Port d'Essaouira au Maroc

Pour une pêche durable en Méditerranée

Des milliers d’espèces peuplent les profondeurs et les littoraux de la Grande bleue. Malheureusement, bon nombre d’entre elles sont aujourd’hui menacées. Pour préserver les écosystèmes méditerranéens, nous aidons les pêcheurs à améliorer leurs pratiques.

Des pêcheries à l'avenir compromis

Près de 8 300 pêcheurs espagnols travaillent en Méditerranée. Ils sont 2 300 en la France.

Plus grande mer semi-fermée au monde, la Méditerranée est l’un des plus importants hotspots de biodiversité marine. En effet, des milliers d’espèces peuplent ses profondeurs et ses littoraux, ce qui contribue à expliquer la forte concentration de pêcheries autour du bassin méditerranéen. Malheureusement, de nos jours, bon nombre de ces espèces marines sont menacées : on estime que 93% des stocks de poissons sont surexploités par l’homme en Méditerranée.

Préoccupante pour l’écosystème méditerranéen, cette situation l’est également pour l’économie locale et pour la subsistance des populations méditerranéennes qui dépendent de la pêche pour vivre. Chaque jour, 250 000 pêcheurs à bord de 80 000 bateaux sillonnent la mer Méditerranée en quête de poisson. Ces flottes sont de taille généralement modeste, variées et multi-spécifiques. Parmi ces activités de pêcherie, plus de 80% sont artisanales. Ce taux est de 90% en France et de 65% en Espagne.

Les marins-pêcheurs méditerranéens capturent diverses espèces et les techniques de pêche varient également selon les navires. Ces spécificités concourent, au même titre que les difficultés d’accès aux ressources, aux données et aux rapports scientifiques, à un climat d’incertitude quant à la durabilité des pêcheries du bassin. En effet, mesurer cette durabilité nécessiterait des données approfondies sur l’état actuel des stocks de poissons et un enrichissement des connaissances sur la biodiversité marine ainsi que sur leurs systèmes de gestion. À terme, cela permettrait de reconstituer les stocks de poissons et d’assurer le futur des pêcheries dont dépendent des régions entières autour du bassin méditerranéen.  

Pêcheurs professionnels récoltant des coquillages dans le parc national Coto Doñana (Espagne)

Des pêcheurs récoltent des coquillages dans le Parc national Coto Doñana (Espagne)

Améliorer les pratiques des pêcheries

L'objectif : aider les pêcheries à améliorer leurs pratiques pour préserver les stocks de poisson en Méditerranée.

Pour pallier au manque de ressources et de connaissances des pêcheries françaises et espagnoles en Méditerranée, le WWF et le MSC ont conjointement mis en place le projet Medfish. Conçu pour évaluer la durabilité de ces pêcheries, le dispositif se divise en trois étapes.

Une centaine de pêcheries, réparties entre les deux pays, a d’abord été cartographiée. Sur ces cent pêcheries, quatorze ont été évaluées selon les critères du label MSC, dont sept de chaque pays. L’objectif était de cerner les points d’amélioration pour atteindre le niveau de durabilité exigé par le label MSC. Ces deux premières étapes ont été menées par deux organismes de certification indépendants. 

Ces études ont clairement démontré le déficit d’information sur les captures effectuées dans le cadre de la pêche de loisir, qui contribuent pourtant à la hausse de la mortalité de certaines espèces emblématiques et à forte valeur commerciale. Par ailleurs, il y trop peu d'informations sur l’état des stocks d’espèces cibles. Certains engins de pêche ne respectent pas les réglementations en vigueur et ne proposent pas d’alternatives pour réduire les captures de poissons de trop petite taille. On constate également un manque d’informations quantitatives sur les prises accessoires d'espèces non ciblées, pêchées de façon accidentelle et qui, la plupart du temps, sont rejetées mortes ou blessées, à la mer. De même, peu d’actions sont pour l’instant mises en œuvre en France pour réduire l’impact des pêcheries sur les prises accessoires, les espèces en danger, menacées ou protégées, ainsi que les habitats.
Enfin, la gestion des stocks et de l’environnement pose problème pour bon nombre de pêcheries. On note un manque criant d’objectifs relatifs à ces domaines. 

L'étape suivante, amorcée depuis 2017, consiste à développer avec les pêcheries concernées des plans d’action pour leur permettre d’améliorer ces points faibles. À terme, ce projet devrait profiter à de très nombreux acteurs du secteur. En effet, ces derniers pourront disposer d’une analyse approfondie de leurs pratiques et de leur environnement. Ils obtiendront des feuilles de route vers la durabilité ; les liens entre pêcheurs et acheteurs devraient être renforcés pour faciliter la mise en place des améliorations des pratiques.

Thon de l'Atlantique (Thunnus thynnus) pris par ligne dans les eaux espagnoles de Méditerranée
Banc de daurades (Sarpa salpa) en Méditerranée

Pour une gestion partagée de la petite pêche en aire marine protégée

L'objectif : développer en Méditerranée une pêche durable qui s'adapte aux cycles biologiques des espèces, prends en compte les savoirs empiriques des pêcheurs et leurs besoins pour exercer leur métier.

En partenariat avec le Parc naturel marin du golfe du Lion et le Parc national des Calanques, nous avons lancé en 2019, l'initiative PESCOMED. Ce projet de trois ans vis à développer un mode de gestion partagée de la petite pêche en aire marine protégée. La gestion partagée est un outil innovant et émergent en France. Son principe repose sur la collaboration des différents acteurs (pêcheurs, scientifiques, administrations et représentants de la société civile) pour les prises de décision. L’objectif est à la fois le maintien du bon état de la ressource halieutique et la pérennisation économique et sociale des activités de pêche professionnelle aux petits métiers.

Dans le cadre de ce projet, une vingtaine de personnes - des pêcheurs travaillant dans les périmètres du Parc naturel marin du golfe du Lion ou du Parc national des Calanques, des agents des deux parcs, du CRPMEM Occitanie et du WWF France - s'est rendue en Catalogne du Sud à la rencontre des acteurs de la gestion partagée des pêches.

Les résultats obtenus en Catalogne sont très positifs : les pêcheurs se sont réinvestis dans la gestion durable de la ressource et vendent leur pêche à des prix plus élevés. Ils partagent leurs déclarations de capture avec les scientifiques, ce qui permet de suivre plus précisément l’état de la ressource. Les mesures de gestion sont adaptées en fonction des cycles biologiques des espèces, ajustées en fonction des savoirs empiriques des pêcheurs et de leurs besoins pour exercer leur métier. 

L’objectif de cette visite était de découvrir le modèle de cogestion des pêches espagnol afin de développer un système de gestion comparable dans le Parc, en s’adaptant au contexte local et aux spécificités réglementaires françaises. 

Le projet PESCOMED s’efforce également de favoriser le développement économique du secteur de la pêche artisanale par le biais de la commercialisation et de la valorisation des produits de la mer, sans porter atteinte à l’équilibre des écosystèmes. L’offre doit s’ajuster à la demande et les prélèvements doivent être adaptés au renouvellement naturel des espèces.

Banc de poisson

Ensemble, agissons

Pour mieux répondre à l'urgence écologique, le WWF France œuvre à la préservation des écosystèmes marins.
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