A bord de la goélette Colombus

Cap Cétacés : étudier les mammifères marins méditerranéens

Présent depuis plus de 20 ans en Méditerranée, le WWF mène chaque année au travers de son programme Cap Cétacés des expéditions scientifiques en mer afin d’en apprendre davantage sur les grands cétacés, leurs comportements et les nombreuses menaces qui planent sur eux.

Une concentration unique de cétacés

Les cétacés sont les seuls mammifères à sang chaud vivant exclusivement en mer.

Plus grande mer semi-fermée au monde, la Méditerranée abrite une biodiversité marine unique au monde et fait, par conséquent, partie des principaux hotspots du globe en la matière. Bien qu’elle ne représente que 0,8% de la surface des océans, 18% de la faune marine mondiale peuplent ses eaux et 28% des espèces répertoriées y sont endémiques.

Par ailleurs, la mer Méditerranée présente une concentration unique de grands cétacés : on en recense 18 espèces, notamment présentes dans le sanctuaire Pelagos créé en 1999 par la France, l’Italie et la principauté de Monaco. Ainsi, il n’est pas rare d’y croiser rorquals communs, deuxième plus grand animal sur notre planète classé comme étant « Vulnérable » par l’UICN, globicéphales et autres cachalots qui y trouvent un espace privilégié pour se nourrir et se reproduire.

Néanmoins, les eaux méditerranéennes peuvent se révéler hostiles à l’égard de ces mammifères marins. En effet, la Méditerranée regorge de menaces qui peuvent fragiliser les effectifs déjà précaires de ces espèces.

Des pressions multiples

Un trafic très dense

30% du trafic maritime mondial s’effectue en Méditerranée.

En Méditerranée, les cétacés sont particulièrement menacés. Trois facteurs de risque principaux existent dans la région.

  1. Les mammifères marins méditerranéens évoluent au milieu d’un trafic maritime à la fois intense et très dense. Chaque année, dans le sanctuaire Pelagos où est concentrée une grande partie des cétacés, les navires parcourent plus de 18,5 millions de kilomètres, l’équivalent de 450 fois le tour de la Terre. Par conséquent, le risque de collisions y est très important. Plusieurs dizaines d’individus seraient tués à la suite de ces rencontres malheureuses chaque année.
  2. La pollution des eaux, importante en Méditerranée, représente un réel danger pour les grands cétacés. En effet, nos industries se sont souvent montrées peu regardantes vis-à-vis de la biosphère. Des contaminants nocifs se sont dès lors répandus dans nos cours d’eau et déversés dans les mers avant de finir ingérés par les cétacés. Résultat : ces derniers voient leur système immunitaire et leur fertilité se dégrader.
  3. Nos eaux sont de plus en plus souillées par les plastiques en tous genres. Les cétacés les ingèrent et s’y emmêlent. Les composants chimiques de ces plastiques, dont certains sont de reprotoxiques ou des perturbateurs endocriniens, dégradent fortement leur santé.

Les programmes scientifiques menés par le WWF ont donc pour ambition d’étudier les comportements des cétacés face à ses menaces et de limiter ces dernières.

Les missions Cap Cétacés

Une des plus grosses bases de données sur les cétacés en Méditerranée

Sur la période 2006-2019, 19 200 cétacés ont été observés lors des missions Cap Cétacés dont 1 208 rorquals communs. 638 biopsies ont été collectées et analysées. 488 rorquals communs ont été génétiquement identifiés et nous en avons 639 dans notre catalogue de photos-identification.

Présent depuis plus de 20 ans en Méditerranée, le WWF mène, dans le cadre du projet Cap Cétacés, de nombreuses études sur les cétacés qui la peuplent et notamment en pleine mer, dans le sanctuaire Pelagos, afin de cerner au mieux les comportements des espèces pour les protéger plus efficacement.

Au cours de ces missions, nos équipes réalisent plusieurs opérations. Nous prenons un maximum de clichés des espèces observées afin de les référencer et de pouvoir les identifier dans le futur. Nous collectons également des biopsies de peau et de gras pour en connaître davantage sur eux. Ces biopsies sont réalisées grâce à des arbalètes dont les flèches sont équipées de flotteurs afin de récupérer en mer les éléments à analyser. Les prélèvements de peau servent à la détermination du sexe et aux analyses génétiques tandis que ceux de gras nous donnent des indications quant à leur niveau de contamination et à leurs hormones. Ces prélèvements se sont révélés particulièrement précieux. Grâce à des hydrophones, nous écoutons les bruits sous-marins et nous les analysons afin de comprendre les agissements des espèces en fonction de leur environnement. Une fois à terre, toutes les analyses sont étudiées et comparées avec les études précédentes.

Analyse d'une biopsie réalisée sur un cétacé

Biopsie réalisée sur un cétacé

Des résultats alarmants

« Près de 269 000 tonnes de déchets plastiques formés de plus de 5 000 milliards de particules flottent sur les océans. L’étude pilote du WWF confirme une nouvelle fois l’intensité de cette pollution en Méditerranée, là où la densité de micro-plastiques est parmi les plus élevées au monde et touche l’ensemble des espèces, jusqu’aux cétacés du grand large. »

Depuis le début de notre mobilisation en Méditerranée, nous avons mené des dizaines d’expéditions scientifiques. Leurs résultats ont amélioré les connaissances sur les impacts des activités humaines sur ces populations qui constituent une richesse inestimable de notre patrimoine naturel.

Des centaines de biopsies ont été réalisées. Les plus récentes, datant de 2019 et réalisées sur un échantillon de 240 cétacés, montrent que le rorqual commun, le cachalot et le globicéphale noir sont contaminés par les phtalates, qui sont des composés chimiques notamment présents dans les matières plastiques de bon nombre de produits et d’objets de notre quotidien. Les phtalates ont des impacts négatifs en particulier sur la fertilité et le développement du fœtus et sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

Plus inquiétant, le DEHP, un des plus toxiques, présente une concentration moyenne en DEHP de 580µg/kg chez le rorqual commun. En comparaison, on considère qu’une source alimentaire a une concentration élevée lorsque la quantité de phtalates passant du plastique dans l’aliment est supérieure ou égale à 300 µg/kg.

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