Le voile se lève sur les zones humides
La plus vaste cartographie jamais réalisée des zones humides ouvre la voie à une meilleure protection. Un outil essentiel pour guider les actions de conservation du WWF, partout dans le monde !
Pour approfondir le sujet :
Effet PandaDes espaces méprisés
En l’espace d’un siècle, la moitié des zones humides de la planète ont été dégradées par l’activité humaine.
Longtemps perçues comme des espaces inutiles, les zones humides ont payé le prix de notre ignorance. Drainées, asséchées, polluées, converties en terres agricoles ou en zones industrielles, elles disparaissent peu à peu sous nos yeux. Trop souvent sacrifiées au nom du développement, elles restent parmi les écosystèmes les plus mal compris… et les plus maltraités. Pourtant, leur importance est capitale. Véritables « reins de la nature », elles filtrent, régulent, purifient, jouant un rôle essentiel dans le cycle de l’eau. On les qualifie aussi de « réservoirs biologiques », tant la biodiversité qu’elles abritent est foisonnante : plantes, insectes, crustacés, mollusques, amphibiens, reptiles, poissons, oiseaux, mammifères s’y alimentent et s’y reproduisent en nombre. Riches en espèces et en ressources, elles nourrissent des millions d’humains grâce à la pêche, l’agriculture ou la chasse, jouant ainsi un rôle de premier plan dans la sécurité alimentaire mondiale. Il est urgent de changer de regard, de reconnaître, enfin, leur valeur. Et de leur rendre, en les protégeant, un peu de ce qu’elles nous donnent...
Réhabiliter les zones humides
Redonner leur juste place à ces milieux qu’on a trop souvent voulu effacer car non, les zones humides ne sont pas juste de la place perdue !
Depuis plus de cinquante ans, nous œuvrons pour la protection des zones humides. Dès 1971, l’organisation a joué un rôle clé dans la signature de la Convention de Ramsar, premier traité international dédié à la conservation de ces précieux écosystèmes et à leur gestion durable. Ce texte reconnaît leur importance écologique, économique, culturelle et scientifique. Sous l’impulsion de Luc Hoffmann, cofondateur du WWF, nous avons contribué à la protection de sites majeurs : les marais du Coto Doñana en Espagne, le parc national de Prespa en Grèce, le Banc d’Arguin en Mauritanie, ainsi que la station biologique de la Tour du Valat en Camargue.
En France, nous poursuivons aujourd’hui cet engagement à travers des actions concrètes, telles que l’acquisition de terres sensibles pour les soustraire à l’urbanisation et à l’agriculture intensive et la restauration de milieux dégradés, en recréant des connexions hydrauliques et en favorisant des habitats pour la faune. En parallèle, nous apportons notre soutien aux pratiques agricoles respectueuses de la biodiversité, telles que l’élevage extensif ou les cultures économes en eau et nous sensibilisons le public mais aussi les décideurs à l’importance des zones humides pour les replacer au cœur des priorités environnementales.



Luc Hoffman, au parc national de Coto Doñana en Espagne / Campagnol terrestre (Arvicola amphibius / terrestris) / Un saumon atlantique mâle (Salmo salar).
Mieux connaître les zones humides pour mieux les protéger
Avec cette nouvelle base élargie, qui passe de 12 types de zones humides à 33 catégories distinctes, les décideurs disposent enfin de données plus précises pour orienter leurs stratégies de conservation.
Les zones humides couvrent moins de 10 % des terres émergées, mais elles sont indispensables à la vie : près de 40 % des espèces animales et végétales y vivent ou s’y reproduisent, selon les Nations Unies. Pourtant, leur diversité et leur étendue restent encore trop souvent méconnues. Une nouvelle étude, la plus précise jamais réalisée, vient combler cette lacune. Réalisée sous la direction de l’Université McGill avec l’appui du WWF et de plusieurs partenaires scientifiques, elle enrichit la Global Lakes and Wetlands Database en détaillant 33 types de zones humides dans le monde, là où auparavant seulement 12 catégories étaient recensées. Cette cartographie améliorée est un outil précieux pour orienter les efforts de protection et de gestion durable. Elle permet aux gouvernements et aux acteurs engagés dans la conservation d’affiner leurs stratégies, de mieux suivre les ressources en eau douce, et de concevoir des politiques plus ciblées pour préserver ces milieux fragiles.


Pélicans frisés (Pelecanus crispus), Grèce / Rivière Ribble, Yorkshire, Royaume-Uni.
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Elle s’inscrit ainsi pleinement dans les cadres internationaux, comme la Convention de Ramsar, qui reconnaissent depuis longtemps l’importance de ces écosystèmes pour la nature et les sociétés humaines. Au-delà des données, cette nouvelle cartographie constitue un instrument unique pour renforcer les efforts de protection des zones humides, au cœur des actions menées par le WWF depuis plus de cinquante ans. En identifiant avec précision la localisation, l’étendue et la diversité de ces milieux, elle permet de mieux cibler les interventions sur le terrain : restaurer des sites dégradés, accompagner des pratiques agricoles plus durables, ou encore orienter les choix d’aménagement dans les bassins versants les plus sensibles. Elle facilite également la coopération entre pays partageant une même ressource en eau, un enjeu central pour le WWF, qui œuvre à une gestion plus équitable et durable des fleuves, lacs et zones humides. Dans un contexte de crise climatique et d’érosion de la biodiversité, cette avancée offre une base solide pour appuyer les politiques publiques, anticiper les pressions à venir et bâtir des solutions au service de l’eau, du vivant… et des populations qui en dépendent.