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24. juillet 2020 — Communiqué de presse

Dans le Sanctuaire Pelagos en Méditerranée, une baleine blessée par l’homme est à l’agonie depuis des mois

C'est la triste histoire d'un rorqual commun nommé Fluker que nous vous relatons aujourd'hui. Observé depuis 25 ans en Méditerranée et reconnaissable par sa queue à demi-amputée, il a récemment été aperçu en mer par nos équipes dans un état très préoccupant.

Il y a moins d’un an, un second accident a amputé définitivement Fluker du reste de sa queue. Il est probable qu’un engin de pêche abandonné (filets, lignes appelés « filet fantôme ») en soit responsable. Privée de son moyen de propulsion, Fluker ne peut désormais plus plonger. Or, les baleines ont la particularité de se nourrir de petites crevettes, le krill, à de grandes profondeurs. N’étant plus en capacité de se nourrir, il puise dans ses réserves depuis des mois et son état se dégrade de jour en jour.

Cet été lors d’une sortie en mer du Blue Panda, le bateau du WWF, les équipes WWF accompagnées du photographe Alexis Rosenfeld ont été témoins de la détresse du mammifère, amaigri et affaibli.

Fluker, un rorqual commun (Balaenoptera physalus) dont la nageoire caudale a été amputée, extrêmement maigre

Sans sa nageoire caudale, Fluker ne peut plus se nourrir correctement.

Les images de Fluker ont été prises par le photographe Alexis Rosenfeld, à bord du Blue Panda.

Les cétacés menacés en Méditerranée

A quelques kilomètres des côtes françaises, dans le Sanctuaire Pelagos, on rencontre des cachalots, dauphins, globicéphales et des baleines, tels que les fameux rorquals communs. 20 espèces de cétacés sont présentes en Méditerranée dont 8 sont communes. Le rorqual commun est le deuxième plus grand animal vivant sur terre avec une espérance de vie de plus de 80 ans. Sur-pêche et pêche illégale, engins de pêche perdus ou abandonnés, prises accessoires, augmentation du trafic maritime et de ses impacts (collisions, pollution sonore sous-marine), pollution plastique et chimique, menacent continuellement ces seigneurs de l’océan. Toutes les espèces de mammifères marins présentes en Méditerranée subissent aujourd’hui ces différentes pressions. 
 
On estime à 1300 le nombre de rorquals communs dans le Sanctuaire Pelagos, et entre 8 et 40 le nombre de rorquals communs tués par des collisions chaque année. C’est pour mettre fin aux collisions de cétacés avec les navires que le WWF demande : 

  • La création d’une Zone Maritime Particulièrement Vulnérable en Méditerranée nord-occidentale, grâce à l’implication des Etats concernés (France, Italie, Monaco et potentiellement Espagne) et la soumission d’une demande à l’Organisation Maritime Internationale (OMI). Cela permettra entre autres la mise en oeuvre de réglementations permettant de réduire la vitesse des navires dans les zones à risque à 10 noeuds, vitesse à laquelle le risque de collision létale est considérablement réduit.
  • L’appui des pouvoirs publics pour le développement et le déploiement de systèmes anti-collision performants dans le but de poursuivre les actions menées avec le système Repcet. Ceci afin de permettre une cohabitation entre les cétacés et le transport maritime dont l'augmentation annuelle est de 4%. Le développement d’un système opérant et fonctionnel en Méditerranée pourrait permettre la duplication et l’adaptation aux autres mers et océans.

Le WWF, Andromède Océanographie et Quiet-Oceans travaillent déjà activement au développement d’un nouveau système anti-collision via des bouées de détection acoustique.

Vue aérienne d'un rorqual (Balaenoptera physalus) commun dans le Sanctuaire Pelagos, Méditerranée.
Fluker, un rorqual commun (Balaenoptera physalus) dont la nageoire caudale a été amputée, extrêmement maigre

A gauche, un rorqual commun en bonne santé. A droite, Fluker dans un état déplorable.

Des solutions existent

Bien que l’impact des engins de pêche fantômes ne soit pas encore quantifié avec précision en Méditerranée, il est reconnu que ces derniers impactent de façon importante et grandissante la vie marine. C’est pourquoi le WWF demande : 

  • Le soutien des pouvoirs publics à l’élaboration et la mise en oeuvre d’une réglementation adéquate concernant la gestion des engins de pêches fantômes, en amont et en aval du problème, notamment via une mise en œuvre ambitieuse de la filière à responsabilité élargie du producteur pour les filets et engins de pêche afin, d’une part, de prévenir l’abandon de nouveaux engins et, d’autre part, d’organiser la récupération et le recyclage des engins abandonnés ou usagés via la mise en place de facilités portuaires adaptées ;
  • L’adoption d’un traité international pour lutter contre la pollution plastique à l’échelle mondiale ;
  • Le marquage et la traçabilité des engins de pêche, pour pouvoir les localiser quand ils sont perdus et savoir à qui ils appartiennent s'ils n'ont pas été signalés (ce qui permet également de lutter contre la pêche illicite non-déclarée et non-réglementée).
  • L’innovation et le développement d'engins de pêche en matériaux biodégradables pour limiter leur durée de vie une fois perdus.
  • Un travail de sensibilisation des professionnels de la pêche pour optimiser la remontée d'informations concernant les engins fantômes, et améliorer les connaissances de leurs impacts.
  • La mise en place d’actions curatives notamment la localisation et l’enlèvement de filets perdus.