Projet de loi d’urgence agricole : les Français demandent davantage de protection de l’eau quand le gouvernement organise de nouveaux reculs
Alors que l’Assemblée nationale débute cette semaine l’examen en séance publique du projet de loi d’urgence agricole, un sondage réalisé par le WWF France avec IPSOS révèle un profond décalage entre les attentes des Français en matière de protection de l’eau et plusieurs orientations portées par le texte gouvernemental.
60% des personnes sondées revendiquent l’interdiction des pesticides et nitrates dans les zones de captage les plus sensibles.
L’étude montre qu’une majorité de Français sous-estime encore l’ampleur des pollutions agricoles qui affectent les nappes souterraines et les rivières. Près de six Français sur dix minimisent également le nombre de citoyens ayant déjà consommé une eau du robinet non conforme aux normes relatives aux pesticides.
Pourtant, cette méconnaissance ne traduit pas une indifférence : plus d’un Français sur deux considère que les autorités sanitaires n’en font pas assez pour protéger l’eau potable. Les personnes interrogées soutiennent très largement le renforcement des contrôles sur les nouveaux résidus de pesticides et leurs métabolites, l’application plus stricte du principe « pollueur-payeur » (64 %) ainsi que l’interdiction des pesticides et nitrates dans les zones de captage les plus sensibles (60 %).
Or, bien en deçà de cette attente de protection renforcée, le projet de loi d’urgence agricole prévoit de restreindre les mesures de protection aux points de prélèvements dits « prioritaires », soit environ 2 400, laissant de côté les nombreux autres captages vulnérables, quand on sait qu’un tiers des 33 000 captages en France est aujourd’hui concerné par les pollutions.
Le maïs capte à lui seul près de 55 % de l’eau utilisée pour l’irrigation, dont la moitié sert à l’alimentation animale.
Le sondage montre également que les Français considèrent que l’accès à l’eau doit d’abord être garanti pour les usages domestiques et pour le bon fonctionnement des milieux naturels. L’irrigation agricole est jugée légitime lorsqu’elle concerne des cultures destinées à l’alimentation du marché national. À l’inverse, les cultures d’exportation apparaissent nettement moins prioritaires dans un contexte de raréfaction de la ressource liée au changement climatique.
Pourtant, le projet de loi entend faciliter les projets d’irrigation et de stockage d’eau agricole, y compris en permettant de contourner certaines décisions prises localement. Ces assouplissements sont proposés sans poser les garde-fous nécessaires sur les objectifs de transition agricole et alimentaire auxquels devraient répondre les productions irriguées. Or, comme l’a montré le WWF dans son étude sur l’empreinte de l'eau, une partie importante de l’eau consommée par l’agriculture française se concentre sur des cultures destinées à l’alimentation animale et à l’exportation, et ne sert pas à nourrir directement les Français. Par exemple, le maïs capte à lui seul près de 55% des volumes d’eau consommés par l’irrigation, et le WWF estime que 50% de l’eau utilisée pour le maïs est dédiée à l’alimentation animale.
« Les Français sont conscients que l’eau est un bien aussi précieux que fragile : essentielle à l’agriculture, elle l’est d’autant plus à la nature car c’est la nature qui est le socle d’une agriculture résiliente. Dans ces conditions, le WWF France appelle les parlementaires à renforcer le projet de loi pour mieux préserver l’eau potable et garantir une gestion durable de la ressource »
Alors que le renforcement de la protection de la ressource en eau fait consensus dans l’opinion, le texte examiné à l’Assemblée nationale s’inscrit dans une logique inverse : multiplication des dérogations, simplification des procédures et affaiblissement de certains garde-fous environnementaux.
Dans un contexte d’aggravation des sécheresses et de tensions croissantes sur la ressource, le WWF France appelle les députés à réorienter le projet de loi afin qu’il réponde réellement aux attentes exprimées par les citoyens et aux impératifs d’adaptation au changement climatique.
Pour Jean Burkard, directeur du plaidoyer au WWF France « Les Français sont conscients que l’eau est un bien aussi précieux que fragile : essentielle à l’agriculture, elle l’est d’autant plus à la nature car c’est la nature qui est le socle d’une agriculture résiliente. Dans ces conditions, le WWF France appelle les parlementaires à renforcer le projet de loi pour mieux préserver l’eau potable et garantir une gestion durable de la ressource »
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