A bord de la goélette Colombus

Cap Cétacés : étudier les mammifères marins méditerranéens

Présent depuis plus de 17 ans en Méditerranée, le WWF mène d’importantes expéditions scientifiques en mer afin d’en apprendre davantage sur les grands cétacés, leurs comportements et les nombreuses menaces qui planent sur eux. Cap Cétacés est un projet majeur, né en 2000, s’inscrivant dans cette lignée.

En Méditerranée, une concentration unique de cétacés

Les cétacés sont les seuls mammifères à sang chaud vivant exclusivement en mers.

Plus grande mer semi-fermée au monde, la Méditerranée abrite une biodiversité marine unique au monde et fait par conséquent partie des principaux hotspots du globe en la matière. Bien qu’elle ne représente que 0,7% de la surface des océans, 18% de la faune marine mondiale peuplent ces eaux. En outre, 28% des espèces répertoriées y sont endémiques.

Par ailleurs, la mer Méditerranée présente une concentration unique de grands cétacés : on en recense 18 espèces, notamment présentes dans le sanctuaire Pelagos créé en 1999 par la France, l’Italie et la principauté de Monaco. Ainsi, il n’est pas rare d’y croiser rorquals communs, deuxième plus grand animal sur notre planète, classé comme étant « En danger » par l’IUCN, globicéphales et autres cachalots qui y trouvent un espace privilégié pour se nourrir et se reproduire.

Néanmoins, les eaux méditerranéennes peuvent se révéler hostiles à l’égard de ces mammifères marins. En effet, la Méditerranée regorge de menaces qui peuvent fragiliser les effectifs déjà fragilisés de ces espèces.

Les cétacés face à de multiples pressions.

Un trafic très dense

30% du trafic maritime mondial s’effectue en Méditerranée.

En Méditerranée, les cétacés sont particulièrement menacés. Trois facteurs de risque principaux existent dans la région.

Tout d’abord, les mammifères marins méditerranéens évoluent au milieu d’un trafic maritime très dense et intense. Chaque année, dans le sanctuaire Pelagos où est concentrée une grande partie des cétacés, les navires parcourent plus de 18,5 millions de kilomètres, l’équivalent de 450 fois le tour de la Terre. Par conséquent, le risque de collisions y est très important. Plusieurs dizaines d’individus seraient tués à la suite de ces rencontres malheureuses chaque année.

Par ailleurs, la pollution des eaux, importante en Méditerranée, représente un réel danger pour les grands cétacés. En effet, nos industries se sont souvent montrées peu regardantes vis-à-vis de la biosphère. Des contaminants nocifs se sont dès lors répandus dans nos cours d’eau et déversés dans les mers avant de finir ingérés par les cétacés. Résultat : ces derniers voient leur système immunitaire et leur fertilité se dégrader.
Enfin, nos eaux sont de plus en plus souillées par les plastiques en tous genres. Les cétacés les ingèrent et s’y emmêlent. Les composant chimiques de ces plastiques, de tailles diverses, dégradent fortement leur santé.

Les programmes scientifiques menés par le WWF ont donc pour ambition d’étudier les comportements des cétacés face à ses menaces et de limiter ces dernières.

Mission Cap Cétacés : quelques jours dans le Sanctuaire Pelagos

Les missions Cap Cétacé

Multiplier les analyses

Sur la période 2006-2011, 7 000 cétacés ont été observés à travers le projet Cap Cétacé.  

Présent depuis plus de 17 ans en Méditerranée, le WWF mène, dans le cadre du projet Cap Cétacés, de nombreuses études sur les cétacés qui la peuplent et notamment en pleine mer, dans le sanctuaire Pelagos, afin de cerner au mieux les comportements des espèces pour les protéger plus efficacement.

Au cours de ces missions, les équipes du WWF réalisent plusieurs opérations. Nous prenons un maximum de clichés des espèces observées afin de les référencer et de pouvoir les identifier dans le futur. Nous nous approchons aussi au plus près des individus dans le but de réaliser des biopsies pour en connaître davantage sur eux. Ces biopsies sont réalisées grâce à des arbalètes dont les flèches sont équipées de flotteurs afin de récupérer en mer les éléments à analyser. Les prélèvements de peau servent à la détermination du sexe et aux analyses génétiques tandis que ceux de gras nous donnent des indications quant à leur niveau de contamination et à leurs hormones. Ces prélèvements se sont révélés particulièrement précieux.

En outre, grâce à des hydrophones, nous écoutons les bruits sous-marins et nous les analysons afin de comprendre les agissements des espèces en fonction de leur environnement. Une fois à terre, toutes les analyses sont étudiées et comparées avec les études précédentes.

A l’avenir, nous souhaitons approfondir nos recherches en étendant les études micro-plastiques à d’autre espèces et à davantage d’individus.

Analyse d'une biopsie réalisée sur un cétacé

Biopsie réalisée sur un cétacé

Des résultats alarmants

Près de 269 000 tonnes de déchets plastiques formés de plus de 5 000 milliards de particules flottent sur les océans. L’étude pilote du WWF confirme une nouvelle fois l’intensité de cette pollution en Méditerranée, là où la densité de micro-plastiques est parmi les plus élevées au monde et touche l’ensemble des espèces, jusqu’aux cétacés du grand large.

Depuis le début de notre présence en Méditerranée, nous avons mené des dizaines d’expéditions scientifiques dont nous connaissons maintenant les résultats. Nous avons ainsi recensé des centaines d’individus dans le sanctuaire.

Par ailleurs, des milliers de biopsies ont été réalisées. Les plus récentes, datant de 2016 et réalisées sur près de 90 cétacés, montrent que les mammifères marins étudiés, à savoir le rorqual commun, le cachalot et le globicéphale noir, sont contaminés par les phtalates qui sont des composés chimiques notamment présents dans les matières plastiques. Présents dans bon nombre de produits et d’objets de notre quotidien, les phtalates ont des impacts négatifs en particulier sur la fertilité et le développement du fœtus et sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

Plus inquiétant, le DEHP, le plus toxique d’entre eux, occupe la deuxième place en termes de concentration. Ainsi, le rorqual commun présente une concentration en DEHP de 799 µg/kg. En comparaison, on considère qu’une source alimentaire a une concentration élevée lorsque la quantité de phtalates passant du plastique dans l’aliment est supérieure ou égale à 300 µg/kg. Enfin, l’étude des sons sous-marins nous ont permis de localiser avec précision les cétacés afin de pouvoir réaliser nos biopsies.

Banc de poisson

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