Tortue verte (Chelonia mydas) sur l'archipel des Chesterfield

SAT-NC : Étudier les migrations des tortues marines de Nouvelle-Calédonie pour mieux les protéger

Les archipels de Nouvelle-Calédonie abritent plusieurs sites majeurs de ponte pour deux des sept espèces de tortues marines : la tortue verte et la tortue grosse tête. Respectivement considérées par l’UICN comme En Danger (à l’échelle mondiale) et En Danger Critique (dans le Pacifique Sud), la conservation des populations venant pondre dans cette zone revêt une importance critique pour la sauvegarde de ces espèces fortement ancrées dans les cultures insulaires d’Océanie.

Des îles prisées pour la ponte des tortues

Pour assurer la sauvegarde des tortues marines il faut à la fois protéger les sites de ponte, les routes de migration et les zone d’alimentation, ce qui est un vrai challenge. Grâce aux balises satellitaires, nous obtenons une image complète des habitats à préserver.

Située dans la Mer de Corail, à l’est de l’Australie, la Nouvelle-Calédonie offre un cadre idéal pour la reproduction des tortues marines, où elles se rendent durant l’été austral, souvent après un long voyage dans les mers tropicales. Dans ces eaux chaudes, les mâles et les femelles s’accouplent avant que ces dernières, fécondées, partent sur les plages pour pondre leurs œufs, et ce, à plusieurs reprises durant la saison.

Mais où se rendent ces tortues lorsqu’elles quittent les plages calédoniennes? Leur route de migration et leurs zones d’alimentation les préservent-t-elles des principales menaces ? C’est pour répondre à ces questions que le bureau WWF de Nouvelle-Calédonie a initié un ambitieux programme de suivi par balisage Argos, afin d’étudier leurs déplacements.

Débuté en janvier 2017, le projet s’est d’abord concentré sur l’archipel des Chesterfield, où de nombreuses femelles de tortues vertes viennent pondre chaque nuit sur les îlots de cette zone isolée. En 2018, grâce au soutien de la Fondation Descroix-Vernier, le programme a pu être redimensionné à l’ensemble des six sites majeurs de ponte identifiés en Nouvelle-Calédonie. Pour le mener à bien, le WWF a noué des partenariats avec différents organismes calédoniens et français impliqués dans la conservation des tortues marines.

Un comportement à risque

les effectifs de tortues vertes ont chuté de 50% en 20 ans.

Comprendre le comportement des tortues marines et leurs déplacements n’est pas une mince affaire. En effet, ces dernières présentent un cycle de vie plutôt complexe. Au travers de multiples études, il a ainsi été montré que les tortues ont tendance à revenir se reproduire sur les plages où elles sont nées. Autrement, elles passent une majeure partie de leur vie près des zones de nourrissage généralement très éloignées des sites de pontes.

En ce qui concerne les tortues marines qui pondent en Nouvelle-Calédonie, les connaissances restent incomplètes quant aux lieux où elles se nourrissent et aux routes migratoires qu’elles empruntent. Pourtant ces informations sont primordiales pour préserver les populations aujourd’hui en danger. En effet, il est crucial d’assurer la protection des tortues marines sur l’ensemble de leurs habitats. La protection des seuls sites de ponte ne peut suffire à assurer leur sauvegarde.

Dans certains territoires du Sud-Ouest du Pacifique, elles sont encore activement chassées pour leur viande. De plus, certains pays autorisent toujours des techniques de pêche au large entraînant la capture accidentelle de nombreuses tortues en migration. Il est donc nécessaire de connaître les routes migratoires et les sites de nourrissage afin d’inciter les autres pays de la région à prendre des mesures de conservation vis-à-vis de ces espèces menacées.

Tortue verte sur la plage

L’action du WWF

80 balises seront déployées pour le suivi des tortues jusqu'en 2021.

Lors de la mission menée en janvier 2017 au plateau des Chesterfield par le bureau du WWF en Nouvelle-Calédonie, onze tortues ont été équipées de balises satellitaires Argos, fixées de manière indolore, afin de pouvoir les géolocaliser en temps réel et d’étudier leurs déplacements. Depuis, 20 balises supplémentaires ont été déployées, notamment sur les sites d’Entrecasteaux, du Grand Lagon Sud et de la Roche Percée.

Cette étude nous fournira d’importants éléments à partager avec les pays voisins dans le but de sauvegarder efficacement ces espèces emblématiques de nos océans. Âgées de 25 à 50 ans, les tortues balisées comme Antoinette, Augustine et Lucienne doivent permettre de sauver bon nombre de leurs congénères.

Le projet SAT-NC prévoit le déploiement de 80 balises satellitaires au total, jusqu’en février 2021. Celles-ci sont déployées avec le soutien de nos partenaires (Gouvernement de Nouvelle-Calédonie, les provinces, l’Aquarium de Lagons et l’association Bwärä Tortues Marines).

Les données récoltées permettront d’identifier les principales tendances en termes de sites d’alimentation et de routes migratoires. Mais également de mieux comprendre le déplacement des tortues en croisant leurs déplacements avec des paramètres environnementaux (courants, températures, etc…) et d’estimer les risques de rencontre fatale avec des engins de pêche.

Les résultats obtenus permettront de créer du lien entre les différents gestionnaires responsables de mêmes populations de tortues afin qu’ils travaillent ensemble à des mesures de protections cohérentes s’échelonnant des sites de ponte aux sites d’alimentation. Ils permettront aussi de formuler des recommandations concrètes en termes d’aires marines protégées et d’évolution des pratiques et réglementations.

Balise Argos sur la carapace d'une tortue verte aux Chesterfield

Balise Argos sur la carapace d'une tortue verte aux Chesterfield

Les premiers résultats

Une grande voyageuse

La distance maximum parcourue parmi les tortues balisées est d'environ 2 000km. Cette tortue s’est rendue à Fidji

Les tortues balisées équipées d’émetteurs Argos sont restées plus ou moins longtemps sur leur site de ponte avant d’entamer leur migration, parfois plus de deux mois.

Les résultats préliminaires suggèrent que la migration des tortues balisées en Nouvelle-Calédonie se joue majoritairement dans la Mer de Corail, et notamment qu’il existe une connexion particulièrement importante avec la Grande Barrière australienne. Pour autant, ce n’est pas la seule destination enregistrée. Certaines tortues se sont rendues en Papouasie Nouvelle-Guinée et une a même été jusqu’à Fidji (une migration de plus de 2 000 km !). Il est également intéressant de relever que plusieurs tortues sont restées dans les eaux calédoniennes. Ces dernières ont bien quitté leur site de ponte et effectué une migration mais elles n’ont pas dépassé les frontières calédoniennes.

Ces premiers résultats sont fascinants mais doivent être maintenant complétés en déployant de nouvelles balises au cours des prochaines saisons. Cet effort permettra d’offrir un panorama complet pour les différentes espèces et sites de ponte calédoniens.

Jeunes tortues luth (Dermochelys coriacea) se précipitant vers la mer (Guyane)

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