Vers une utilisation optimale des ressources renouvelables

Les exigences financières croissantes limitent la possibilité d’installation de jeunes agriculteurs, en particulier lorsqu’ils ne sont pas issus du monde agricole.

Le modèle agricole dominant peut être qualifié de « productiviste » ou « d’industriel » car il a massivement recours à des intrants d’origine fossile, comme les engrais de synthèse, les pesticides issus de la chimie, le machinisme de plus en plus poussé, l’irrigation, etc. Cela occasionne un gaspillage des ressources non renouvelables, qui se retrouvent alors dans les cours d’eau puis les océans (cas des nitrates et des pesticides). Afin de maximiser les rendements agricoles, les agriculteurs sont poussés à toujours plus d’investissements pour adapter le sol aux productions attendues, pour faire en sorte que ce sol, qui perd progressivement son activité biologique et sa fertilité, puisse malgré tout leur permettre d’obtenir un revenu décent.

A contrario, d’autres modèles se développent, qui visent à maximiser l’utilisation des ressources renouvelables des territoires, sans compromettre leur capacité à se régénérer. C’est par exemple le cas de l’agriculture autonome et économe, et dans une large mesure de l’agriculture biologique. Le WWF souhaite promouvoir les modes de production agro-écologiques, autonomes et économes, en partenariat avec les organisations agricoles travaillant directement auprès des agriculteurs et éleveurs et amener ces modèles à se développer à travers la stimulation de la demande des industries agro-alimentaires.

Renforcer le « lien au sol »

Le WWF souhaite promouvoir ce renforcement du lien au sol en travaillant avec les entreprises dont il est partenaire et qui ont des filières d’approvisionnement sur des territoires bien définis, ainsi qu’avec les organisations agricoles travaillant sur ces territoires.

Le préalable à la mise en place d’une production agricole durable est le respect du « lien au sol », c’est-à-dire l’adaptation des productions agricoles à son territoire. Il s’agit par exemple d’un élevage qui produit l’alimentation de ses animaux majoritairement sur sa ferme ou à proximité et qui valorise les déjections produites par les animaux via la fertilisation des sols. À cela s’opposent des élevages pour lesquels l’alimentation animale est achetée à l’extérieur, et parfois de très loin - comme le soja d’Amérique latine - et qui ne disposent pas suffisamment de surfaces pour bien valoriser les déjections animales produites. Il en résulte donc des impacts externalisés hors de la ferme et des territoires de production, avec le cas de la déforestation au Brésil, ou le problème des algues vertes en Bretagne.

Un point essentiel de la durabilité à l’échelle territoriale repose sur la complémentarité des productions animales et végétales. Actuellement, l’hyperspécialisation des régions agricoles (où les porcs et poulets sont produits en Bretagne, le lait en Normandie, le blé et le colza en Beauce ou encore le maïs dans le Sud-Ouest) participe à déséquilibrer les écosystèmes agricoles. L’agriculture biologique et les systèmes économes et autonomes, qui nécessitent cette complémentarité entre élevage et grandes cultures, permettent de rééquilibrer les productions sur les territoires.

Vers des systèmes de production locaux, durables et territorialisés

L’agriculture biologique présente de nombreux avantages : avoir des exigences définies au niveau européen (chaque État-Membre de l’UE doit donc l’appliquer), être basée sur un cahier des charges robuste et faisant l’objet de contrôles annuels, favoriser le « lien au sol », interdire l’utilisation d’intrants de synthèse (engrais et pesticides) tout comme les OGM.

Agriculture locale ne signifie pas systématiquement agriculture durable. Un poulet acheté à côté de chez soi a été élevé à proximité de son lieu de consommation, mais il a peut-être été nourri à base de soja importé d’Amérique latine. Il est donc indispensable de promouvoir une agriculture à la fois locale et durable. La durabilité, qui peut passer par une certification en agriculture biologique, ne s’y limite pourtant pas. Il s’agit de soutenir des pratiques favorables à l’environnement, telles que les pratiques issues de l’agro-écologie, celles participant à préserver les sols (l’agriculture de conservation des sols), les cours d’eau, la biodiversité et de limiter la dépendance aux ressources fossiles. Différentes certifications promeuvent une ou plusieurs des pratiques citées précédemment : Bio-cohérence, Nature et Progrès, Haute Valeur Environnementale, Agriculture raisonnée, Label Rouge, etc.

Le développement de systèmes alimentaires territorialisés, où l’ensemble des activités de production, transformation, distribution et consommation ont lieu sur un territoire donné, constituent un bon moyen pour les citoyens-consommateurs de se réapproprier la production agricole et d’allier des enjeux d’emploi local, d’aménagement des territoires et d’accès à l’alimentation pour tous, tout en favorisant les modes de production plus respectueux de l’environnement.

Le WWF souhaite donc valoriser ces systèmes de production locaux, durables et territorialisés en agissant sur la consommation en aidant les consommateurs à faire les meilleurs choix en matière de certification et en incitant les acteurs de la restauration collective et commerciale à s’engager à s’approvisionner en produits locaux et durables.

Réduire drastiquement l’usage des pesticides

Même si les teneurs en résidus de pesticides sur les produits de grande consommation restent la plupart du temps en dessous des limites légales, il en résulte une pollution diffuse importante et une exposition chronique à de nombreuses molécules. Les procédures d’homologation des substances actives étant menées isolément les unes des autres, les données scientifiques sur les possibles effets de ces « cocktails » de molécules sont rares. Les premières victimes des pesticides sont leurs utilisateurs directs : les agriculteurs. Les cas de malformations et de cancers se multiplient dans le monde agricole.
Les pesticides causent des ravages sur l’environnement, avec notamment la présence de résidus de pesticides dans la majorité des cours d’eau français. Ils entraînent également la destruction de la vie microbienne des sols et la disparition des insectes pollinisateurs.

Pourtant les producteurs en agriculture biologique et les fermes appartenant au réseau DEPHY Ecophyto montrent qu’il est possible de réduire l’usage des pesticides tout en étant performant au niveau économique, environnemental et social. C’est pourquoi le WWF souhaite valoriser cette initiative ainsi que la production certifiée en agriculture biologique en amenant les entreprises agroalimentaires et les distributeurs à s’engager à augmenter la part de leurs approvisionnements en produits bénéficiant de cette certification.

Vers une autre politique agricole

Le développement systématique de l’agriculture biologique ne semble pas réalisable pour toutes les productions agricoles, notamment du fait d’un signal prix qui peut parfois jouer en la défaveur d’une production plus responsable (cela peut être le cas pour les cultures destinées aux industries agro-alimentaires ou les grandes cultures), ou du fait de la non volonté de certains producteurs aux pratiques vertueuses de s’engager dans cette démarche en raison de son coût et des contraintes administratives.

Le WWF, via des actions de plaidoyer, s'engage depuis de nombreuses années à convaincre les pouvoirs publics d’encourager le développement de systèmes de production plus durables permettant de préserver la qualité de vie et la santé de nos agriculteurs, et des consommateurs, tout en protégeant les écosystèmes, aussi bien au niveau national qu’européen, à travers la Politique Agricole Commune (PAC).

Changeons d'agriculture : réforme de la PAC

Le constat est sans appel : notre système agricole est à bout de souffle. Il a perdu sa fonction première : nourrir l’humanité. Industrialisée depuis les années 60, l’agriculture affecte aujourd’hui gravement la nature et la biodiversité, le climat, notre santé et l’emploi dans nos campagnes.

États Généraux de l’Alimentation 2017

Les États Généraux de l’Alimentation rassemblent, pour la première fois, tous les acteurs concernés pour débattre de notre modèle agricole et alimentaire, et sont une occasion unique pour repenser ce modèle et accélérer la transition vers des modes de production respectueux des hommes et de la nature.

Ensemble, agissons

Pour mieux répondre à l'urgence écologique, le WWF France milite pour la transition vers des systèmes alimentaires durables.
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