Cachalot (Physeter macrocephalus) en Méditerranée

STOP COLLISION : protéger les grands cétacés dans le sanctuaire Pelagos

Né en 1999 d’un accord entre la France, l’Italie et la Principauté de Monaco, le sanctuaire Pelagos est un vaste espace maritime méditerranéen qui vise à protéger les mammifères marins qui le fréquentent. Malheureusement, ces derniers n’en demeurent pas moins menacés. En effet, le risque de collision entre les grands cétacés et les navires reste bien présent, en Méditerranée il y est même plus élevé qu’ailleurs.

Un espace unique pour les grands cétacés

Un risque élevé de collisions dans le sanctuaire

En été, dans le sanctuaire Pelagos, l’abondance de cétacés et l’intensité du trafic maritime de desserte des îles Corse et Sardaigne font que le risque de collision est 3,25 fois plus élevé qu'ailleurs en Méditerranée.

S’étendant sur près de 87 500 km² entre les eaux françaises, italiennes et monégasques, le sanctuaire Pelagos représente la première aire transfrontalière de la Méditerranée destinée à la protection des mammifères marins. Créé dans un but d’assurer une bonne conservation des populations de cétacés et de faciliter la concertation entre tous les acteurs, il abrite une incroyable biodiversité marine et plusieurs espèces de grands mammifères marins qui y trouvent un espace privilégié pour se nourrir et se reproduire.

Le site rassemble plus de 8 500 espèces animales représentant entre 4% et 18% des espèces marines mondiales. On y observe notamment le rorqual commun, deuxième plus grand animal sur notre planète, classé comme étant « Vulnérable » par l’UICN.

Le sanctuaire Pelagos ne se limite pas aux zones côtières des trois pays. En effet, il s’étend jusqu’au grand large, ce qui représente l’un des plus gros défis de conservation jamais lancé en Méditerranée. Le talus continental étroit et entaillé de canyons de grande profondeur ainsi que les conditions climatiques particulières et la richesse des eaux en éléments nutritifs en font un lieu très prisé par les grands cétacés.

Rorqual commun dans le sanctuaire Pelagos

Rorqual commun dans le sanctuaire Pelagos

Les cétacés face à la menace maritime

Loin d’être anecdotiques, les collisions avec des bateaux augmentent de 20% la mortalité naturelle des rorquals communs et des cachalots en Méditerranée.

En Méditerranée plus qu’ailleurs, le développement massif et incontrôlé des activités humaines touche durement les écosystèmes. L’équilibre du sanctuaire Pelagos, déjà particulièrement vulnérable, s’en trouve encore un peu plus menacé...Par ailleurs, la mer Méditerranée est un haut lieu de transit au sein de l’espace maritime mondial. En effet, 25% du trafic maritime mondial s’y concentre (dont 30% du trafic mondial de pétroliers) et le sanctuaire Pelagos est loin d’être épargné. Au contraire, l’important trafic de ferry accroît considérablement les risques de collisions entre les cétacés et les navires.

Le trafic maritime double tous les 20 ans. Cette très forte croissance poussée par la mondialisation devient un des principaux obstacles à la conservation des populations de grands cétacés. Les collisions avec les navires représentent la première cause de mortalité non naturelle pour les grands cétacés, à savoir le rorqual commun et le cachalot. Il a été démontré que 6% des individus photo-identifiés en mer et près de 20% des individus échoués présentaient des traces de collisions.

Face à cette menace, le système REPCET, lancé en 2007 a été une première étape. Basé sur le principe de la coopération et de la transmission des informations entre les navires, le logiciel REPCET permet à chaque navire équipé de renseigner et d’être renseigné sur la présence de cétacés sur sa route via la communication satellite et un serveur de traitement informatisé à terre.

Queue de Cachalot et cargo dans le détroit de Gibraltar

L’action du WWF

3 520 situations de collisions par an dans le sanctuaire Pelagos

Dans une étude basée sur le trafic réel des navires et la distribution moyenne des cétacés, il a été estimé qu’un cétacé se trouvait sur la route d’un navire 3 520 fois par an. Ce chiffre très élevé signifie que la plupart du temps les cétacés sont capables d’esquiver les navires mais pas toujours...

Le WWF est investi en Méditerranée depuis plus de 20 ans. Dans sa lutte pour réduire le nombre de collisions entre les grands cétacés et les navires, le WWF a d’abord cherché à faire connaître le dispositif REPCET afin de convaincre les pouvoirs publics de sa pertinence et d’encourager sa généralisation. Grâce au plaidoyer du WWF, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages adoptée en 2017 prévoit que les navires d'État, de charges et de passagers, battant pavillon français, longs de plus de 24 mètres et plus et transitant au moins dix fois par an dans les sanctuaires Pelagos en Méditerranée occidentale et Agoa dans les Antilles françaises, doivent s’équiper d’un dispositif de partage des positions de grands cétacés en vue de limiter les risques de collision, tel que REPCET.

Mais ce dernier repose sur l’observation humaine, ce qui limite ses performances, et les compagnies maritimes tardent à l’installer sur leurs navires. Il faut maintenant de nouveaux développements technologiques et un cadre réglementaire approprié. 

Le progrès des connaissances et des technologies en acoustique permet d’envisager le développement d’un système de détection et de localisation automatique, sans intervention humaine. C’est à ce challenge que nous nous attaquons désormais avec la société Quiet-Océans : imaginer et développer un réseau de bouées intelligentes qui indique en temps réel la position des cétacés aux navires présents sur la zone. Les technologies existent, nous avons testé les algorithmes et une version préliminaire des bouées en 2018. Reste à tout assembler, à tester sur le terrain et à améliorer pour proposer un prototype quasi opérationnel. Déployé sur les secteurs les plus à risques, ce système permettrait aux navires de mettre en œuvre les manœuvres optimales d’évitement.

L’autre enjeu est de pousser à la création en Méditerranée d’une « Zone Maritime Particulièrement Vulnérable », le seul outil juridique qui permette, à ce jour, de contraindre le trafic maritime international à des mesures environnementales.

Baleine bleue (Balaenoptera musculus) en plongée au large de la Nouvelle-Zélande

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