Tortue verte (Chelonia mydas) nageant au dessus du corail

Nouvelle-Calédonie : protéger les tortues marines

Les archipels de Nouvelle-Calédonie abritent plusieurs sites majeurs pour la tortue verte et la tortue « grosse tête », toutes deux menacées. Pour mettre ces espèces emblématiques à l’abri, identifier et protéger leurs sites de ponte est primordial.

Des îles prisées par les tortues

En 40 ans, les effectifs des tortues grosse tête ont chuté de 80% dans le Pacifique Sud.

Située dans la Mer de Corail, à l’est de l’Australie, la Nouvelle-Calédonie offre un cadre idéal pour la reproduction des tortues marines, où elles se rendent durant l’été austral, souvent après un long voyage dans les mers tropicales. Dans ces eaux chaudes, les mâles et les femelles s’accouplent avant que ces dernières, fécondées, partent sur les plages pour pondre leurs œufs, et ce, à plusieurs reprises durant la saison. Mais aujourd’hui on estime que sur mille bébés de tortue marine un seul atteindra l’âge de se reproduire.

Les tortues vertes et les tortues « grosse tête » sont deux espèces de tortues marines particulièrement menacées. Bien qu’elles soient protégées en Nouvelle-Calédonie, il n’en est pas forcément de même sur les autres territoires qu’elles peuvent être amenées à côtoyer au cours de leur existence. Dans certains territoires du Sud-Ouest du Pacifique, les doyennes de l’océan sont encore activement chassées pour leur viande. De plus, certains pays autorisent toujours des techniques de pêche au large entraînant la capture accidentelle de nombreuses tortues en migration. Il est donc nécessaire de connaître les sites de ponte, les routes migratoires et les sites de nourrissage afin d’inciter les autres pays de la région à prendre des mesures de conservation vis-à-vis de ces espèces menacées.
 

Vue aérienne d'un site de ponte de tortues marine en Nouvelle Calédonie
Tortue caouanne (Caretta caretta) retourne à la mer après avoir pondu, Parc de la zone humide d'iSimangaliso, Afrique du Sud
Plusieurs petites tortues marine, Kenya

La Nouvelle-Calédonie représente des sites de ponte idéaux pour les tortues marines.

Mieux connaître pour mieux protéger

« Connaître les routes migratoires des tortues marines nous permet d'inciter les pays responsables des zones qu'elles traversent à mieux les protéger. »

Pour assurer la sauvegarde des tortues marines il faut à la fois protéger les sites de ponte, les routes de migration et les zones d’alimentation, ce qui est un vrai challenge. Grâce aux balises satellites, nous obtenons une image complète des habitats à préserver.

Depuis 2017, 65 balises Argos ont été déployées sur le plateau des Chesterfield tout d’abord, puis sur les sites d’Entrecasteaux, du Grand Lagon Sud et de la Roche Percée. Nos équipes les ont fixées de manière indolore sur les carapaces des tortues afin de pouvoir suivre leurs mouvements en temps réels. L’objectif ? Récolter des données précieuses sur les comportements de l’animal et ainsi mieux orienter nos stratégies de conservation à destination de l’espèce. D’ici 2021, 80 balises seront posées. 

En parallèle, nous apportons une contribution humaine, technique et financière à un projet d’étude et de suivi des sites de ponte des tortues marines dans le Grand Lagon Sud, initié au cours de la saison de reproduction 2016-2017. Nous avons dores et déjà procédé à l’inventaire et à la caractérisation des sites pontes et avons conduit une étude pilote qui nous permettra de nous donner une idée du meilleur protocole à adopter à l’échelle du lagon. Les données collectées serviront à établir un état de lieux des sites de pontes et à conseiller les gestionnaires des îlots quant aux mesures de conservation et de gestion à adopter.

Par ailleurs, nous participons à la mise en place d’un vaste plan de communication afin de sensibiliser le grand public à la protection des tortues et de leurs nids et de participer à la nécessaire évolution des mentalités et usages.

Issu d’un travail collectif, le déploiement des balises pour suivre les migrations des tortues est possible grâce à de nombreux acteurs : le gouvernement de Nouvelle-Calédonie et ses provinces, l’Aquarium de Lagons, l’association Bwärä Tortues Marines et la Fondation Descroix-Vernier.
 

Premiers résultats

On constate avec les premières balises que les tortues se déplacent entre la Nouvelle-Calédonie et la Grande Barrière de corail en Australie.

Grâce aux balises Argos, nous en avons appris beaucoup sur le comportement des tortues. Ce suivi satellite a notamment révélé les principales routes migratoires ainsi que les zones d’alimentation, dites de nourrissage. Des données précieuses pour orienter les décisions relatives à la création de futures Aires Marines protégées

Les résultats préliminaires suggèrent que la migration des tortues balisées en Nouvelle-Calédonie se joue majoritairement dans la Mer de Corail, et notamment qu’il existe une connexion particulièrement importante avec la Grande Barrière australienne. Des analyses sont en cours pour déterminer les principaux facteurs environnementaux influençant la migration et identifier les zones les plus exposées aux prises accidentelles (espèces non ciblées pêchées accidentellement).

Balise Argos sur la carapace d'une tortue verte aux Chesterfield
Relevé des empreintes des tortues marines sur la plage du Grand Lagon Sud

Afin de bien comprendre les comportements des tortues marines, nous équipons certaines tortues de balises et relevons leurs empreintes sur leurs sites de pontes.

Un site majeur de ponte de tortues caouannes a également été découvert au cœur des îlots du Grand Lagon Sud de Nouvelle-Calédonie. Nous nous efforçons à présent de mieux comprendre les habitudes et comportements des tortues afin d’identifier les espaces de conservation prioritaires dans la zone.

À termes, toutes les données recueillies grâce à ce suivi satellite permettront de créer du lien entre les différents gestionnaires responsables des mêmes populations de tortues afin qu’ils travaillent ensemble à des mesures de protections cohérentes, s’échelonnant des sites de ponte aux sites d’alimentation. Ils permettront aussi de formuler des recommandations concrètes en termes d’aires marines protégées et d’évolution des pratiques et réglementations.

Jeunes tortues luth (Dermochelys coriacea) se précipitant vers la mer (Guyane)

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