Vue aérienne en Guyane d'un site d'orpaillage illégal

Orpaillage illégal

Forêts dévastées, rivières détruites, populations menacées et contaminées, l'orpaillage illégal est le principal fléau social, sanitaire et environnemental menaçant la Guyane.

Si l’on retrouve des gisements aurifères sur presque tous les continents, l’Amérique du Sud figure parmi les plus gros bassins d’extractions d’or, avec 20% de la production mondiale environ, principalement concentrée dans les Andes (Pérou, Équateur, Bolivie), dans le Sud-est du bassin amazonien (Minas Gerais et Nord Brésil) ainsi que sur le Plateau des Guyanes, réputé pour son « mythe de l’Eldorado ». En Amazonie, l’extraction à petite échelle, informelle ou illégale, est majoritaire. Invariablement, le mercure est massivement utilisé pour séparer l’or du minerai : ainsi, les orpailleurs utilisent en moyenne 1,3 kg de mercure pour récupérer 1 kg d’or. Cela revient à dire qu’en offrant un bijou en or d’origine inconnue… vous offrez peut-être son poids en mercure à l’Amazonie et à ses habitants !

D’où vient l’or que l’on achète?

Malgré cela, il est aujourd’hui extrêmement difficile, hormis pour de rares exceptions, de connaître la provenance exacte de l’or que l’on achète. Quand à connaître les conditions de son extraction, c’est encore plus exceptionnel…

C’est ce que révèle une enquête du WWF « Sur les traces de l’or », réalisée en 2011 auprès des acteurs français de l’industrie de la bijouterie (fabricants, distributeurs, affineurs, etc.), qui avait pour objectif d’évaluer leur connaissance sur l’origine de l’or qu'ils achètent et de dresser un état des lieux de la traçabilité de l’approvisionnement aurifère. Fabricants, distributeurs et affineurs ont tous un point commun : ils achètent l’or sans réellement pouvoir connaître son origine…mais ils se disent également prêts à agir !
Ces éléments montrent à quel point la traçabilité de l’or est nécessaire car les ravages de l’exploitation aurifère illégale sont très nombreux.

La vie des chercheurs d'or

L’orpaillage en Guyane, contexte et enjeux

La Guyane possède une tradition aurifère reconnue. C’est au milieu du 19ème siècle que les premiers gisements y ont été découverts, initiant un premier essor de l’orpaillage qui a drainé une partie significative de la main d’œuvre locale et attiré des populations antillaises. De nombreuses localités actuelles (Saül, Mana, Régina, etc.) sont fortement, voire entièrement, liées à ces « grandes époques » de l’exploitation aurifère.

Depuis les années 1990, suite à des hausses importantes du cours de l’or qui permettent l’exploitation rentable de gisements plus pauvres ou déjà écrémés, la Guyane subit de plein fouet une nouvelle ruée vers l’or. Cette ruée est caractérisée par la très forte proportion d’exploitation illégale : les estimations d’exfiltration annuelle pour l’orpaillage illégal vont de 10 à 12 tonnes, tandis que la production annuelle déclarée oscille entre 1 et 2 tonnes !

L’activité des exploitants déclarés est encadrée par la législation française, parmi les plus exigeantes à l’échelle de l’Amérique du Sud. Les impacts de l’activité minière restent importants mais certaines dispositions visent à limiter ces impacts : interdiction de l’usage du mercure depuis 2006 ; gestion de l’eau en circuit fermé ; obligation de revégétalisation, obligation, pour chaque négociant, de renseigner un livre de police, etc.

En revanche, l’activité des orpailleurs illégaux est soumise à la seule loi du profit à court terme et provoque des dégâts colossaux sur l’environnement et la société.

Chercheur d'or dans la forêt amazonienne

​​​​Les conséquences désastreuses de l'orpaillage illégal

Des rivières et des forêts condamnées par l’activité aurifère illégale : Le massif forestier du Plateau des Guyanes constitue le plus grand massif forestier tropical continu encore relativement intact mais en l’espace de 20 ans, l’orpaillage incontrôlé y est devenu le premier facteur de dégradation environnementale. Depuis 2001, 157 000 ha de forêt ont été détruits par l'extraction de l'or, et 72% de cette dégradation est apparue depuis 2008. Le Suriname et le Guyana concentrent l'essentiel de cette déforestation.

L’or illégal nuit gravement à la santé humaine : Le mercure utilisé pour amalgamer l’or est un polluant dangereux qui s’accumule dans les milieux naturels. Lorsqu’il intègre les milieux aquatiques, des bactéries le transforment en méthylmercure, composé facilement assimilable par les êtres vivants et neurotoxique puissant. La contamination mercurielle, à la fois d’origine naturelle et liée aux pratiques aurifères illégales, peut ainsi se concentrer le long des chaînes alimentaires aquatiques, atteignant des concentrations particulièrement importantes dans la chair des poissons carnivores. Il en découle une contamination des populations locales dont c'est la nourriture quotidienne. Fin 2013, une étude montrait chez les populations locales du Haut-Maroni des concentrations en mercure quatre fois plus élevées que chez les populations du littoral.

Les répercussions sociales du conflit de l’or : L’exploitation aurifère clandestine concourt à la structuration de véritables filières d’immigration sauvages et au développement de réseaux de prostitution, de trafics (armes et drogues) et de délinquance. Les échanges de tirs et les assassinats de militaires ces dernières années viennent cruellement rappeler que dans certains secteurs, l’insécurité est réelle et le climat est tendu. 

L’or illégal grève les perspectives de croissance économique et de développement durable du territoire : Cette combinaison d’effets néfastes grève le développement économique du territoire, qui voit ses principaux secteurs d’activités impactés : l’écotourisme subit la destruction de paysages remarquables, la filière forestière pâtit de la perte de capital sur pied, la filière minière déclarée assiste au pillage de la ressource aurifère, sans compter le coût de la répression pour l’Etat français qui, malgré les moyens humains et financiers investis, ne parvient pas à éradiquer le phénomène.